Le Musée international d'horlogerie se penche sur l'histoire horlogère américaine. En 1876 à l'exposition universelle de Philadelphie, les fabricants helvétiques découvrent une production industrialisée menaçant frontalement la leur.
WORLDTEMPUS – 10 mai 2011
Louis Nardin
A l'Exposition universelle de Philadelphie en 1876 - la première d'une Amérique désormais indépendante -, un stand fait s'agglutiner les visiteurs, et particulièrement ceux versés dans l'horlogerie. L'American watch company de Waltham a installé des tours montés en série et capables de produire 60'000 vis par jour. La marque expose également le résultat de 6 jours de production dans ses ateliers à hauteur de 10h de travail par jour: 2'200 montres en or et en argent. Pour les délégués de l'horlogerie suisses chargés de dresser un portrait de sa lointaine cousine américaine, c'est le choc. «Il s'agit de ne pas perdre de temps et de nous mettre à l'œuvre en changeant radicalement notre mode de fabrication, si nous voulons conserver l'industrie horlogère à notre pays», témoignera par exemple Théo Gribi à son retour.
Avec son exposition «1876 Philadelphia. Le défi américain en horlogerie», le Musée international d'horlogerie - MIH - de La Chaux-de-Fonds montre comment une jeune nation en quête d'émancipation et de reconnaissance a développé une industrie horlogère rapide et productive. Et comment son exemple aura servi d'électrochoc aux horlogers suisses.

De l'horloge «banjo» à la «one dollar watch» en passant par l'Hamilton d'Elvis, l'exposition débute par l'essor des pendules en bois jusqu'à l'avènement des chaînes de production verticalisées. Le pionnier s'appelle Eli Terry car c'est lui qui reçoit en 1806 une commande pour 4000 horloges en bois. Il développe alors des appareils capables de fabriquer des composants standardisés. En trois ans, la commande est honorée. Pendant ce temps, en Suisse, les composants sont fabriqués pièce à pièce, presque exclusivement à la main et généralement chez soi.
La culture de la rationalisation et de la production de masse mécanisée servira de tremplin au développement de l'horlogerie américaine. Elle imposera par exemple l'interchangeabilité à plusieurs niveaux – composants du mouvement, mouvements dans boîtiers, etc.. Et pour produire moins cher, l'exposition livre dix recommandations, dont certaines toujours valables aujourd'hui, comme: produire à l'avance, réduire le nombre de composants, automatiser au maximum les machines, engager du personnel non spécialisé pour les tâches simples ou encore privilégier les matières peu coûteuses – dans ce cas le bois ou, dès que les premières fonderies seront actives, le laiton.

Jacques David, ingénieur de la compagnie Longines – Ernest Francillon, est du voyage, mandaté par la Confédération suisse et par la Société intercantonale des industries du Jura. Son rapport, sombrement surnommé le «Rapport» par la suite, détaillera les avancées américaines. Gardé secret à l'époque, il aura l'effet d'une bombe auprès de ceux qui l'auront lu.

Ce faisant, la compétition entre les deux pays s'accroît fortement. De chaque côté, on fait preuve d'imagination pour promouvoir et vendre ses montres. Après avoir interdit les importations de montres suisses, mesure facilement contournée d'ailleurs, les Américains mènent par exemple des campagnes publicitaires en défaveur des Suisses. Des Suisses qui, en réaction, iront jusqu'à créer des marques prétextes comme Eureka watch company à Bristol pour écouler leurs marchandises plus facilement outre-Atlantique.
En place jusqu'au 30 septembre, l'exposition invite par ailleurs les propriétaires de montres américaines de l'époque, ou de tout objet ou document relatif, à les prêter au Musée qui les inclura temporairement dans ses vitrines.

Horloges en bois et chronographes
En plus de l'épopée américaine, le MIH propose deux autres expositions temporaires. Le chronographe et son histoire sont à l'honneur avec «Ecrire le temps. Deux siècles d'histoire du chronographe». Visible jusqu'au 2 octobre, elle retrace la mesure des temps courts de l'époque où une goutte d'encre était déposée sur un disque gradué à aujourd'hui, exception faite des toutes dernières nouveautés notoires en montre mécaniques comme le Mikrotimer de TAG Heuer – une montre concept capable de mesurer le 1'000e de seconde - ou la Breguet Type XXII palpitant à 10 herz – le chronographe le plus rapide du marché actuellement. Soutenue par Montblanc Montres, elle donne à voir de nombreux calibres représentatifs de l'évolution de cette complication à travers le temps.
«Ura Tavo – L'horloge en bois de Davos» retrace, elle, l'histoire de la pendule en bois dans cette région de Suisse. Inspirée des horloges en fer du XVIIe siècle, sa production dépendait exclusivement de la famille Ambuhl. Intégralement réalisées en bois d'arolle, de mélèze ou de bouleau de montagne, leur cadran était constitué d'une feuille de papier peinte. Régulièrement changé lorsqu'il devenait illisible, on maintenait dans sa partie supérieure la date de fabrication, mais on inscrivait la date du changement dans une seconde cartouche au bas. Exposition visible jusqu'au 18 septembre.
Pour plus d'informations: www.mih.ch