« Bienvenue au pays des rêves mécaniques ». Le slogan était autrefois celui de Sainte-Croix et de son expertise dans les métiers d’art mécanique. Il est aujourd’hui quelque peu passé de mode : le rêve est devenu une réalité académique depuis près de 10 ans. En 2016, l’association Mec-Art voyait ainsi le jour. Elle se structure en 2021 pour évoluer en un véritable établissement de compétences. Du simple stage à la formation complète, en passant par un centre d’exposition (délocalisé à Genève chez De Bethune), Mec-Art est le cœur battant de la mécanique d’art.
Peu d’horlogers sont dépositaires de cet art. Historiquement, Jaquet Droz en est l’un des pionniers, avec des automates toujours visibles au Musée d’Art et d’Histoire de Neuchâtel. À l’aube du 21e siècle, seules quelques marques, comme Ulysse Nardin ou Andersen, se penchaient encore ponctuellement sur les automates en montre-bracelet.
Nouveau souffle
Aujourd’hui, la relève est incontestablement assurée par Van Cleef & Arpels. La maison a très tôt compris le lien entre les métiers d’art horlogers traditionnels (gravure, peinture, émaillage, guillochage, sertissage, etc.) et la mécanique d’art, qui en est la prolongation cinématique. Pour dire les choses simplement, c’est avec Van Cleef & Arpels que la mécanique animée a intégré le cercle des métiers d’art. À tous les arts classiques et statiques, elle y a apporté le mouvement, la magie, l’émerveillement. Et c’était « moins une », comme dit l’adage.
Car, il y a 15 ans, les spécialistes de la mécanique d’art se comptaient sur les doigts de la main. Mais Van Cleef & Arpels, en 2010, a su trouver et réunir leurs talents au sein d’une pièce. Elle se nomme Le Pont des Amoureux. C’est un coup de maître. Déjà, sur le plan horloger, en introduisant une lecture de l’heure unique, poétique et ludique. Ensuite, sur le plan marketing : les Complication Poétiques deviennent une marque déposée, et un brin constitutif de l’ADN de Van Cleef & Arpels.
Enfin, académique. Car la maison, qui avait déjà en coup d’avance en co-créant l’École des Arts Joailliers en 2000, poursuit sa démarche avec s’associant à Mec-Art, l’Association pour la Mécanique d’Art. Encore une fois avec un sens patrimonial inné : au lieu de s’approprier le projet, Van Cleef & Arpels se pose en mécène parmi d’autres. Le comité de pilotage comprend aussi bien des indépendants (François Junod) que des patrons d’autres marques (Jean-Claude Biver), des cofondateurs d’ateliers indépendants (Denis Flageollet chez De Bethune), et divers noms établis (comme Reuge). En un mot : Mec-Art est un collectif, dont Van Cleef & Arpels est l’un des joueurs.
Sillon partagé
Un joueur, mais non des moindres. Depuis 2008, Van Cleef & Arpels collabore avec François Junod pour ses « Objet Extraordinaires ». Depuis 15 ans, la maison rafle également des distinctions régulières au GPHG, Grand Prix d’Horlogerie de Genève. Catégories ? Métiers d’Art et Complication ! La maison ne fait pas seulement vivre les artisans d’art mécanique : elle les expose au grand jour. La renommée est internationale.
Van Cleef & Arpels ouvre ainsi un sillage dans lequel s’engouffrent certains acteurs « hype » de la nouvelle horlogerie. On pense à Jaquet Droz, revenu sur le devant de la scène horlo-mécanique avec une approche éminemment disruptive. À Louis Vuitton, qui reprend le chemin des automates - Jean Arnault a très tôt manifesté son intérêt pour Mec-Art. À MB&F, qui engage dès 2013 une collaboration fructueuse avec l’automatier Reuge, ou plus récemment avec L’Épée. Ou à De Bethune, qui finira par acquérir une participation majoritaire chez Reuge, et à devenir le moteur de la formation « made in Mec-Art », d’ailleurs hébergé...chez Reuge. Sans oublier d’autres acteurs qui, comme Chanel ou Hermès, goûtent ponctuellement à la petite mécanique d’art.
Au final, Van Cleef & Arpels a gagné sur tous les tableaux. D’abord, la maison a su se créer un segment, celui des Complications Poétiques et des Objets Extraordinaires, qui sont devenus son pré carré. Ensuite, en entraînant dans son sillage plusieurs acteurs qui, ensemble, ont considérablement revitalisé l’intérêt pour la mécanique d’art, horlogère comme décorative. Enfin, en permettant à ces métiers de (sur)vivre en finançant une association, des formations et des expositions, pour que le savoir-faire se transmette. Un cas d’école unique : alors que la plupart des manufactures cherchent à internaliser les expertises pour les sécuriser avant qu’elles ne disparaissent, Van Cleef & Arpels a misé sur un écosystème ouvert et participatif, dont le succès est aujourd’hui indéniable. Pari gagné.