WORLDTEMPUS – 3 juin 2010
Louis Nardin
Pour les vingt ans de sa manufacture l'année dernière, Christophe Claret était passé des coulisses à la scène en présentant la DualTow, première montre officielle sous son nom. Aujourd'hui, l'horloger-entrepreneur annonce qu'il dévoilera chaque année un nouveau modèle et qu'il sera vendu par son propre réseau de distribution. D'un garde-temps inventé pour célébrer un anniversaire, la DualTow rime désormais avec la fondation d'une marque. Cette confirmation, plusieurs détaillants l'attendaient, eux qui avaient demandé immédiatement si cette dernière s'émanciperait du rôle de montre-anniversaire. Les voilà rassurés.

Limitées à quelques dizaines d'unités par an, les montres Claret feront le plaisir des connaisseurs ayant les moyens de leurs désirs. En effet, comptez déjà 490'000 francs hors taxes pour une Dual Tow et 540'000 pour une Night Eagle, son évolution dévoilée ce printemps. Un positionnement donc axé sur la très haute horlogerie, mais à la fois totalement légitime puisque Christophe Claret est à la base de dizaines de calibres aussi innovants que complexes et distribués à plusieurs marques établies comme Ulysse Nardin ou Jean Dunand. Par ailleurs, le tourbillon, présent sur tous les mouvements, n'est-il pas la construction technique la plus «simple» à sortir de ses ateliers?

«Sur les cinq mouvements actuellement en développement, trois sont dédiés à la marque, annonce Christophe Claret. Et comme tous les calibres inventés dans nos murs, ils contiendront des fonctionnalités encore jamais vues en horlogerie.» Pour assurer ses ventes, il s'est adjoint les services du commercial Phil Ogle et plusieurs marchés ont déjà été ouverts comme la France, la Belgique, l'Italie, l'Espagne, la Grèce, le Japon, Hong Kong, Singapour, la Malaisie ou encore la Thaïlande. Après des débuts en demi-teinte pour cause de tempête économique globale, la DualTow et la Night Eagle ont trouvé leur public. Christophe Claret annonce pour le moins en vendre en moyenne deux par mois.

Pour arriver à ses fins, le manufacturier dispose d'un outil de production de pointe et qu'il ne cesse de perfectionner. En effet, plusieurs machines n'existent nulle part ailleurs puisqu'il a, entre autres, participé lui-même à leur création, des machines également vendues à des tiers par le fabricant et sur lesquelles il perçoit des droits de propriété intellectuelle. De la découpe au laser à l'usinage de composants en saphir, Christophe Claret maîtrise la quasi-totalité des opérations dans la chaîne de construction d'un calibre. Récemment, une CNC de 16 axes, un record absolu, est venue prendre place dans ses locaux. Avec un prix dépassant le million de francs, il aura fallu deux ans d'attente avant que ce colosse de technologie prenne place dans l'usine.

Comme la majeure partie des industriels de l'horlogerie, Christophe Claret a dû composer avec une baisse des commandes. Et s'il ne cache pas recourir au chômage partiel, il peaufine son catalogue de nouveaux calibres et optimise ses processus de fabrication pour être prêt le jour où la reprise se fera sentir. «Des horlogers volontaires ont également reçu la mission de créer un atelier "Test, homologation et fiabilité" - THF -, avec des protocoles de tests pour valider des nouveaux mouvements et pour contrôler la production courante, dit-il. Des appareils ont été spécialement développés pour tester plusieurs dizaines de fois les boutons et poussoirs, la résistance aux chocs et à la gravitation est évaluée, ou encore des tests d'étanchéité. Ce label interne a été mis au point après avoir analysé tous les différents tests horlogers connus comme le COSC, le label Qualité Fleurier ou encore le contrôle Chronofiable pour en tirer les éléments les plus pertinents.»
