Cartier suspend le temps de ses jeunes lauréats

© Cartier © Victor Picon
Depuis bientôt 30 ans, Cartier récompense les horlogers de demain. Les lauréats 2026 ont planché sur la vision d’un temps maîtrisé, suspendu, voire à la demande. Une relève horlogère inspirée et habile.

En 1995, Cartier créait son « Prix Cartier des Talents Horlogers de Demain », dont les derniers lauréats viennent tout juste d’être récompensés. Cette année, Aymeric Peters (IATA, Namur, Belgique) a remporté le premier prix dans la catégorie dédiée à l’horlogerie, et Arthur Choquet (Lycée Jean Jaurès, Rennes, France) dans celle des techniciens. Sans surprise, les lauréats ont articulé leur composition autour du temps ralenti, voire invisible - une démarche très proche du « Temps suspendu » cher à Hermès, ou de la MP-12 « Key of Time » de Hublot. Les notions d’affichage à la demande, de calme et d’équilibre ont primé. 

Aymeric Peters, lauréat de la catégorie Apprentis Horlogers © Cartier © Victor Picon

Pour Aymeric Peters, on découvre un cylindre porté par deux arcs posés sur un socle en bois. Le cylindre emporte le mouvement, avec un affichage de l’heure et de la minute à la demande. Au repos, les deux aiguilles tombent à la verticale. Lorsque l’on actionne une clé située dans le socle en bois, les deux aiguilles reprennent instantanément leur position exacte. 

La technicité de la création repose dans la jonction physique entre le socle et le mouvement situé une quinzaine de centimètres plus haut. C’est en quelque sorte une évocation d’un mouvement mystérieux cher à Cartier, ce qui n’a pas manqué de séduire le jury, « mais avec le principe du chronographe et de la rattrapante, très compliqué à faire », a révélé le jeune lauréat sur les réseaux sociaux. Une lointaine parente pourrait être, en montre-bracelet, l’Aikon Mercury de Maurice Lacroix qui, elle aussi, au repos, n’affichait ni les heures, ni les minutes. 

Le 1er prix dans la catégorie Apprentis Horlogers © Cartier © Victor Picon

From Paris with love

Le second projet a pour originalité de replacer le mouvement Cartier au cœur d’une architecture haussmannienne typique de Paris. Le mouvement est inséré dans un cadre architectural dépouillé et se trouve en haut de la structure, que l’on pourrait assimiler à un lampadaire parisien ou une colonne Morris. La technique cède le pas à la scénographie, à l’imaginaire. Le jury a certainement été convaincu par la dimension très parisienne du projet, berceau de Cartier.  

Création Un instant d'Arthur Choquet, gagnant de la catégorie Techniciens © Cartier © Victor Picon

Un prix atypique

Le prix Cartier possède trois spécificités qui le distinguent des autres initiatives du même type. En premier lieu, il est le plus ancien de tous, et de loin. Sa première édition fut tenue en 1995, bien avant les autres (LVMH en 2024, F.P. Journe en 2015). En deuxième lieu, il est thématique. Pour la 28e édition du Prix qui vient de s’achever, les candidats ont dû travailler sur le sujet « Changeons d’équilibre : lisons et appréhendons le temps autrement ». Les postulants ne présentent donc pas leur travail libre et personnel, comme c’est souvent le cas avec leur montre-école. Ils s’attellent à un objet donné dans un temps prescrit très court : 80 heures réparties sur trois mois. Enfin, leur travail doit nécessairement reposer sur un mouvement fourni par Cartier - un calibre de pendulette pour cette édition. 

Dans cette perspective, « on ouvre nos horizons et, le temps du concours, on est plongé dans la peau d’un chef d’entreprise », souligne Marta Mazier, lauréate 2024, catégorie Apprentis, qualifiée parmi les trois apprentis horlogers et trois techniciens primés par Cartier. 

Avec cette édition, les jeunes ont ainsi pu expérimenter tous les aspects d’un poste de futur horloger. Respect d’un calendrier serré, rapprochement des différents corps de métier, traduction de sa vision en plans et cotes, gestion des aléas, et savoir composer avec les inévitables imprévus associés aux métiers d’art : une couleur qui change lors de sa cuisson, un émail qui se brise, un artisan absent ou trop occupé, ou un usinage plus corsé qu’escompté. Autant de défis qui ne devront pas effrayer les nouvelles recrues de l’année prochaine : en 2027, pour sa 29e édition, Cartier ouvrira son Prix des Talents de Demain à la joaillerie. 

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