WORDLTEMPUS – 21 juin 2010
Marco Cattaneo
Quel est le point commun entre une Royal Blue Tourbillon d'Ulysse Nardin, une UR-202 d'Urwerk et une Tourbillon Jumping Hours de Bovet? Ces montres, dont le prix frôle ou dépasse les 200'000 francs, ont toutes trois été achetées par des touristes chinois, à Genève, au cours des dernières semaines.
La Chine, on le sait, imprime déjà sa marque sur la structure des exportations horlogères, avec 1,2 milliard de francs pour les quatre premiers mois de l'année 2010, vers Hong Kong et la Chine continentale, selon les statistiques de la Fédération Horlogère ; c'est plus du quart de la valeur totale des exportations.
Mais la Chine et ses ressortissants bouleversent aussi les règles au sein même du marché suisse qui doit s'adapter à toute vitesse pour ne pas rater cette opportunité historique. Traditionnellement, les touristes chinois se déplacent en groupe, et achètent là où s'arrêtent les cars. Leur impact était donc fort à Lucerne ou Interlaken, négligeable à Genève ou Zurich. Mais ces habitudes changent rapidement, les Chinois font désormais du tourisme individuel, achètent des packages personnalisés, profitent de leurs déplacement d'affaires pour s'offrir quelques heures de shopping. On les retrouve désormais dans les grandes villes, où on ne les avait que peu vus.

Dans la boutique genevoise des Ambassadeurs, rue du Rhône, les Chinois, pratiquement absents en 2008, représentent aujourd'hui 30% de la clientèle, explique Pierre Jacques, Branch Manager, à égalité avec la clientèle russe. Conséquence logique, la boutique compte, depuis le mois de janvier, une vendeuse qui maîtrise le mandarin.
« Depuis la dernière édition du SIHH, témoigne Sabine Colin, patronne d'IWC pour le marché suisse, on me demande des catalogues en mandarin ». La marque de Schaffhouse prépare aussi des plaquettes en chinois pour les vitrines de ses points de vente en Suisse, une opération lancée à Lucerne et qui va rapidement s'étendre à tout le pays. « Les gagnants seront ceux qui pourront servir cette clientèle dans sa langue. Pour l'heure, on peut encore se contenter de dire bonjour et au revoir, et d'avoir des catalogues en chinois, mais le niveau d'exigence va très rapidement évoluer », estime encore Sabine Colin.
L'enjeu est loin d'être négligeable: d'ici à 2014, ce sont près de 50 millions de nouveaux clients chinois que les boutiques de luxe d'Europe occidentale pourraient accueillir, grâce au développement du tourisme individuel et des voyages d'affaires. Une évolution qui profitera d'abord aux marques fortes en Asie, Vacheron Constantin ou Cartier, par exemple, et qui redistribuera probablement les parts de marché au sein même du continent européen.