Quelles sont vos priorités cette année en tant que nouvelle Présidente de la Fondation Genève Tourisme ?
Tout d’abord je suis à la fois très honorée et consciente de la responsabilité que représente cette nomination. Après plus de vingt ans à la tête du SIHH, renommé Watches and Wonders en 2020, j’entretiens un lien fort avec Genève, une ville dans laquelle je vis depuis 30 ans et dont je mesure pleinement le potentiel. Genève a toujours été une terre d’accueil, elle se prête merveilleusement à l’organisation de grands congrès et salons. En conséquence, ma priorité consiste à renforcer son attractivité comme destination majeure pour le tourisme d’affaires, tout en développant davantage le tourisme de loisirs, encore trop souvent sous-estimé. Genève possède des atouts uniques : une diversité remarquable, un cadre naturel exceptionnel entre lac et montagnes, et une dimension internationale qui en font une marque forte à l’échelle mondiale. Je souhaite m’inscrire dans la continuité du travail remarquable des équipes en place: 65 collaborateurs guidés avec brio par Adrien Genier, tout en capitalisant sur cette dynamique dans un contexte international incertain. Les tensions au Moyen-Orient impactent certains flux touristiques et nous le ressentons déjà, mais elles offrent aussi une opportunité : repositionner Genève comme une destination sûre, capable d’attirer de nouveaux visiteurs et d’accueillir davantage d’événements.
Dans quelle mesure l’horlogerie joue un rôle dans le paysage genevois pour la Fondation ?
Non seulement l’horlogerie fait partie des piliers de l’attractivité de Genève qui est son berceau, mais les deux sont indissociables. Certes l’arc horloger suisse au sens large s’étend bien au-delà du canton, mais le monde entier considère Genève comme la capitale de l’horlogerie. L’horlogerie fait donc partie des axes stratégiques de développement du tourisme à Genève, ce que reflète l’excellent Geneva Watch Guide que nous avons publié en collaboration avec la Fondation de Haute Horlogerie.
En parlant de fondation, serez-vous amenée à collaborer avec la Fondation Watches and Wonders ?
Notre but consiste évidemment à avoir des relations avec l'ensemble des acteurs horlogers de la place : bien sûr la Fondation Watches and Wonders, mais aussi la Fondation de la Haute Horlogerie, la Fondation du Grand Prix d'horlogerie de Genève, l’Association Geneva Watch Days ou encore cette nouvelle initiative du World Watch Day. Tout ce qui va contribuer à faire rayonner Genève au niveau international aura notre attention. Néanmoins, je rappelle que la mission de Genève Tourisme ne réside pas dans l'organisation d’événements, mais dans l'accueil et la promotion de la destination, c’est inscrit dans la loi.
Quel est le souvenir le plus marquant de votre mission à la tête du SIHH lors de ces 22 éditions ?
Un épisode assez particulier me revient: la gestion du SRAS en 2003. À l’époque, nous faisions face à un virus encore très mal connu, en provenance notamment de Hong Kong, un marché clé pour l’horlogerie. La situation était d’autant plus tendue que Baselworld, organisé juste avant, avait fermé ses pavillons internationaux. La veille de l’ouverture du SIHH, j’ai été convoquée par les autorités sanitaires cantonales : personne ne savait vraiment quelle décision prendre, faute de directives claires. Nous étions en quelque sorte livrés à nous-mêmes. Malgré cette incertitude, nous avons choisi de maintenir le salon, en mettant en place des mesures sanitaires strictes : présence de médecins, contrôle des symptômes, port du masque. Ce fut un moment de très forte pression, avec une responsabilité immense. Mon téléphone sonnait sans cesse, chacun cherchant des réponses que nous n’avions pas toujours. Avec le recul, je pense que nous avons su gérer cette situation avec sang-froid et efficacité avec les autorités cantonales et sanitaires.
Un événement peut être plus heureux ?
Oui, l’année suivante ! Nous avons organisé un premier salon horloger baptisé Watches and Wonders à Pékin en 2004, au cœur de la Cité Interdite. Il y avait quelque chose de presque irréel à faire dialoguer la haute horlogerie avec un lieu aussi chargé d’histoire, notamment dans le Temple ancestral impérial. Nous avons même eu l’honneur d’accueillir le frère du dernier empereur, Pu Ren, une présence qui a rendu l’instant encore plus singulier. Après plusieurs mois passés à Pékin dans le brouillard, le jour de l’inauguration s’est ouvert sur un ciel d’un bleu éclatant, sublimant les ocres de la Cité Interdite. C’était un moment de grâce. J’en garde un souvenir très fort, mêlé de fierté : celui d’avoir contribué à inscrire l’horlogerie dans un cadre aussi emblématique, bien avant les Jeux olympiques. Et c’était donc le tout premier Watches and Wonders.
Depuis, vous avez également créé le salon ReLuxury, pourquoi ne pas le faire revenir à Genève ?
C'est en effet une question qu'on nous pose souvent, à mes associés et moi. ReLuxury est né en 2022 à Genève, avec l’ambition de créer le premier salon dédié à la seconde vie du luxe et à l’économie circulaire. Le concept repose sur l’ensemble des “Re” : revente, réparation ou recyclage, autant de pratiques comme l’upcycling qui prolongent la durée de vie des objets. Cette approche s’inscrit pleinement dans l’ADN du luxe, fondé sur la qualité, la transmission et la durabilité.
Face aux nouvelles attentes, le secteur doit aujourd’hui se réinventer en valorisant davantage ces principes. Après une première édition genevoise en 2022, puis un succès confirmé à Paris en 2024 avec 10 000 visiteurs en trois jours, le projet prend de l’ampleur. Dans cette dynamique, une extension internationale , ainsi qu’un retour à Genève sont sérieusement envisagés Nous sommes actuellement en discussion avec nos partenaires pour finaliser notre feuille de route . A suivre donc !