Les malfrats n'ont pas hésité à casser certaines montres, et celles emportées sont invendables. Des éléments qui font penser que l'on a affaire à des amateurs. A moins que tout ait été commandité
«Les malfrats qui ont dévalisé le Musée Girard-Perregaux sont des voyous, pas des professionnels!» Osvaldo Patrizzi, fondateur de la maison de vente aux enchères Antiquorum, à Genève, résume la pensée de l'ensemble du monde de l'horlogerie. Les pièces volées, des montres anciennes pour la plupart, sont en effet toutes répertoriées. Leur écoulement paraît dès lors difficile, ou alors à des prix bien en dessous de leur valeur. A moins que ce casse n'ait été commandité.
La police procédait encore hier à des relevés sur les lieux du cambriolage. Dès l'inventaire des montres volées établi, ce dernier sera envoyé à toutes les maisons de vente aux enchères et chez tous les marchands spécialisés de la planète.
Travail de brute à la barre à mine
Certaines des pièces laissées sur place ont été cassées, les malfrats s'étant servi de barres à mine pour briser les cloches de verre. Un détail qui peut faire penser qu'au-delà du vol, apparemment bien préparé, les malfaiteurs ne savaient pas vraiment ce qu'ils dérobaient. «Une montre comme l'Esmeralda, connue dans le monde entier, est impossible à revendre», s'emporte Osvaldo Patrizzi.
Chez Girard-Perregaux, les hypothèses vont bon train: «Les pièces peuvent être remises maladroitement sur le marché ou livrées à des cercles mafieux», énumère Willy Schweizer, conservateur du musée. «La pire des catastrophes serait qu'elles soient revendues au prix de l'or. Et le plus embêtant serait que tout cela ait été commandité.»
Des collectionneurs fanatiques?
Car les collectionneurs fanatiques existent. Sur les 177 montres anciennes dérobées en 2002 au Musée de l'horlogerie de Genève, seule une a été récupérée deux ans plus tard. «Elle a réapparu par hasard à Londres», précise la conservatrice, Estelle Fallet. De son côté, Osvaldo Patrizzi ne croit pas vraiment à une commande. «Il existe un marché de la montre volée, au Moyen-Orient ou en Amérique du Sud. Mais les prix n'y atteignent que les 20% de la valeur des objets. Pour ma part, je suis sûr que ces montres ressortiront. C'est une question de temps.»
«Il existe un marché de la montre volée. Mais les prix n'y atteignent que les 20% de la valeur des objets»