«Le vrai rendez-vous est à Bâle»

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Coprésident de la marque, Karl-Friedrich Scheufele a préparé une année faste pour sa société qui célèbre 150 ans d'existence. Les réjouissances ont été amorcées jeudi dernier avec la présentation d'un premier nouveau calibre.

WORLDTEMPUS – 9 mars 2010

Propos recueillis par Louis Nardin

 

Groupe familial codirigé par Karl-Friedrich Scheufele et sa sœur Caroline, Chopard repose sur deux piliers, l'horlogerie et la joaillerie. En 2008, la société investissait près de 15 millions pour créer Fleurier Ebauches SA, un site de production destiné à la fabrication de mouvements à grande échelle. A Baselworld, on dévoilera le calibre L.U.C 1.010, première création de cette nouvelle entité et futur mouvement de base pour des séries plus nombreuses que les L.U.C actuelles, des collections réduites et de très haute facture. Il viendra compléter une riche moisson comptant quatre mouvements au total. Fruit d'un partenariat entre Chopard et l'Ecole d'horlogerie de Genève, l'un d'entre eux a déjà été rendu public ce jeudi. Rencontre à l'issue de la conférence de presse avec Karl-Friedrich Scheufele.

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Louis Nardin: Quel bilan tirez-vous de l'année 2009?
Karl-Friedrich Scheufele: Nous avons constaté un réengagement de notre clientèle vers la fin de l'année. Néanmoins, les détaillants restent toujours très prudents. Cette réserve tourne à notre avantage puisque nous avons constaté une hausse des ventes dans nos boutiques en propre qui ont réalisé plusieurs bonnes opérations. Nous restons également attentifs à l'Asie, et en particulier la Chine et, dans un second temps, l'Inde qui font preuve d'un fort potentiel. Les pays de l'ex bloc de l'Est où nous avons connu une forte baisse pourraient aussi repartir très rapidement. Au final, la baisse de notre chiffre d'affaires a été moindre que prévu et l'exercice largement bénéficiaire (ndlr: le chiffre d'affaires est estimé à 750 millions de francs suisses). A noter que ces résultats sont aussi le fruit de mesures importantes prises dès les premiers signes de ralentissement, en particulier une forte réduction des moyens dédiés à la communication.

Quelles sont vos perspectives pour 2010?
D'un point de vue économique, nous partons sur un budget plus optimiste qu'en 2009 et tablons sur une légère hausse du chiffre d'affaires. L'année 2010 marque également le 150ème anniversaire de Chopard que nous célèbrerons en lançant un nombre important de nouveautés.

La répartition des parts entre horlogerie et joaillerie dans vos résultats a-t-elle évolué?

En équilibre jusque-là, l'horlogerie a pris de l'ampleur sur la joaillerie pour représenter jusqu'à 60% des ventes. Certains marchés sont plus axés sur l'horlogerie, comme la Chine par exemple, les Chinois étant plus friands de montres que de bijoux. J'explique aussi ce phénomène par le fait que l'achat d'une montre passe pour un acte plus rationnel et peut être perçu comme un investissement.

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Allez-vous développer le réseau de boutiques Chopard?

Plusieurs ouvertures sont prévues. Parmi elles, trois nouveaux points de ventes vont être inaugurés prochainement en Chine dont un à Pékin et deux à Shanghai. Nous venons également d'ouvrir une boutique à Venise. Outre les nouvelles boutiques, nous travaillons à la mise en place progressive de notre nouveau concept d'intérieur réalisé par l'architecte français basé à New York, Thierry W. Despont. Il se distingue par des tons plus clairs et des lignes contemporaines comme le montre notre flag ship boutique de New York, sur Madison Avenue.

Quel est l'avantage d'une gestion familiale lors de périodes économiques difficiles?
Une entreprise familiale, pour autant qu'elle ait des bases financières solides, peut affronter avec une certaine sérénité ce genre d'épreuves. La principale différence avec d'autres sociétés, en particulier celles qui sont cotées en bourse, reposent sur une vue à plus long terme. Ne pas devoir rendre des comptes tous les trois mois constitue un réel avantage. Grâce, entre autres, à une communication interne efficace, nous avons aussi pu consolider un état d'esprit où les employés se sentent réellement intégrés dans l'avenir de la société en formant une sorte de «famille Chopard.»

L'unité de production Fleurier Ebauches SA devient opérationnelle et le premier mouvement, le L.U.C 1.010 vient de sortir de ses ateliers. Comment s'intègre ce centre industriel dans la stratégie horlogère de Chopard?
Les pièces L.U.C représentent l'excellence horlogère dont Chopard est capable. En même temps, les quantités réalisées restent faibles et nous ne planifions pas de dépasser les 10'000 unités par an même si la demande augmente régulièrement. Fleurier Ebauches SA répond à une logique d'indépendance amorcée de longue date et qui ne vise pas à cesser les collaborations avec nos fournisseurs habituels. Nous répondons ainsi à une demande du marché et à des clients qui souhaitent acquérir un mouvement maison dans notre ligne de montres de sport. L'enjeu principal tenait à développer l'industrialisation du processus de production pour assurer les volumes nécessaires. Nous avons donc fait abstraction d'opérations plus luxueuses comme, par exemple, une décoration élaborée qui représente parfois jusqu'aux deux tiers des coûts de fabrication d'un mouvement. Nous allons donc introduire prochainement le premier calibre Fleurier Ebauches baptisé FE 151.

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Le département de recherche et développement de Chopard Manufacture travaille depuis plus de deux ans sur la mise au point d'un nouvel échappement à très haute fréquence – 72'000 alternances par heure. Un premier lancement était prévu cette année, pari tenu?
Nous testons actuellement la seconde série de prototypes. Elle donne entière satisfaction et permettrait même de respecter les exigences imposées par le Contrôle officiel suisse des chronomètres - COSC. Il faudra néanmoins faire preuve d'encore un peu de patience puisqu'une première édition ultralimitée devrait voir le jour en 2011.

Baselworld débute dans quelques jours, qu'en attendez-vous?
Nous ne présenterons pas moins de quatre nouveaux calibres pour célébrer nos 150 ans! Et même si nous avons déjà rencontré quelques partenaires depuis le début de l'année, le véritable rendez-vous reste Baselworld. Ces premiers contacts nous rendent confiants quant à l'issue commerciale du salon. Nous en profiterons aussi pour célébrer les relations de longue date que nous entretenons avec nos détaillants, dont beaucoup sont également des sociétés familiales.

Pensez-vous également qu'il faille avancer la manifestation en janvier comme le proposent certains patrons horlogers?
Comme je le disais, le vrai rendez-vous est à Bâle et les marques doivent se montrer assez fortes pour réserver la présentation de leurs nouveautés à ce moment-là. En égrenant leur diffusion dans les semaines qui précèdent, on dilue la raison d'être de ce salon. Cela étant, même si le mois de janvier me semble trop tôt, il serait positif d'anticiper la tenue de Baselworld. Nous pourrions mieux planifier nos obligations quant à la production.

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