Le futur du temps

Image
The future of time - What’s next?
3 minutes read
Au dernier Forum de la Haute Horlogerie, un des intervenants a évoqué un futur dont les implications pour l’industrie horlogère rabaisseraient la crise du quartz et l’avènement de la montre connectée à d’infimes soubresauts sur une échelle nanométrique.

Le Dr. Harry Cliff est physicien des particules à l’Université de Cambridge et travaille au LHCb, l’un des quatre grands domaines d’expériences du Grand collisionneur de hadrons (LCH), du CERN, en Suisse. Il recherche de nouveaux signes de physique que l’immense anneau sous-terrain qui court entre les frontières française et suisse de la région genevoise pourraient mettre en évidence.

Refroidi à – 271° Celsius (juste au-dessus du zéro absolu), le LHC peut se contracter jusqu’à 30 m de diamètre avant d’atteindre sa température opérationnelle, mais ses éléments doivent rester alignés au micron près. De plus, il mesure le temps avec une précision d’un trillion de seconde – un rêve inaccessible pour les horlogers qui travaillent en surface, dans les manufactures établies à un jet de pierre du LHC.

lhc-cern.jpg
"L’univers serait essentiellement une projection holographique, et notre conception du temps une illusion"

Mais le continuum espace-temps, dont Einstein a posé le principe dans sa Théorie Générale de la Relativité (dont on a célébré le centième anniversaire l’année passée et qui est la base de nos systèmes de mesure du temps) pourrait-il n’être qu’une illusion ? C’est ce que suggère le « principe holographique », une théorie assez récente selon laquelle l’univers serait essentiellement une projection holographique, et notre conception du temps une illusion. Mauvaise nouvelle pour les horlogers !

Ces théories pourtant restent… des théories. Bien que les recherches effectuées au CERN soient à la pointe de la physique et aient déjà modifié notre compréhension du monde, les implications ne se feront pas sentir d’un jour à l’autre et le temps n’est pas près de s’arrêter. Mais, comme l’explique le Dr. Cliff à propos de ses travaux sur le niveau quantique, où le temps lui-même devient difficile à mesurer, « si la physique nous dit que quelque chose ne peut pas être mesuré en théorie à une échelle infinitésimale, c’est que ce quelque chose n’existe probablement pas. »
Le mot « exister » doit être compris ici comme « exister selon notre compréhension actuelle de l’univers ». Si quelque chose cesse d’exister, on doit alors envisager un autre ordre de l’univers pour expliquer son absence. Mais pas de panique, le temps va continuer de s’écouler. Quoique… Aucune équation de la théorie d’Einstein dit que le temps ne s’écoule que dans une seule direction. C’est dans cette brèche que se sont engouffrés les auteurs de romans et de films où remonter le temps devient possible en théorie (car en réalité, un voyage de 40 ans dans l’espace, au départ de la Terre, où l’on accélère régulièrement à 1g pendant la première moitié, avant de ralentir à la même vitesse, de faire demi-tour et de répéter l’opération pour le voyage de retour signifie que 58'000 années se seront écoulées). Les voyages dans le passé, devenus un thème privilégié de romans de fiction grâce à la notion de vortex postulée par Einstein, pose surtout des questions éthiques et philosophiques.

Si les voyageurs de ce même périple aller-retour de 40 ans pouvaient trouver un de ces vortex, et qu’un objet ou une personne puisse passer à travers, ils se retrouveraient dans le passé. Ils ne pourraient pas revenir plus en arrière que la date de création de la machine. Mais s’il s’agit d’une personne, que celle-ci, imaginons, rencontre son grand-père et qu’elle le tue, et bien… cette personne n’aurait jamais existé. Maintenant, imaginez donc qu’elle ait emporté une montre connectée avec elle….