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La chine, pays des possibles

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Shanghai, c'est l'endroit où il faut être pour nouer des relations commerciales avec la Chine. Entretien avec le consul général de Suisse William Frei.

Le Matin - 9 juin  2010

Vincent Donzé



Horloger, architecte ou galeriste, les expatriés suisses sont un millier à Shanghai. L'attrait de la métropole économique s'accroît encore avec l'Exposition universelle. Si les marques horlogères ouvrent des boutiques à tour de bras, c'est parce que le marché chinois tient ses promesses: au premier trimestre, les exportations de montres ont bondi de 79% à Swatch Group!

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Vincent Donzé: Que ressent-on en arrivant à Shanghai?
William Frei: La première impression, c'est de se trouver à Chicago ou à Londres. Shanghai, c'est Paris en Asie! Cette métropole occidentalisée a conservé un aspect aventureux, mais pas sulfureux: on n'est plus à l'époque de la guerre de l'opium! C'est le poumon économique de la Chine, mais attention, les mentalités fonctionnent sur le mode chinois…

Peut-on faire fortune en Chine?
Les expatriés que je rencontre ont deux objectifs. L'un est éducatif, avec l'envie d'apprendre le chinois, l'autre est professionnel, mais attention, il faut savoir prendre des risques sans être une tête brûlée. Ce n'est pas la Chine qui va s'adapter, c'est à nous de le faire!

Vous avez rencontré 70 étudiants en architecture de l'école lausannoise Athenaeum. Pour leur dire quoi?
La nouvelle génération possède cette chance extraordinaire de pouvoir venir en Chine. L'idéal, c'est de travailler dans l'environnement d'une société suisse qui vous prend en charge. Mais certains réussissent à lancer des start-up après avoir exploré le terrain et établi de bons contacts. Il faut se préparer et j'encourage les séjours linguistiques.

Combien comptez-vous d'expatriés suisses à Shanghai?
Ils sont près d'un millier enregistrés au consulat général et notre circonscription compte environ 420 sociétés suisses. Elles sont toujours plus nombreuses à ouvrir un bureau, un centre de production ou de développement. Aujourd'hui, les deux tiers des sociétés suisses établies à Shanghai ont un dirigeant chinois. La Suisse est un des seuls pays avec une balance commerciale excédentaire: nous exportons des produits pharmaceutiques et des machines-outils à très forte valeur ajoutée. Mais le segment dont la croissance est particulièrement forte, c'est l'horlogerie. Les riches sont de plus en plus nombreux à Shanghai…

La contrefaçon reste-t-elle problématique?

Quand je suis arrivé à Shanghai, un vendeur m'a proposé une montre suisse à ma sortie de l'hôtel. Il en voulait quelque chose comme 800 yuans, avant de baisser à 400 yuans. Je lui ai rétorqué que je n'en avais pas besoin et que son activité était illégale. Et quand je lui ai précisé que j'étais consul de Suisse, il m'a regardé avec des yeux ronds en disant: «Alors pour vous, ce sera 200 yuans!»

Et rien n'a changé?
Shanghai n'est pas Hongkong: les contrefaçons ne sont pas d'une qualité et d'une quantité qui posent problème aujourd'hui.

A l'inverse, quels sont les produits chinois importés en Suisse?
Des produits de grande consommation comme le textile et l'habillement remplissent des containers, sans représenter une grande valeur. Nous les achetons précisément parce qu'ils sont bon marché. Mais la qualité s'améliore, ce qui influencera les prix.

Quels seront les échanges favorisés par les acco rds bilatéraux?
L'objectif de la Suisse, c'est de réduire les droits de douane pour faciliter l'accès au marché chinois face à nos concurrents occidentaux et aux producteurs locaux. La Chine veut développer sa propre technologie et protéger son industrie naissante, mais elle est prête à coopérer.

L'Exposition universelle offre-t-elle un univers propice?
Pour la Chine, c'est une occasion unique de s'ouvrir au monde. Shanghai 2010 est moins politique et plus économique que les Jeux olympiques de Pékin. Chocolat, montres, montagnes: l'image de la Suisse est extrêmement traditionnelle. Avec son rideau photovoltaïque, le pavillon suisse sert à compléter cette image par la technologie, le design et la recherche.

La Suisse peut-elle tirer son épingle du jeu parmi 192 nations?
La Suisse bénéficie d'une excellente image en Chine. La première société étrangère autorisée à conclure une joint-venture, c'était la société suisse Schindler. Les Suisses sont considérés comme des amis et la qualité de nos produits est reconnue.

Diriez-vous que nos relations économiques sont avantagées?
Comme une grande partie de l'économie chinoise est en mains étatiques, un bon contact avec les autorités favorise les choses. La preuve: les dirigeants chinois de sociétés suisses sont très fiers de travailler pour une entreprise suisse. Ils ne manquent jamais de le mentionner vis-à-vis de leurs partenaires et des autorités chinoises.

Faut-il avoir peur de la Chine?
C'est ma grand-mère qui parlait de péril jaune… La peur conduit à une approche de confrontation, ce qui serait une erreur! On ne pourra pas faire autrement que travailler ensemble. La Chine est un géant qui se réveille, mais avec des pieds d'argile! Ses défis sociaux et écologiques sont colossaux et la mondialisation implique une coopération face aux problèmes.

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