Philippe Pegorano

L'horlogerie suisse a connu une très bonne année 2008 dans son ensemble. Affichant de forts taux de croissance mensuels, elle a exporté l'équivalent de 17,0 milliards de francs. Ce niveau record s'inscrit en hausse annuelle de 6,7% par rapport au résultat réalisé en 2007, soit une progression de plus d'un milliard de francs. 2008 et les quatre années précédentes de très forte croissance ont placé la banche à un niveau particulièrement élevé.
Le bilan positif de 2008 doit cependant être nuancé par l'évolution des derniers mois de l'année. Dans un premier temps, l'environnement économique, perturbé par les problèmes financiers, n'a que peu influencé les exportations horlogères, même si les taux mensuels n'ont pas cessé de ralentir depuis le mois d'avril. Dès le mois de septembre, la dégradation soudaine et très marquée de la situation économique s'est répercutée très nettement sur les résultats horlogers. Le quatrième trimestre s'est ainsi inscrit en baisse de 7,8%. Novembre a connu la plus forte baisse (-15,4%), avant un redressement en décembre (voir ci-dessous). Dans cette continuité, l'année 2009 débutera dans les chiffres rouges. L'absence de visibilité générale empêche toutefois d'effectuer des prévisions précises.
Les exportations de montres-bracelets ont vu leur valeur augmenter de 7,2% en 2008, à 15,9 milliards de francs. Toutes les matières ont contribué à cette hausse. L'or 18 carats a connu une progression importante pour le bilan général. Les métaux précieux dans leur ensemble, ainsi que les garde-temps en plaqué, ont affiché les plus forts taux de variation annuelle. Les montres bimétalliques sont restées dans la moyenne, tandis que les produits en acier ont réalisé la hausse la plus modérée avec +1,9%. En termes de nombre de pièces, la croissance a également été au rendez-vous, mais plus timidement, avec +0,8%, soit 210'000 unités exportées de plus qu'en 2007. Les catégories des autres métaux (principalement l'aluminium) et des autres matières ont permis ce résultat positif. En revanche, les garde-temps en acier se sont inscrits en recul de plus de 500'000 unités (-3,5%). Le quatrième trimestre est venu contrarier les très bons résultats réalisés jusqu'en septembre au niveau des volumes, puisqu'il a été témoin d'une baisse supérieure à un million de pièces.
Tous les segments de prix n'ont pas connu la même évolution en 2008. Les montres de moins de 200 francs (prix export) ont enregistré une progression de quelques points, générant notamment des volumes supplémentaires importants. Entre 200 et 3'000 francs, les résultats ont été inférieurs à ceux de 2007, particulièrement entre 500 et 3'000 francs. La demande est restée très forte pour les garde-temps de plus de 3'000 francs, qui ont affiché une croissance légèrement inférieure à 20%. Au cours du quatrième trimestre, seules les montres de plus de 3'000 francs ont résisté en présentant une croissance de leur valeur. Les autres segments ont affiché une baisse.
La plupart des principaux marchés de l'horlogerie suisse ont affiché une croissance en 2008. Deux débouchés parmi le trio de tête ont cependant enregistré une baisse. Hong Kong s'est affirmé comme première destination des produits horlogers helvétiques en réalisant une hausse à deux chiffres (+10,9% à 2'697,2 millions).
Après un rebond en été, les Etats-Unis sont passés dans les chiffres négatifs en fin d'année pour boucler sur une baisse modérée (2'368,3 millions, -3,0%). La situation du Japon (1'153,0, -4,5%) a été négative tout au long de 2008. Influencés par des produits en transit, les résultats de la France (1'131,0, +15,1%) indiquent une vision un peu trop optimiste du marché, néanmoins en croissance, tout comme en Italie (1'045,2, +2,5%) et en Allemagne (913,1, +10,2%). Plusieurs destinations européennes comme le Royaume-Uni (641,1, -2,7%), l'Espagne (452,7, -13,5%) et la Russie (290,8, -9,7%) ont vu leurs résultats diminuer. Dans son ensemble, l'Europe a ralenti son rythme pour terminer sur une progression annuelle de 3,6%. Grâce à une croissance très soutenue, la Chine (826,3, +43,1%) a gagné deux places, passant du neuvième au septième rang. Les autres débouchés asiatiques ont enregistré de fortes hausses. L'Asie a dès lors constitué le principal pôle de croissance en 2008, avec +13,2%.
| Redressement en décembre Après le fort recul de novembre, les exportations horlogères ont redressé la barre en décembre, sans pouvoir toutefois éviter une nouvelle baisse. Leur valeur a atteint 1,3 milliard de francs, en diminution de 7,6% par rapport à décembre 2007. La valeur des montres exportées a diminué dans les mêmes proportions (-7,8%). Les garde-temps en acier (-13,0%) et bimétalliques (-29,4%) ont nettement influencé ce recul. Les métaux précieux ont mieux résisté. Le nombre de pièces a baissé plus fortement (-13,4% à 1,9 million), en grande partie à cause de la contraction des montres en acier. Seules les montres-bracelets de plus de 3'000 francs (prix export) ont enregistré une croissance de leur valeur en décembre (+3,1%), tandis que leur nombre de pièces reculait de 9,5%. Les garde-temps de moins de 200 francs ont vu leurs volumes baisser de 10%. Entre 200 et 500 francs, le recul de la valeur a indiqué -20%. Les montres entre 500 et 3'000 francs ont le plus souffert de la situation: la valeur de leurs exportations a diminué de presque 30%. Les deux principaux marchés que sont Hong Kong (-15,2%) et les Etats-Unis (-15,9%) ont enregistré une nette baisse en décembre. En revanche, plusieurs débouchés importants ont bien résisté et ont présenté une hausse. La France (+7,2%) s'est maintenue à la troisième place, dépassant ainsi le Japon pour le deuxième mois consécutif. Ce dernier a notamment bénéficié d'un effet de base favorable qui a permis une belle croissance (+7,3%). L'Italie a bien rebondi, réalisant l'un des plus forts taux de décembre (+16,1%). L'Allemagne (+6,7%) a suivi la même tendance que la France. Les pôles de croissance des mois précédents (Emirats arabes unis, Singapour et Chine) ont affiché un recul, de même que la Russie. |
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