Interview de Laurence Nicolas

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«La complication n'existe qu'en tant que vecteur artistique fort»

GMT Lady - été 2010

Propos recueillis par Brice Lechevalier

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Vous entamez votre 10e année chez Christian Dior, pourquoi tant d'attachement ?
C'est tout d'abord une rencontre qui m'a séduite, avec Sydney Toledano et Victoire de Castellane. Ce n'était pas facile de quitter Cartier et ils ont su me convaincre. Une fois que je suis rentrée chez Dior, j'ai découvert une marque tellement riche que chaque journée s'avère une nouvelle aventure. Aucun tabou n'entrave l'essor de la marque, que trois directeurs artistiques à plein temps nourrissent de leur créativité : Victoire de Castellane (joaillerie-horlogerie), John Galliano (prêt à porter et haute couture féminine), Kris Van Assche (mode masculine). Depuis dix ans, j'ai aussi eu la chance de pouvoir compter sur la même équipe qui s'est épanouie au fil de nos réalisations. Nous avons commencé comme une start-up et nous nous sommes vraiment amusés en grandissant.

Cela fait deux ans que vous dirigez Dior Montres tout en gardant la responsabilité de l'activité Joaillerie, pourquoi est-ce important d'avoir cette vision d'ensemble ?
C'est très important car la compréhension que j'ai eue de la marque pendant huit années auparavant m'a aidée à nourrir le discours horloger de l'ADN de la marque. La joaillerie avec Victoire a été une expérience stylistique inouïe, bouleversant les codes de la joaillerie traditionnelle. Cela m'a permis de saisir à quel point la légitimité du métier horloger et de la technicité suisse dont bénéficient les montres Dior devait s'accompagner de la créativité de cette maison.

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Vous avez succédé à une autre femme à la présidence de Dior Montres en 2008, c'est plutôt rare dans l'univers horloger, est-ce un hasard ou une volonté du groupe LVMH ?
Je pense qu'il y a sûrement une part de hasard, mais il est aussi vrai que c'est un plus pour la marque. Comme Valérie Lachaux précédemment, je tente d'injecter dans cet univers très masculin une touche de féminité qui est vraiment propre à la marque, et que je trouve rafraichissante dans ce métier.

Au Salon Mondial de l'Horlogerie, Dior Montres a présenté plusieurs modèles masculins, parfois avec des complications inédites pour la marque, est-ce une tendance que vous allez renforcer ?
Nous sommes capables de réaliser des complications, mais les montres hommes constituent la niche chez nous. En termes d'image, l'utilisation de la complication chez Dior vient plus servir un propos créatif que fournir un jouet à forte valeur ajoutée technologique. Nous aspirons à raconter la marque à travers nos modèles, et la complication n'existe qu'en tant que vecteur artistique fort. Par exemple, le mouvement Quinting transparent nous a permis de réaliser un décor d'art cinétique qui s'est traduit par un succès à la fois d'image et commercial.

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Définiriez-vous Dior Montres comme une marque horlogère ou une marque de mode créant des montres ?

Dior est une marque de haute couture qui fait des montres. La haute couture est intemporelle. Regardez un tailleur dessiné à l'époque par Mr Dior luimême, les codes n'ont pas bougé. La haute couture permet de concilier créativité et pérennité, comme la haute horlogerie. Il n'y a que 11 maisons de haute couture qui défilent à Paris, car c'est extrêmement difficile et contraignant, régi par un cahier des charges très strict. Ici comme en haute horlogerie nous nous entourons des partenaires les plus compétents, et l'équilibre doit s'opérer avec le propos créatif.

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Auprès des femmes, dans quels pays vos montres connaissent-elles le plus grand succès ?
La marque Dior a ses racines en Europe et c'est sur ce socle fondamental et historique que nous avons le plus de clientes. Pour autant, la femme du Moyen-Orient s'avère de plus en plus séduite par la fantaisie et la poésie que nous apportons en horlogerie. Aux Etats-Unis actuellement nous avons une très belle croissance malgré la crise qui y a sévi. En matière de joaillerie, il faut ajouter le Japon, où Victoire bénéficie d'une aura inouïe.

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Personnellement, quel est votre modèle préféré, pourquoi ?
J'ai des coups de coeur selon les lancements et les séries limitées, en ce moment il se trouve que c'est la Dior Christal 8 qui donne une impression rétinienne permanente. Développé par les concepteurs Orny et Girardin, son mouvement permet de lire simultanément huit fuseaux horaires. Ce n'est pas seulement son aiguille des heures satellites qui la rend extraordinaire, mais également la feuille d'or appliquée sur sa masse oscillante, une première, ou le décor Art Déco de son incroyable cadran, voire encore le contraste de la pierre exotique avec la boîte en or que je trouve si sensuel. La joaillière qui sommeille en moi apprécie le travail fantastique sur pièce, que je trouve absolument dingue.

Quel conseil donneriez-vous à une jeune femme qui rêve de travailler pour une marque joaillière ou horlogère ?
Ne pas venir pour le rêve, mais pour partager le plaisir de l'objet, poursuivre la quête de perfectionnisme qui doit nous habiter dans ce métier, et surtout éviter le piège de l'apparat. Je suis persuadée qu'il faut faire ses preuves sur le terrain, passer par la vente pour se frotter à la réalité. La qualité de l'accueil, l'expérience d'achat, le service, les attentes d'une maison doivent être assimilées même dans l'optique de créer. Personnellement, je trouve que ce sont des atouts extrêmement profitables sur un cv.

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