Interview de Matthieu Humair, CEO de Watches and Wonders Geneva Foundation

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© Fondation Watches and Wonders
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Le directeur de la Fondation Watches & Wonders Genève dévoile ses ambitions pour 2026 : exposants record, nouveaux formats et avenir du salon horloger le plus prestigieux au monde.

Comment se présente l’édition 2026 de Watches and Wonders ?

L’édition 2026 s’annonce extrêmement positive, voire record. En 2025 déjà, nous avons franchi un cap avec 55 000 visiteurs, soit une croissance de plus de 12 %. Nous avons accueilli 1 600 journalistes et 6 000 détaillants, tandis que les journées publiques ont enregistré 23 000 entrées, en hausse de 20 %. Tous les indicateurs sont au vert, et nous anticipons désormais près de 60 000 visiteurs pour 2026. Ces chiffres confirment une tendance de fond : le salon rajeunit. Aujourd’hui, 25 % des billets sont achetés par un public jeune, avec une moyenne d’âge autour de 35 ans. Cela nous pousse à aller encore plus loin dans l’expérience que nous proposons, en la rendant plus immersive, plus culturelle et plus ouverte.

Justement, comment faites-vous évoluer cette expérience ?

Nous renforçons tous les aspects expérientiels du salon. Cela passe notamment par un programme enrichi en ville, « In the City », de nouveaux partenariats et une programmation culturelle plus ambitieuse. Par exemple, le Montreux Jazz Club y animera chaque soir un espace dédié, tandis que nous développons un véritable écosystème autour de la découverte et de la transmission. Le “village horloger” illustre parfaitement cette volonté. Nous y réunissons des écoles, la Convention patronale de l’industrie horlogère suisse (CP), pour présenter les métiers et les opportunités de carrière aux jeunes. Nous organisons aussi des workshops, des ateliers pour enfants, et poursuivons nos collaborations avec des institutions comme l’ECAL ou la HEAD. Les étudiants proposeront notamment des installations autour de la notion du temps, directement intégrées au salon. Depuis l’ouverture au public en 2023 et le lancement du programme “In The City”, nous avançons chaque année un peu plus dans cette direction. C’est une évolution progressive, étape par étape, qui nous permet d’élargir l’audience tout en enrichissant l’expérience globale.

In the City © Watches and Wonders

Parvenez-vous à concilier cette ouverture avec l’exigence propre à l’horlogerie de luxe ?

C’est un point essentiel. Même si nous grandissons, nous restons très attentifs à la qualité de l’accueil et au niveau de service. Les journées publiques sont volontairement limitées pour préserver cette exigence. L’horlogerie est une industrie d’émotion et de rêve : nous devons offrir une expérience irréprochable, où l’hospitalité et l’excellence restent au cœur du projet.

Quels ont été les temps forts dans l’organisation de cette nouvelle édition depuis la fin de la précédente ?

L’organisation de Watches and Wonders est un processus dense et continu, qui s’inscrit sur plus d’un an, voire sur plusieurs années en projection. Dès la fin d’une édition, une phase stratégique s’ouvre immédiatement : définition des espaces, discussions avec les marques exposantes, ajustement des formats. C’est un moment clé, qui conditionne toute la suite. Vient ensuite une phase plus opérationnelle, avec la fabrication et la coordination d’un dispositif extrêmement complexe. Le salon mobilise jusqu’à 7 000 prestataires, dont il faut orchestrer les interventions. L’équipe permanente, composée d’une trentaine de personnes, double dans les six mois précédant l’événement pour absorber cette montée en puissance.

La logistique constitue également un enjeu majeur : dès la fin du salon, les équipes réservent déjà l’édition suivante, avec près de 50 000 nuitées gérées pour les marques, les détaillants et la presse. Tout est centralisé afin d’optimiser les flux et l’expérience. Mais au-delà de l’organisation, le cœur du projet repose sur une collaboration étroite avec les marques. Watches and Wonders est conçu “par les marques, pour les marques”. Les échanges sont constants, formels et informels, nourris par des réunions régulières, notamment via le comité des exposants, qui se réunit toutes les six à huit semaines et valide les grandes orientations. En parallèle, le conseil de fondation pilote les décisions stratégiques à long terme.

Cette co-construction permanente permet d’adapter le salon à ses évolutions récentes : ouverture au grand public, développement d’activations en ville, croissance du nombre de marques — de 38 en 2022 à 65 aujourd’hui — sans augmentation significative des équipes. Cette capacité d’adaptation, alliée à une forte culture de service et de terrain, constitue aujourd’hui l’un des principaux facteurs du succès du salon.

© Watches and Wonders

Quel est le principal changement qui devrait plaire aux exposants ?

Plus qu’un changement, il s’agit d’une évolution continue : chaque année, nous allons plus loin dans notre capacité à servir les marques. Cette notion de service est vraiment au cœur de notre approche, qu’il s’agisse de nos interactions, des outils digitaux que nous développons ou des solutions que nous proposons tout au long de l’année. Notre rôle est avant tout de mettre les marques en valeur. Nous restons en retrait, même si la plateforme gagne en visibilité, notamment durant la semaine du salon. L’objectif est clair : offrir aux exposants les meilleures conditions pour rayonner. Cette amélioration constante se traduit concrètement dans nos méthodes de travail et dans les outils que nous mettons à disposition. Les retours des marques sont d’ailleurs très positifs, tant sur la qualité des échanges tout au long de l’année que sur leur concrétisation pendant le salon. C’est cette progression continue, centrée sur le service, qui fait aujourd’hui la différence.

Quel est le principal changement qui devrait plaire aux visiteurs professionnels ?

Plusieurs évolutions devraient particulièrement séduire les visiteurs professionnels, à commencer par l’arrivée de nouvelles marques, qui enrichissent encore l’offre et renforcent l’attractivité du salon. Mais au-delà des exposants, c’est surtout le programme qui gagne en densité et en pertinence. De nouveaux espaces et contenus viennent compléter l’expérience, avec notamment une exposition en partenariat avec le Musée d’Art et d’Histoire autour des réveils horlogers, ainsi qu’un LAB en forte montée en puissance. Cette année, 14 projets issus de 60 startups ont été sélectionnés, autour de thématiques clés comme l’intelligence artificielle, les hologrammes ou les dispositifs interactifs. L’objectif est clair : faire de Watches and Wonders une plateforme d’innovation concrète pour l’industrie. Le salon s’affirme ainsi comme un véritable lieu d’échange et d’accélération pour tout l’écosystème horloger, des grandes maisons aux artisans indépendants, qui y trouvent visibilité et opportunités.

Enfin, la structure même de l’événement – avec quatre jours exclusivement dédiés aux professionnels avant l’ouverture au public – garantit un cadre optimal pour les rendez-vous d’affaires, les rencontres presse et les échanges stratégiques, tout en prolongeant l’expérience vers un public élargi en fin de semaine.

Cette année, le LAB mettra en lumière 13 projets innovants © Watches and Wonders

Quelle est la principale nouveauté dont devrait se réjouir le grand public ?

Le grand public devrait apprécier le renforcement du programme “In The City”, qui reste gratuit tout en franchissant un nouveau cap cette année. L’un des temps forts sera le partenariat avec le Montreux Jazz Club, qui animera chaque soir la ville avec une programmation mettant en avant de jeunes artistes, en écho à la nouvelle génération d’horlogers également présente via les écoles. Cette dimension culturelle s’élargit avec la participation de musées et de nombreux nouveaux partenaires, contribuant à créer une véritable effervescence horlogère à l’échelle de la ville. Tout au long de la semaine, chaque journée propose une expérience différente, rythmée par des événements et des activations variées. Watches and Wonders dépasse ainsi le cadre du salon pour devenir un rendez-vous global, immersif et vivant. Par ailleurs, au sein de Palexpo, le public peut s’offrir un accès direct aux marques et aux produits. Les visiteurs peuvent découvrir les collections, échanger avec les équipes et toucher les pièces, dans des conditions proches de celles de la presse ou des professionnels. Cette proximité, très recherchée, explique l’engouement dès l’ouverture de la billetterie. L’expérience se veut également plus personnalisée : chacun peut préparer son programme en amont et s’inscrire à des ateliers, workshops ou visites guidées sur les stands. 

Les expositions parallèles renforcent-elles l’attractivité de Watches and Wonders ?

En proposant des formats et des sélections de marques différentes, elles participent à l’effervescence horlogère à Genève durant la semaine. Watches and Wonders reste néanmoins le cœur de cette dynamique, avec une audience incomparable. Ces événements parallèles contribuent à l’énergie globale du secteur, tout en bénéficiant de l’attraction principale du salon.