
Les excès ont cela de bon qu'ils ramènent invariablement à une situation plus saine. Après la démesure, la raison ; après l'euphorie, la sagesse. Le petit monde de l'horlogerie n'échappe évidemment pas à la règle, lui qui avait vécu depuis le début du millénaire une période de croissance exceptionnelle. Assez naturellement, il s'était laissé aller à quelques excès, de ceux qui révèlent la nature profonde des êtres et des sociétés. Le coup de froid qui s'est abattu sur toute la contrée horlogère dès l'automne 2008 a rafraîchi les esprits et a fait redescendre quelques pieds sur terre.
“Qu'on lui coupe la tête !” hurle, furieuse, la Reine de coeur à Alice dans ce conte revisité (voir notre shooting en page 58). Elle ne croyait pas si bien dire. Les têtes sont tombées – ce n'est sans doute pas terminé - les opportunistes ont été priés d'aller flairer des opportunités ailleurs et les vendeurs de vent se sont fait souffler dans un tourbillon violent.
L'oeil du cyclone passé, l'ambiance demeure chahutée et le climat incertain. Les salons de Genève et de Bâle viennent le confirmer. Si le ciel bleu n'est peut-être pas très loin, le climat de consommation n'est toujours pas au beau fixe. En regard des temps de développement interminables propres à l'horlogerie, les garde-temps dévoilés cette année sont les premiers vrais produits de la crise. Peu de coups d'éclat, les classiques et les valeurs sûres reprennent le dessus.
C'est dans ce climat de retour à la raison et à l'intelligence que Chopard célèbre ses 150 ans (lire en page 99). Avec quatre nouveaux mouvements mécaniques – c'est exceptionnel et cela représente la véritable valeur ajoutée de la haute horlogerie – et une collection de haute joaillerie inédite de 150 pièces, la société genevoise marque de son empreinte ce millésime 2010. Et les premières réactions recueillies viennent confirmer que la créativité se mesure à nouveau en termes de valeurs authentiques. Nous voilà rassurés.
