Les deux géants

2 minutes read
Bernard Fornas et Jean-Claude Biver n'hésitent pas à dire que le gros de la crise est désormais derrière nous.
Tribune de Genève - 4 juin 2009
Gabriel Tortella

Depuis septembre dernier, j'entends toujours le même disque, dont la mélodie commence à être rayée et qui répète toujours le même refrain: la crise, la crise… Eh bien, je puis vous dire que ce n'est pas vrai du tout. Avant-hier, j'ai réussi à réunir, alors que c'est toujours pratiquement impossible, à l'hôtel La Réserve, aux portes de Genève, mes deux meilleurs amis: Bernard Fornas et Jean-Claude Biver, les deux grands patrons de Cartier et de Hublot, respectivement.

 

Chronique_325902_0



Or, l'un comme l'autre n'hésitent pas à dire que le gros de la crise est désormais derrière nous. Ainsi Bernard Fornas, cet homme hors pair, d'habitude très prudent, est très clair dans son diagnostic. Cartier, m'explique-t-il, s'en sort très bien, car il a su ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Il a misé avant tout le monde sur la Chine et elle remplace désormais largement l'Amérique et même le Japon. Quant à Jean-Claude Biver, il ne se repent pas d'avoir ouvert une nouvelle boutique dans un pays de l'ex-Union soviétique. Et dès le premier jour, il a réussi à vendre cinq tourbillons et quatre montres pavées de diamants. Il en était le premier étonné. C'est alors qu'il a commencé à réaliser que la crise était en train de s'éloigner.

Il faut ajouter que si Cartier s'en sort si bien, c'est qu'il est très présent sur les marchés. Bernard Fornas se rend chaque mois en Chine, où il n'hésite pas à passer une semaine entière. Et Jean-Claude Biver lui emboîte le pas. Il s'apprêtait à partir le soir même pour Pékin en un voyage éclair, puisque dès après-demain, il sera déjà de retour parmi nous.

Mais ce qui m'a le plus frappé au fond au cours de ce déjeuner, c'est que ces deux grands patrons n'ont pas tellement discuté d'horlogerie, de bijoux ou de voitures. A mon grand étonnement, ils ont parlé surtout de la terre, des chevaux, qui sont une des passions de Bernard Fornas. Alors que Jean-Claude Biver, tout le monde le sait, adore parler vaches, fourrage, alpage…

Tout à coup, c'était à peine un peu plus de 14?h, le patron de Hublot s'est levé de table pour aller, à mon grand étonnement, à un rendez-vous avec l'Association des vachers! Et quand il rentre à la maison, m'a-t-il avoué, il n'oublie jamais d'aller saluer ses poules et ses canards, qui le lui rendent bien. Quant au hobby de Bernard Fornas, c'est incontestablement sa Normandie, où, chaque fois qu'il s'y rend, il ne manque pas de déguster les œufs si frais et si délicieux qui font de très bonnes omelettes.

Je dois reconnaître que j'ai beaucoup apprécié leur modestie, leur parler vrai et, encore plus, leur grande sérénité face à l'avenir. Ce fut vraiment un grand plaisir pour moi de les écouter.

 

Chronique_325902_1

 

 

 

 

 

Gabriel Tortella © Tribune de Genève

Chronique_325902_2

Marques