Jamais sans ma manufacture!

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De Witt déménage ses ateliers. Un passage obligé dans ce secteur en forte croissance.
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La manufacture De Witt située àVandoeuvres. Trop àl'étroit, la société déménagera ses locaux àVernier d'ici àla fin de l'année. (OLIVIER VOGELSANG/ 27 OCTOBRE 2006)

C'est un peu un rituel de passage que chaque entreprise doit franchir pour accéder à la cour des grands. C'est également un signe de bonne santé finan­cière. Lorsqu'une entreprise horlogère crée ou agrandit sa manufacture, c'est forcément pour répondre à une demande en augmentation.
En témoignent les nombreux projets d'agrandissements an­noncés ces deux dernières années en Suisse romande. Roger Dubuis, Franck Muller, Chopard, Vacheron Constantin, Rolex, Frédéric Constant, Hublot, on ne compte plus les marques qui doivent désormais adapter leur stratégie à la forte croissance du secteur horloger.
Malgré son jeune âge, l'entre­prise de haute horlogerie De Witt n'a pas échappé à la règle. Située à Vandoeuvres, la manufacture genevoise démé­nagera ses ateliers à Vernier d'ici à la fin de l'année. Preuve qu'il n'est pas forcément néces­saire de bénéficier d'une solide tradition horlogère pour avoir du potentiel et du succès. Inter­view de Jérôme de Witt, fon­dateur et ambassadeur de ces montres très haut de gamme – le prix de départ se situe autour de 25 000 francs pièce –, aujourd'hui dirigée par Claude­ Daniel Proellochs.

De Witt n'a que 6 ans et doit déjà changer de locaux. Comment expliquez-vous une telle réussite ?


Notre équipe est une grande famille composée de personnes qui ont la même ambition: celle de créer un produit de qualité et surtout différent des autres. Ici, chacun se dé­passe et la qualité du travail accompli a véhiculé une image dans le secteur, une certaine réputation.


En quoi vos montres sont-elles différentes?


L'influence de mes ancêtres (voir ci-contre) est très forte, tout comme la passion pour la technique. Dans ce métier, l'exigence est un grand défi et le dépassement est constant. Cette passion nous a permis de créer en quelques années trois mouvements différents qui, aujourd'hui, font réfé­rence. Les matériaux que nous utilisons sont également no­bles, très haut de gamme. Nous créons des montres d'exception.

Vos ateliers de Vandoeuvres ne sont plus à même de supporter votre production ?


Ce n'est pas la raison de notre déménagement. Nous souffrons effectivement d'un manque de place, mais la création de la manufacture s'inscrit plutôt dans la volonté de contrôler l'ensemble des étapes de pro­duction. Jusqu'à présent, la fa­brication des composants était confiée à des partenaires préfé­rentiels. Nous allons désormais disposer de machines très mo­dernes, qui prennent tout de même une certaine place.


La supervision de ces opérations est-elle un passage obligatoire dans le développement d'une entreprise horlogère?


Certainement, et en particu­lier pour De Witt. Nous nous adressons à une clientèle très spécifique, élitiste. Nous ven­dons un produit de luxe qui exige un traitement de luxe. En ce sens, le service après-vente est primordial. D'où la nécessité de rester maître de l'ensemble de la production.

Ce marché de niche est-il rentable ?


Il est surtout très exigeant. En acquérant nos montres, notre clientèle investit dans l'avenir de notre société. Nous avons une grande responsabilité et une obligation de résultat. Tout cela demande un certain investissement de notre part.


Pourquoi déménager à Vernier?


Nous sommes une entreprise jeune qui a bénéficié de la confiance de nombreux investisseurs. Nous devons faire les choses progressivement. A Plan-les-Ouates, les prix de l'immobilier sont trop élevés. De Witt ne peut pas encore pas­ser à l'étape de l'investissement immobilier. Il faut passer par la location, et nous avons trouvé à Vernier un site déjà construit qui donnera l'écrin et la surface nécessaire pour nous dévelop­per. A terme, nous espérons produire quelques milliers de montres, suffisamment pour atteindre l'équilibre financier.

La philosophie De Witt


Ancré sur le terrain du très haut de gamme, De Witt mise l'essentiel de sa réputation sur la conception des montres. «L'horloger est notre pièce maîtresse», explique Jérôme De Witt.
Chaque montre est ainsi «coachée» de a à z par le même horloger.
Au total, la manufacture emploie une trentaine de personnes, dont 16 horlogers.
Chaque montre est éditée en série limitée, le plus souvent à hauteur de 99 pièces.
Premier marché de la marque: l' Asie (Singapour, Kuala Lumpur, Djakarta, Chine), puis les Etats-Unis et les pays de l' Est.
Quant au marché suisse, il «commence à démarrer. Le client helvétique est très gâté par l'offre horlogère», remarque le fondateur de la marque.

«J'ai cassé la montre de Napoléon» >

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Jérôme de Witt, cinquième génération de la descen­dance du roi Jérôme. (LDD)

Cinquième génération dans la descendance du roi Jérôme de Westphalie, le frère de l'empereur Napoléon Ier, Jérôme de Witt nourrit la passion de l'horlogerie depuis son enfance. «J'ai toujours été fasciné par la mécanique.
A l'âge de 7 ans, j'ai un jour pris une montre dans un tiroir du bureau de mes parents et je l'ai démontée. Lorsque mon père m'a surpris, il m'a solennellement annoncé que je venais de casser une des montres de l' Empereur. Ce souvenir m'a, on peut le dire, plutôt marqué», confesse le fondateur de De Witt.
Quelques années plus tard, Jérôme de Witt, toujours aussi passionné, hérite de l'ensemble de la collection des montres de ses ancêtres, ainsi que d'une enveloppe contenant les différentes pièces du garde-temps qu'il avait autrefois démonté. «Je l'ai fait réparer depuis», sourit-il.
Prix innovation
Son héritage, le fondateur l'inculquera à la philosophie de son entreprise horlogère, dont les mouvements et la conception rappellent fortement la période de l' Empire. Alliant tradition et modernité, les Academia Sport De Witt sont ainsi dotées de 24 dents, qui rappellent les colonnes impériales et qui coulissent sur la lunette et le fond de la montre afin de donner une proportion. A cette construction, l'horloger y a ajouté un traitement luxueux fait d'or rouge, de titane et de caoutchouc, et d'un sertissage baguette complexe pour certains modèles féminins.
A cela s'ajoute la technologie, tout droit sortie de l'esprit de Jérôme de Witt et mis en scène par son équipe d'horlogers. L'entreprise s'est ainsi notamment distinguée en 2005 en créant le mouvement DW8002. La complication «Tourbillon» permettait de corriger la précision d'une montre mécanique face aux perturbations induites par la gravitation terrestre.
L'innovation développée par De Witt, totalement originale, fait l'objet d'un brevet. Le dispositif, jamais construit jusqu'à ce jour, permet au ressort-moteur de disposer en permanence d'une énergie supérieure à celle dont à besoin le régulateur (le tourbillon).
Cette prouesse technique a obtenu le Grand Prix de l'horlo­gerie de Genève en 2005, dans la catégorie innovation.

Tribune de Genève / Florence Noël / www.tdg.ch

 

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