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Un début de siècle Style Renaissance

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Ces dessins faisaient abstraction des rondeurs des guirlandes, des lignes parfois tortueuses, pratiquement absent chez Cartier
Chaque mois, Eric Nussbaum, directeur de la "Collection Art de Cartier", présente une page de la riche histoire de la prestigieuse marque parisienne.

La première décennie de 1900 était résolument vouée au style guirlande, le renouveau du style Louis XVI, entièrement blanc, c'est-à-dire diamants sur platine. Il était particulièrement apprécié par l'aristocratie européenne et les clients nouveaux (-riches) des Etats-Unis. Mais dès 1906 et parallèlement se dessinent des broches et bracelets, qui incorporent des accents de couleur, comme le rouge du rubis, le bleu du saphir, ou en opposition au blanc des diamants, le noir de l'onyx, également sur ces nouvelles montures très fines en platine. Ces dessins faisaient abstraction des rondeurs des guirlandes, tout comme des lignes parfois tortueuses du style Art Nouveau encore en vogue mais, depuis toujours, pratiquement absent chez Cartier. Des formes géométriques, simples et pures, commençaient à faire face à la volupté des diadèmes, des colliers résille et des somptueux devants de corsage.

L'Art Nouveau est laissé aux orfèvres

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Châtelaine de 1875
Pourquoi le dessin Art Nouveau n'a-t-il pas trouvé grâce aux yeux de ceux qui décidaient, à l'époque, du goût à mettre en valeur et à offrir aux clients, c'est-à-dire de celui d'Alfred et de son jeune fils associé, Louis Cartier? Il se peut que ce ne fût vraiment qu'une question de goût personnel, mais il n'y a pas de témoignage écrit. Si on essaye de lire une biographie cachée entre les pages des archives, on comprend que ces deux caractères décideurs étaient tous deux de l'avis qu'il fallait suivre la vocation du joaillier, aller à la recherche de la perfection, celle de n'utiliser que les pierres précieuses et les mettre en évidence à leur juste valeur, en les sertissant sur le platine pour lequel on s'était si longtemps investi. L'Art Nouveau était plutôt affaire de l'orfèvre qui utilisait, en général, des matériaux moins prestigieux. Dans ce domaine, il existait déjà un maître: ... Lalique.

Assortiment éclectique

Auparavant, durant l'activité du fondateur de la Maison, Louis François Cartier, rue Montorgueil d'abord, où il avait repris l'atelier de son ancien maître Adolphe Picard, puis rue des Petits-Champs, près du Palais-Royal, jusqu'au boulevard des Italiens ensuite, l'assortiment était on ne peut plus éclectique, un peu de tous les styles, comme l'était le Palais Garnier, l'opéra, en architecture.Ce choix, autrefois à l'étalage, est difficilement retraçable du fait que les pièces n'étaient pas toutes systématiquement poinçonnées du fameux losange, gravées du nom et, en sus, numérotées, comme c'est le cas à parti du moment de l'établissement définitif rue de la Paix en 1899. En certains cas, la signature de l'écrin spécial correspond à celle, encore à peine lisible sur l'objet, en d'autres cas, le descriptif exhaustif dans les livres de stock ou des dessins précis dans un livre de commande permettent l'identification.

Le meilleur parmi le plus beau

On vendait des pendentifs genre style Renaissance, des bouillons en argent massif gravés d'ornements grecs néoclassiques, un bracelet style égyptien à la princesse Mathilde, pour assister à la cérémonie de l'ouverture du Canal de Suez, une châtelaine en émail de Genève, pour y attacher une petite montre plate au choix de l'acheteur, ou encore, une simple agraphe de manteau en vermeil, exceptionnellement Art Nouveau. Toujours est-il que, pour les pièces fabriquées dans le propre atelier, ou celle commandées chez les meilleurs joailliers de la place, aux ateliers Boucheron par exemple, on n'acceptait d'offrir à ses clients que le meilleur parmi le plus beau.
Eric Nussbaum Avril 2001
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