« Je parlais à peine le français mais j'habitais dorénavant chez mes parents. Tout allait donc bien, d'autant plus que je me suis passionné pour ce métier, je me suis même lancé dans la fabrication de boîtes en or, travaillées entièrement à la main.»
Apprentissage à l'ancienne« L'ambiance était formidable, à l'ancienne, avec un maître d'apprentissage qui avait passé quarante ans à former des apprentis, avec des traditions comme celle de faire les commissions, de servir le thé ou le café aux ouvriers qui le buvaient devant leur machine (il n'y avait évidemment pas de cafétéria) ou de passer le vendredi après-midi à nettoyer l'atelier. Nous commencions à 7 heures du matin et chaque minute de retard devait être compensée par un quart d'heure de plus le soir. Aujourd'hui on peut difficilement me raconter des histoires quand on me parle technique. »

Karl-Friedrich est alors fin prêt pour continuer ses études, il se retrouve ainsi à HEC à Lausanne, tout en collaborant déjà un peu dans l'usine Chopard que ses parents développaient à grands pas. Et, logique des choses, après un an, il décide de se consacrer totalement au travail. Après une série de stages de trois mois dans chaque département, y compris celui des pierres précieuses à Pforzheim, il se voit confier ses premières responsabilités. Le pouvoir partagé «Je dois beaucoup à mes parents car ils nous ont toujours considérés, ma soeur et moi, comme partenaires d'une équipe, participant réellement à des décisions importantes. Ils nous ont même laissé faire des erreurs afin que nous en tirions nous-mêmes les leçons.Chez nous, le pouvoir n'est pas concentré sur une seule personne, c'est ce qui fait notre force.» La famille au complet participe d'ailleurs à l'entreprise puisque Christine, l'épouse de Karl-Friedrich, est responsable de tous les achats, à part l'or, le domaine réservé du père et les diamants, celui de la mère. Ce qui ne l'empêche pas d'élever ses enfants, Caroline-Marie 5 ans et demi, Karl-Fritz 3 ans et demi, et un futur troisième, attendu pour le mois de juillet. La rencontre entre le couple est même placée sous le signe du travail. Christine, pendant ses études à HEC, cherchait un stage; son père, voisin des Scheufele à Prangins, lui proposa Chopard. Elle fut si efficace qu'on lui offrit un poste, sitôt ses études terminées. C'est ainsi qu'elle débarqua dans la vie professionnelle de Karl-Friedrich qui fit un peu mieux sa connaissance avant d'en tomber fou amoureux.Un équipage sur le pont en permanence Chopard, qui vient d'annoncer un chiffre d'affaires de 500 millions de francs pour l'année 2000 (en progression de 30%), est à la fois une affaire totalement familiale et une énorme machine qui oblige son équipage à être en permanence sur le pont. Néanmoins Karl-Friedrich parvient à perpétuer le hobby de son père. A eux deux, ils ont ainsi réuni une vingtaine de voitures de collection, le fils jetant son dévolu sur les sportives anglaises d'avant-guerre (sa préférée est une Aston Martin de 1935, légère, rapide, au design magnifique), le père préférant les voitures sportives-élégantes d'après-guerre. Mais là aussi ils parviennent à conjuguer travail et plaisir.L'aventure Mille Miglia C'est ainsi qu'est née l'aventure des Mille Miglia, célèbre course automobile italienne et collection de montres sport-chic chez Chopard. La passion de la course automobile «Au milieu des années 1980, un ami m'a proposé de découvrir cette épreuve. J'ai été tellement enthousiasmé que j'ai décidé de suivre les concurrents sur tout le parcours, au volant de la VW de Chopard avec laquelle j'étais allé voir le départ à Brescia. J'ai donc décidé de participer l'année suivante et, en rencontrant les organisateurs, je me suis aperçu qu'ils n'avaient pas de sponsor horloger alors que, justement, ils ont besoin, en permanence, de mesurer des temps de parcours. Nous nous sommes proposés, avons été acceptés et, en 1989, j'ai dû trouver une voiture correspondant aux critères d'inscription ainsi qu'un pilote à qui je servirais de navigateur. Un peu par hasard, ce fut Jacky Ickx... qui m'a tout de suite dit qu'il voulait admirer le paysage plutôt que conduire et qui, malgré ma nervosité, s'est endormi à mi-chemin!»Depuis, les Mille Miglia sont devenus un rendez-vous traditionnel pour Chopard et une ligne de montres à succès proposant chaque année un nouveau modèle, offert à chacun des 350 concurrents.Les délices de Bacchus Autre passion de Karl-Friedrich, le vin. «Je suis plutôt collectionneur que simple buveur, même si j'apprécie beaucoup les bonnes bouteilles. Mais c'est surtout la découverte, la dégustation qui m'attirent.»Avec un ami, il fonde ainsi la Galerie des Arts du Vin, à Prangins, à la fois pour faire partager leurs trouvailles et pour faire revivre des bâtiments abandonnés de la ferme de son beau-père. Le succès est rapide au point qu'ils viennent de reprendre le Caveau de Bacchus à Rive, afin de disposer d'une vitrine en ville.En revanche, Karl-Friedrich n'a plus le temps de pratiquer le dessin et l'aquarelle. «J'aimais prendre mon vélo, m'asseoir quelque part et dessiner le paysage. J'avais un prof de dessin formidable qui m'a beaucoup aidé et encouragé. Cela me manque un peu mais, un jour je m'y remettrai.»En attendant le jeune patron se consacre à sa famille et à la randonnée en peau de phoque. «Je pars avec un guide ou un ami, nous sommes seuls, dans le calme, la sérénité, l'effort de la montée et la récompense de descentes de rêve. J'ai besoin de ces moments qui me permettent de garder un certain équilibre entre la tête et les muscles.» Et, quand il n'y a plus de neige, il se «contente» de venir à vélo au bureau. De Prangins à Meyrin, il y a pourtant une trotte. Mais l'effort ne semble jamais faire peur à Karl-Friedrich.
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