Saga horlogère: la ville aux mille patrons

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«Il y a quelque chose d'original à La Chaux-de-Fonds, C'est l'absence d'une grande famille dominante"

ÉLITE C'est dans les salons de la villa JeanRichard, construite en 1908 pour l'industriel Isaac Schwob, membre de l'élite industrielle chaux-de-fonnière, que Pierre-Yves Donzé a présenté son ouvrage. (richard leuenberger)  
Les Editions Alphil présentaient hier le premier opus d'une nouvelle collection consacrée à l'histoire de l'horlogerie. Dans «Les patrons horlogers de La Chaux-de-Fonds (1840-1920)», Pierre-Yves Donzé s'interroge sur les origines de la formidable croissance de l'horlogerie aux XIXe et XXe siècles.

«Il y a quelque chose d'original dans cette ville américaine basée à 1000 mètres», relevait hier l'historien Pierre-Yves Donzé. «C'est l'absence d'une grande famille dominante, comme les Francillon de Longines, les Brandt d'Omega ou encore les Tissot et Favre-Jacot au Locle.» C'est donc à la tournée des mille et un patrons que l'auteur convie le public. «Un public large», souhaite-t-il. On vise à sortir les travaux universitaires de leur tour d'ivoire.»

Soutenu financièrement et scientifiquement par la Ville de La Chaux-de-Fonds et la Maison Girard-Perregaux, l'ouvrage a pour objectif de comprendre comment les familles patronales ont réagi face à cette évolution horlogère, entre 1840 et 1920. L'auteur, qui entretient des liens affectifs avec La Chaux-de-Fonds, où il est né, s'est notamment appuyé sur deux livres d'archives: le registre du commerce, où quelque 2200 personnes ayant créé ou fondé une entreprise horlogère à La Chaux-de-Fonds sont recensées, et le registre d'impôt, afin de connaître la fortune et les revenus de ces patrons. Familles chaux-de-fonnières, fabricants juifs d'origine alsacienne, banquiers locaux, self made man... Pierre-Yves Donzé dresse un large panorama des familles d'industriels qui ont marqué l'horlogerie. Depuis «l'ère de l'établissage», système de production basé à domicile, les grands patrons ont perdu peu à peu l'esprit philanthropique qui les animait au milieu du XIXe siècle. L'équilibre social qui règnait entre les grands patrons et les petits ateliers s'est effrité au fil du temps et de l'industrialisation.

La Première Guerre mondiale accentuera ce mode de production. C'est l'occasion de se diversifier, tout en s'enrichissant. On ne fabrique plus de montres mais des munitions. Et puisqu'on est neutre, les affaires se concluent aussi bien côté français qu'allemand. Cette belle époque rapportera des fortunes colossales qui seront ensuite réinvesties dans l'horlogerie. Un très beau document sur l'élite industrielle de La Chaux-de-Fonds. / SYB

«Les patrons horlogers de La Chaux-de-Fonds (1840-1920)», par Pierre-Yves Donzé. Editions Alphil
L'Impartial / Sylvie Balmer / www.limpartial.ch