Les derniers prix de chronométrie ont été remis dans les années 1970. Reconnaissant les performances de mouvements mécaniques, ils ont été abandonnés lors de l'arrivée des mouvements à quartz qui affichent une précision nettement supérieure. En 2007, Cécile Aguillaume, alors conservatrice du Musée d'horlogerie du Locle, en Suisse, s'entourait de personnalités reconnues et respectées dans leurs domaines respectifs pour remettre au goût du jour le concours de chronométrie.

C'est au Château des Monts où se trouve le musée que les résultats ont été divulgués hier par Michel Mayor, directeur de l'Observatoire de Genève et président du Jury. La manufacture Jaeger-LeCoultre a obtenu le premier prix dans la catégorie "Marques et fabricants de mouvements" tandis que l'ingénieur et horloger retraité René Addor était félicité dans la section "Particuliers".
Lors de la conférence de presse qui a précédé la cérémonie, le président du comité d'organisation, Claude-Henri Chabloz, a détaillé avec exhaustivité les mesures prises pour assurer l'objectivité des résultats. Anonymisation des calibres à leur réception, camion blindé repéré en permanence par satellite avec notaire à bord lors des transports, communication verrouillée vis-à-vis de l'extérieur, soin extrême lors de la manutention des pièces, un maximum de conditions avaient été réunies. Après un contrôle des mouvements à leur arrivée, ceux-ci ont été acheminés à l'Observatoire de Besançon puis au bureau biennois du COSC - Contrôle officiel des chronomètres suisse - avant la Haute école Arc et enfin un second et dernier test au COSC. A chaque fois, les calibres ont été testés selon la norme ISO 3159. Utilisée dans de nombreux instituts de mesure au niveau international, elle est basée sur 7 critères et chaque test dure 15 jours au total. A la Haute école Arc, les mouvements ont subi des tests de chocs et de résistance à des champs magnétiques. Voulues par le nouveau règlement, ces deux mesures n'existaient pas à l'époque. Autre modification: les mouvements ont été testés emboîtés et non libres comme auparavant.
Sur les 16 pièces en compétition, 11 seulement sont arrivées au terme de processus. Parmi celles éliminées, une s'arrêtait régulièrement, une autre a vu un ressort se casser et les trois dernières affichaient une marche moyenne en dehors des normes autorisées. Claude-Henri Chabloz précisera même sans pouvoir l'expliquer que certains mouvements présentaient de meilleures performances après l'épreuve des chocs! Pour arriver au classement final, le jury s'est doté d'une formule mathématique spécialement mise au point. Chaque mouvement partait avec une mise de base de 1000 points. A chaque nouvelle épreuve, on soustrayait un certain nombre de points en fonction des résultats.

Au final, le mouvement Master tourbillon 978 de Jaeger-LeCoultre affichera les meilleures performances avec un total de 909 points. Chez les indépendants, René Addor l'emportera avec son mouvement baptisé Papillon qui obtiendra 795 points.
Pour obtenir ce résultat, la manufacture du Sentier a constitué une équipe composée d'un ingénieur, d'un horloger technicien, d'un horloger et de Jean-Claude Meylan, le directeur technique et coordinateur pour l'occasion. "La préparation des pièces s'est faite en parallèle au travail quotidien de chacun, dira-t-il. Par ailleurs, la seconde place obtenue par notre Calibre 174 Reverso Gyrotourbillon - ndlr:908 points - marque une réussite supplémentaire."

Ancien responsable de la qualité chez Rolex et aujourd'hui à la retraite, René Addor a estimé à 4'000 heures le développement, la construction et la mise au point de son mouvement. "J'ai appris par hasard l'existence du concours et n'ai eu le temps de procéder à des tests avant de soumettre le calibre, confessera-t-il." Développé à la demande d'un ami et grâce au soutien financier de René Schmidlin, ancien propriétaire de la manufacture Soprod, le calibre Papillon n'a d'avenir encore clairement défini.

