La Fondation Louis Vuitton, qui a ouvert ses portes au public le 27 octobre, est un événement majeur pour le paysage urbain parisien, qui sera à jamais transformé par cette nouvelle icône architecturale du XXIème siècle.
Signé Frank Gehry, architecte basé à Los Angeles, le bâtiment est singulier, saisissant, prodigieux. Il a été conçu pour abriter un musée privé et un centre culturel commandés par Bernard Arnault, président directeur général du groupe de luxe LVMH Moët Hennessy LouisVuitton. « La Fondation ouvre un nouveau chapitre culturel passionnant pour Paris », a estimé M. Arnault dans une déclaration prononcée avant l’ouverture de la Fondation, une initiative privée rendue possible par le mécénat de LVMH et de ses sociétés, notamment Louis Vuitton. La division horlogerie de LVMH, dirigée par Jean-Claude Biver, comprend Hublot, Zenith, Bulgari, Chaumet et TAG Heuer. « Ma passion personnelle pour la création artistique a motivé la décision de construire la Fondation comme un lieu qui non seulement rend hommage aux artistes, mais également les inspire, dans un cercle vertueux de créativité», a ajouté M. Arnault.
Il a fallu six ans et, selon la rumeur, plus encore que les 100 millions d’euros de budget initial pour parachever le site. Le bâtiment s’élève seul au milieu de la verdure du Jardin d’Acclimatation, un parc de loisirs pour enfants situé à la lisière du Bois de Boulogne à l’ouest de Paris, immortalisé par le grand écrivain français Marcel Proust. L’édifice a été érigé sur un terrain public avec un bail de location à long terme à la fin duquel, en 2062, il deviendra propriété de la ville. « Ce bâtiment est un cadeau à la ville de Paris », a déclaré Jean-Paul Claverie, conseiller de M. Arnault et directeur des activités philanthropiques de LVMH lors d’une avant-première à la presse. « La Fondation est un projet qui va au-delà de tout ce que LVMH a entrepris jusqu’ici dans l’intérêt public. »

Frank Gehry, 85 ans, surtout connu pour le Musée Guggenheim de Bilbao ou le Walt Disney Concert Hall de Los Angeles, a également construit la Cinémathèque Française de Paris en 1994. « Mes bâtiments sont toujours une réponse à un endroit et à une époque, et je sais que ce parc est un lieu sacré en France, » a dit M. Gehry dans une référence érudite à Marcel Proust.
La structure en forme de bateau, faite de verre, de métal et de bois, ondule et déploie ses voiles gonflées par le vent au-dessus des 126'000 mètres carrés divisés en 11 galeries qui accueilleront des expositions d’oeuvres modernes et contemporaines issues de la collection privée de M. Arnault, mais aussi des œuvres appartenant à la Fondation ou prêtées par d’autres institutions. Pour l’ouverture, la Fondation a choisi une sélection d’œuvres de Gerhard Richter, Pierre Huyghe, Thomas Schütte et Ellsworth Kelly, entre autres.
L’auditorium situé au niveau inférieur du bâtiment, où le pianiste chinois Lang Lang se produira le 28 octobre, donne sur une cascade. Elle s’écoule dans un canal qui entoure une grande partie de l’édifice et renforce ainsi l’image du bateau voguant sur les eaux.
Près de la cascade, un miroir d’eau est rythmiquement strié par la poésie géométrique de colonnes en verre de Murano jaune, une installation de l’artiste danois Olafur Eliasson.
Dans le hall d’entrée un restaurant – Le Frank – proposera une carte inventive concoctée par le chef étoilé Jean-Louis Nomicos. Juste au-dessus de l’entrée du bâtiment, un logo LV en acier inoxydable ainsi que trois anciennes malles Louis Vuitton suspendues en haut d’une paroi de l’atrium, rappellent aux visiteurs que la générosité de cette enseigne du luxe a fait de ce projet culturel une réalité.

Pour sa principale exposition d’ouverture, la Fondation a choisi de rendre hommage à Frank Gehry et à son édifice « historique », selon les mots de M. Claverie, avec une présentation de modèles réduits et de vidéos retraçant les étapes de la construction. Cette exposition fait écho à une rétrospective de l’œuvre de Frank Gehry actuellement en cours au Centre Pompidou. « Frank Gehry est le roi incontesté de Paris aujourd’hui », a déclaré M. Claverie.
« Toutes mes constructions se font en collaboration avec mes clients », a expliqué M. Gehry. « Je tiens à cette interaction, cela rend le processus plus passionnant car je ne suis jamais sûr de la direction qu’il va prendre. » La créativité de Frank Gehry est peut-être partiellement intuitive mais sa dernière création devrait donner à Paris une nouvelle dimension dans le monde de l’art contemporain. « J’espère que j’ai bien travaillé », a conclu M. Gehry humblement. « Cet endroit est comme un violon, je l’ai construit, les autres sont libres d’en jouer. »
