Tribune de Genève - 4 mai 2012
Jean-Daniel Sallin
Le numéro 40 de la rue du Rhône n'est pas une adresse comme les autres. Elle est empreinte d'histoire, puisque c'est là que Gérald et Valentin Piaget ont ouvert leur première boutique en 1959. A une époque où cette artère n'était pas encore devenue l'un des spots les plus courus des amateurs de luxe. «C'était un salon dans lequel on présentait les produits de la marque à la clientèle de passage», rappelle Sylvain Auroux, directeur de Piaget Suisse. Vingt ans durant, cette «vitrine» est restée la seule et unique boutique de l'horloger. Il y en a désormais quatre-vingts sur le globe… Mais celle-ci garde une place à part sur cet échiquier.

Pour la cinquième fois, en cinquante-trois ans, Piaget lui a donc offert un bain de jouvence. Quatre mois de travaux ont été nécessaires pour lui donner ce décor résolument chaleureux. Respectueux des codes historiques de la marque. «Mais nous avons entamé le processus il y a trois ans déjà, souffle Philippe Leopold-Metzger, CEO de Piaget. C'est autant que pour développer un mouvement en horlogerie…» Confié à l'atelier Sasha à Paris, ce mandat a emmené Christine Querlioz, architecte de son état, de l'Italie au Japon. Il a fallu également convaincre le «propriétaire», Johann Rupert, CEO de Richemont, de la pertinence du concept. En reconstituant une maquette grandeur nature de la boutique dans un entrepôt près de Paris.
«Christine Querlioz est quelqu'un qui comprend nos métiers et elle a su retranscrire nos deux univers», précise Philippe Leopold-Metzger. On y retrouve en effet les deux facettes de Piaget: la masculine, l'horlogerie, et la féminine, la joaillerie. Comme si la marque était désormais «mûre pour assumer pleinement» cette ambivalence. Mais l'architecte parisienne n'a pas oublié le savoir-faire, symbolisé par cette mosaïque bleue à l'entrée ou ce coffre à trésors patiné à la feuille d'or. Ni le glamour – avec ce tapis de pierres qui accueille les clients.
«Il y a surtout quelque chose que nous n'avons pas dans cette boutique, interroge Philippe Leopold-Metzger sur un ton badin. Il n'y a pas d'écran plasma!» Un choix mûrement réfléchi: «L'idée était de suggérer la main de l'homme, nous avons voulu supprimer tout le côté industriel», admet Christine Querlioz. C'est plutôt réussi!
