Particularité de l'entreprise familiale genevoise, dont Karl Scheufele tire une fierté particulière, est le degré élevé d'intégration verticale de la production.
'Nous faisons presque tout nous-mêmes, des boîtiers aux bracelets en passant par les cadrans', s'enthousiasme le patron de Chopard. Il sait cependant que son plaidoyer en faveur d'une forme d'autarcie d'entreprise va à l'encontre de la tendance actuelle du management, qui prône plutôt le 'lean management' et fait appel à de nombreux sous-traitants externes.Karl Scheufele estime néanmoins qu'une organisation de ce genre freine la créativité et l'innovation. 'Bien entendu, j'ai des coûts en équipement et en personnel plus élevés si je produis tout moi-même. Mais en revanche, je peux immédiatement matérialiser mes idées. Je n'ai pas besoin de me rendre d'abord chez des fournisseurs pour leur demander des échantillons, je peux tout de suite me mettre à l'ouvrage.' Le résultat de cette philosophie est que Chopard dispose d'un savoir-faire et d'un capital d'expérience considérable dans le domaine horloger. A Genève comme à Pforzheim, s'affairent des designers, des orfèvres, des horlogers, des tourneurs, des outilleurs, des polisseurs, des fondeurs, des graveurs, des prototypistes, des mécaniciens, du personnel d'entretien du parc des machines CNC, des techniciens, des ingénieurs, etc. Sur le site de Meyrin, Chopard produit même ses alliages d'or et dans la fabrique de Birkenfeld se trouve le plus grand atelier de sertissage de la branche. En ce qui concerne la conception des stands d'exposition de foires ainsi que des présentoirs de magasins, la maison Chopard dispose là encore d'un département de décoration interne à l'entreprise.En matière d'autarcie, le dernier 'coup retentissant' de Karl Scheufele date de mars 1995, avec la reprisc de l'entreprise Kienhôfer de Birkenfeld spécialisée dans la fabrication de chaînes en or. Employant 35 collaborateurs, elle a en outre l'avantage d'être sise idéalement juste à côté de l'immeuble Chopard le long de la Panoramastrasse. Avec ce rachat, Chopard fait un pas de plus dans l'intégration de tous les métiers de l'entreprise. Plus tard, on est capable de découvrir instantanément la cause de certains dysfonctionnements et il n'est pas nécessaire de s'en remettre au jugement du chef de production ou des gestionnaires', explique Karl Scheufele, qui place l'indépendance tout en haut de l'échelle des valeurs. C'est pourquoi l'orfèvre de Pforzheim avait toujours souffert de sa dépendance vis-à-vis des fournisseurs suisses de mouvements.En 1962, une goutte fit déborder le vase: Karl Scheufele apprit par une personne de confiance que l'entreprise genevoise avec laquelle il traitait depuis des années livrait derrière son dos à l'un de ses plus grands concurrents. Scheufele révoqua instantanément le contrat qui le liait à son fournisseur genevois et demanda à ses agents de faire paraître une annonce dans tous les journaux avec le texte suivant: 'Cherchons à acquérir une manufacture suisse d'horlogerie'. Environ une vingtaine de manufactures de toutes tailles et de réputations diverses répondirent à l'appel du jeune entrepreneur. Ce dernier choisit celle qui :figurait tout en bas de sa liste: 'Le Petit Fils de L.U. Chopard, Genève, maison fondée en 1860'.En 1963 Karl Scheufele acquit officiellement la mini-manufacture. Le dernier horloger du nom, Paul-André Chopard continua à travailler pour l'entreprise comme horloger et à conseiller son successeur jusqu'à sa mort en 1968.Chronique d'un succès L'établi du vieux monsieur Chopard fut le seul coin de l'atelier qui resta intouché. Pour le reste, Karl Scheufele réorganisa entièrement l'entreprise, stoppa la production disparate de montres de poche et de montres-bracelets que Chopard avait jusqu'alors fabriquées sous diverses signatures, pour réaliser à la place des mouvements poux ses propres lignes de produits- Parmi les modèles Chopard lancés dès 1963 figure une montre-bracelet pour homme, très sobre, avec un cadran blanc orné de chiffres romains. Malheureusement, il n'existe actuellement à Genève plus une seule montre de ce modèle.Pourtant cette création ne remporta guère de succès. Les bijoutiers se montrèrent sceptiques à l'égard de la nouvelle marque et l'entrepreneur de Pforzheim dut faire usage de toutes ses relations pour les convaincre d'accepter de faire figurer une montre Chopard dans leur assortiment. Pour lui rendre la tâche encore un peu plus difficile, ses concurrents se plaisaient à tourner en ridicule le nom de Chopard, se gaussant des 'Clochards de Genève'. Certains allèrent même jusqu'à prétendre que l'entreprise n'était qu'une boîte-aux-lettres, incapable de fabriquer la moindre montre. 'Lorsque ces rumeurs sont parvenues à mes oreilles, j'ai immédiatement décidé d'inviter tous mes clients à venir voir de leurs propres yeux la soi-disant 'boîte-aux-lettres' de Genève', se souvient Karl Scheufele. Ses invités n'eurent même pas à pénétrer dans les locaux exigus de la rue Miléant, puisque Chopard avait déplacé les ateliers dans des bâtiments modernes à l'Avenue Luserna n° 20.En 1972, ces locaux étaient à leur tour devenus trop petits, de sorte que Karl Scheufele se décida à construire son propre immeuble. Deux ans plus tard, l'entreprise Chopard s'établissait à Meyrin dans la banlieue genevoise, à quelques minutes seulement de l'aéroport de Cointrin. Le nouveau bâtiment comportait une surface de 5800 mètres carrés et ressemblait en tous points à celui que les Scheufele avaient fait ériger en 1966 à Pforzheim-Birkenfeld.En 1990, il fallut encore ajouter 1600 mètres carrés supplémentaires pour faire face à la croissance continue de l'entreprise.En 1975 fut créée à Paris une filiale 'Chopard France' et en 1976, la 'Chopard Watch Corporation' à New York. Actuellement, la société Chopard vend ses produits dans plus de 50 pays du monde, tandis que des boutiques Chopard - où sont vendus exclusivement les bijoux, les montres et les accessoires Chopard - existent dans douze métropoles, de Vienne à Hongkong et de Kuala Lumpur à Dubai en passant par Osaka. La fabrique Chopard de Pforzheim et la Karl Scheufele GmbH occupent aujourd'hui 250 collaborateurs, tandis que la société genevoise en emploie plus de trois cent.Des montres 'sur mesure'Karl Scheufele explique le succès de son entreprise par trois principes fondamentaux qui; selon lui, distinguent Chopard des autres entreprises de la banche. Son premier précepte est le suivant: 'Nous ne constituons l'horlogerie. Kienhöfer & Scheufele permettra à. la maison Chopard de réaliser elle-même le délicat travail de finissage des chaînes en or, utilisées par exemple avec tous les pendentifs Happy Diamonds. "Bien entendu, nous pourrons dorénavant songer à réaliser également des colliers pour les autres collections", déclare Julius Brandhuber, fondé de pouvoir de Karl Scheufele GmbH à Birkenfeld près de Pforzheim.De jure, cette entreprise n'est plus liée à Chopard Genève, si ce n'est qu'elle vend les produits Chopard sous licence en Allemagne, en Europe et Outre-Atlantique, et effectue quelques travaux d'orfèvrerie pour le siège de Genève. "Du point de vue juridique, la société Karl Scheufele GmbH est totalement autonome, soumise au droit allemand, tandis que Chopard S.A. est une entreprise suisse, relevant de la juridiction helvétique", ajoute M. Brandhuber. De facto, ce sont les mêmes personnes qui mènent la barque: "Nous sommes l'une des dernières véritables entreprises familiales de la branche", souligne Karl Scheufele avec fierté.Et cela va certainement rester le cas dans les années â venir, peut-être même pour les prochaines décennies, car les représentants de la quatrième génération Sçheufele sont déterminés à poursuivre l'oeuvre de leurs aïeux. Et ils ont toutes les chances de réussir, car tant Karl-Friedrich (37 ans) que Caroline (34 ans) ont hérité à la fois du goût et du sens commercial de leur père. La quatrième génération entre en scène
Caroline Scheufele consacre toute son énergie et son tempérament passionné à la création de bijoux et de montres-bijoux. Elle s'est fait une excellente réputation comme designer en créant, au fil des dix dernières années, ses propres collections. Caroline renoue ainsi avec une ancienne tradition familiale qui fait qu'aujourd'hui Chopard, jadis exclusivement horloger, crée autant de bijoux que de garde-temps. Du point de vue quantitatif du moins, car du point de vue du chiffre d'affaires, les montres se placent bien avant les bijouxLa fille de Karl Scheufele est également responsable de la "diversification" de Chopard dans le domaine des parfums et des accessoires. En créant le clown "Happy Diamonds", Caroline avait déjà réussi un grand coup alors qu'elle était toute jeune designer. Sa collection 1a plus intéressante actuellement est sans doute la ligne "Happy Sport", une réinterprétation à la. fois nostalgique et très actuelle du grand succès de Chopard "Happy Diamonds".D'un naturel plus introverti que sa ravissante soeur, Karl-friedrich Scheufele, aujourd'hui vice-président de Chopard, fait preuve de tout autant de passion que d'opiniâtreté lorsqu'il s'agit de défendre sa vision de l'entreprise. Le grand cheval de bataille du jeune entrepreneur, qui est aussi un collectionneur passionné de pendules, est la montre mécanique. Bien que son père se soit montré sceptique quant au retour en force de la montre mécanique, Karl-Friedrich était persuadé il y a quinze ans déjà que c'était là que résidait l'avenir de la montre pour homme.
Le succès que remportèrent les rééditions de modèles Chopard datant des années trente, comme la "Tonneau" ou les nouveaux chronographes à remontage manuel de la collection Mille Miglia ou Luna D'Oro, finit par avoir raison des réticences du père. Aujourd'hui, sur l'ensemble de la production, la part des montres mécaniques Chopard est déjà de 40% et elle ne cesse d'augmenter Deux grandes nouveautés sont prévues pour 1996: 1a première montre mécanique darne de la ligne Happy Sport et le premier mouvement automatique Chopard de ces vingt dernières années- Une ancienne manufacture rachetée dans le Jura suisse devrait prochainement renouer avec la production.
Caroline Scheufele consacre toute son énergie et son tempérament passionné à la création de bijoux et de montres-bijoux. Elle s'est fait une excellente réputation comme designer en créant, au fil des dix dernières années, ses propres collections. Caroline renoue ainsi avec une ancienne tradition familiale qui fait qu'aujourd'hui Chopard, jadis exclusivement horloger, crée autant de bijoux que de garde-temps. Du point de vue quantitatif du moins, car du point de vue du chiffre d'affaires, les montres se placent bien avant les bijouxLa fille de Karl Scheufele est également responsable de la "diversification" de Chopard dans le domaine des parfums et des accessoires. En créant le clown "Happy Diamonds", Caroline avait déjà réussi un grand coup alors qu'elle était toute jeune designer. Sa collection 1a plus intéressante actuellement est sans doute la ligne "Happy Sport", une réinterprétation à la. fois nostalgique et très actuelle du grand succès de Chopard "Happy Diamonds".D'un naturel plus introverti que sa ravissante soeur, Karl-friedrich Scheufele, aujourd'hui vice-président de Chopard, fait preuve de tout autant de passion que d'opiniâtreté lorsqu'il s'agit de défendre sa vision de l'entreprise. Le grand cheval de bataille du jeune entrepreneur, qui est aussi un collectionneur passionné de pendules, est la montre mécanique. Bien que son père se soit montré sceptique quant au retour en force de la montre mécanique, Karl-Friedrich était persuadé il y a quinze ans déjà que c'était là que résidait l'avenir de la montre pour homme.Le succès que remportèrent les rééditions de modèles Chopard datant des années trente, comme la "Tonneau" ou les nouveaux chronographes à remontage manuel de la collection Mille Miglia ou Luna D'Oro, finit par avoir raison des réticences du père. Aujourd'hui, sur l'ensemble de la production, la part des montres mécaniques Chopard est déjà de 40% et elle ne cesse d'augmenter Deux grandes nouveautés sont prévues pour 1996: 1a première montre mécanique darne de la ligne Happy Sport et le premier mouvement automatique Chopard de ces vingt dernières années- Une ancienne manufacture rachetée dans le Jura suisse devrait prochainement renouer avec la production.

Avec le remarquable succès de leur entreprise et l'élection de Karl-Friedrich - qui comme sa soeur possède depuis quelques années la nationalité suisse - au sein de la très élitaire association des horlogers genevois, les Scheufele junior ont atteint tous les objectifs dont rêvait leur arrière grand-père voilà presque un siècle.Mais les Scheufele ne prennent guère de temps pour ce genre de considérations, occupés qu'ils sont à sillonner la planète en tous sens. Pas uniquement pour le plaisir: "La troisième particularité qui fait que la maison Chopard se distingue de ses concurrents concerne les contacts extrêmement étroits que nous entretenons avec notre clientèle", estime Karl Scheufele. Chaque membre de la famille est en voyage en moyenne quatre à cinq mois par an, d'après Karl-Friedrich, dont l'épouse Christine vient de donner naissance à une petite filleEgalement baptisée Caroline, elle incarne la cinquième génération Scheufele. Etats-Unis, Extrême et MoyenOrient, Italie, Espagne, France, Grande-Bretagne ... les Scheufele sont une famille de grands voyageurs, mais cela semble tout à fait normal à Karl Scheufele senior, Il souhaiterait voir la marque représentée partout dans le monde par un concessionnaire assidu ou une boutique Chopard. Pourtant aujourd'hui déjà, il est difficile de trouver un endroit du globe où elle ne soit pas présente. 'Nous couvrons très bien toute l'Europe, les Etats-Unis, l'Extrême-Orient et le Moyen-Orient', signale Karl Scheufele. C'est en Amérique du Sud et en Afrique que nous sommes le plus faibles''.En tant que vice-président, Karl-Friedrich Scheufele a également des projets d'avenir. Selon lui, les possibilités d'innovations dans le domaine de la montre mécanique ne sont de loin pas encore épuisées. 'Au cous des dix dernières années, seuls trois ou quatre modèles automatiques ont été lancés sur le marché. Il y a donc encore du pain sur la planche!'
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