Revolution #8 - Automne-hiver 2010-2011Julia Dubreuil
De son établi d'apprenti, où il a commencé adolescent, à la direction des ateliers de haute joaillerie Cartier, Xavier Gargat a toujours cultivé le goût de l'excellence. Un homme de terrain et de l'ombre, qui s'attache depuis douze ans à mettre en lumière toute la maestria de Cartier.
Pas une pièce de haute joaillerie Cartier n'échappe à sa surveillance, pas un artisan n'est dispensé de ses instructions... Depuis douze ans, Xavier Gargat veille attentivement sur la fabrication des plus beaux joyaux Cartier. Alors qu'il sort d'une intense période d'activité en prévision de la Biennale des Antiquaires, événement majeur auquel Cartier participe en septembre, ce grand quinquagénaire au regard bleu acier, élégamment vêtu d'un costume gris, prend le temps de vous accueillir dans les locaux du 13, rue de la Paix à Paris. Adresse historique de la maison, elle abrite aux 2e, 3e et 4e étages au-dessus de la boutique les ateliers de haute joaillerie, véritable Saint des Saints, où travaillent soixante personnes produisant en moyenne une centaine de pièces par an.

L'excellence à tout prix
Si une certaine animation règne encore aux établis pour les dernières finitions, Monsieur le Directeur a d'ores et déjà rempli sa mission. “ Je respire presque… ”, commente-t-il au sujet de la soixantaine de pièces uniques réalisées pour la Biennale : parures éblouissantes ornées d'émeraudes, de saphirs multicolores, d'opales iridescentes… “ Certes, cela requiert un calendrier extrêmement minuté mais entre les collections créées pour les ouvertures de boutique, les pièces du stock, le SIHH et la Biennale des Antiquaires tous les deux ans, nous sommes rodés ! Et cette année, le service des pierres, les dessinateurs, le marketing, les ateliers : tout le monde a travaillé en temps et en heure ! ”, se réjouit-il.
Mais il ne faut pas pour autant baisser la garde : ici plus qu'ailleurs, le résultat doit être parfait, assure le maître des lieux. “ S'il y a une chose qui me rend fier de travailler chez Cartier, c'est son savoir faire en haute joaillerie ”, affirme ainsi Xavier Gargat. “ Lorsqu'une grande maison crée des pièces nécessitant des centaines voire des milliers d'heures de travail, le résultat est toujours esthétiquement et techniquement bien réalisé. Mais ici, nous les retravaillons toujours s'il est possible de mieux faire. J'ai mis trois ans à m'habituer à ce cahier des charges ! ”, confie-t-il.
Pourtant, lorsque cet homme de métier rentre chez Cartier en 1999 à la direction des ateliers de haute joaillerie, il ne manque pas d'expérience. Il a en effet occupé ce même poste pendant dix ans chez Boucheron, voisin de la place Vendôme, après avoir gravi les échelons (ouvrier puis chef d'atelier de 1980 à 1989) au sein de la maison Mouawad, qui fournit célébrités et familles royales.
Sensibilité artistique
“ J'ai toujours été intéressé par la joaillerie de prestige, et seules les grandes maisons offrent cette opportunité-là ”, souligne celui qui a grandi avec le métier dans le sang. Son père s'est lui aussi illustré dans la profession, mais en tant que créateur de bijoux contemporains. Grand nom des années 1970 et 80, dont certaines pièces figurent dans la collection du Musée des Arts Décoratifs à Paris, ami de Jean Dinh Van, Henri Gargat a développé une démarche artistique en rupture avec les codes traditionnels de la joaillerie, employant volontiers des matières dites pauvres comme le verre, l'aluminium, l'acier ou l'ébène.
“ Mon père faisait du moderne et moi du classique, j'ai pris le contre-pied d'un contre-pied ”, sourit Xavier Gargat, qui n'hésite pas, au passage, à bousculer quelques idées reçues. En effet, selon lui, la fibre artistique est également essentielle pour un artisan, d'autant plus lorsqu'il travaille en haute joaillerie. “ Pour ce type de pièces uniques, la créativité ne vient pas seulement des dessinateurs. Elle commence à l'achat des pierres et se poursuit avec les designers et les joailliers. Lorsqu'on doit interpréter le dessin, mettre en volume, créer le mouvement qui va donner vie au bijou, le savoir-faire manuel ne suffit pas ”, martèle t-il. “ Contrairement à ce que les gens peuvent penser, il ne s'agit pas d'un métier rétrograde parce qu'on travaille avec des outils ancestraux, mais au contraire il requiert d'être toujours en éveil, ouvert à ce qui se passe autour de nous, et de savoir s'adapter et se remettre en question !
” Un impératif que le Directeur des ateliers garde toujours à l'esprit dans l'exercice de sa fonction : “ Je continue à fabriquer des pièces mais dans ma tête ! ”, plaisante celui qui prépare les devis pour les études de faisabilité et de coût, qui planifie les tâches et les répartit en fonction des capacités et des savoir-faire de chacun, et enfin qui suit la réalisation des créations. Et même après quarante ans de métier, il ne se lasse pas de l'exercice : “ la plus belle pièce est toujours la dernière livrée, parce que l'objectif est atteint. Et il en sera de même pour la suivante… ”
