L'Agefi - 4 mars 2010Bastien Buss
La Suisse horlogère en avait bien besoin. Enfin une bonne nouvelle et d'envergure qui émane du marché du travail de ce secteur fortement impacté par les turbulences récessives. Depuis environ quinze mois, les annonces de chômage partiel ou de licenciements se succèdent à un rythme effréné. Avec un taux de chômage dans la branche qui prend des proportions très inquiétantes. Alors, lorsqu'une entreprise horlogère, et de surcroît pas des moindres, commence de nouveau à engager, c'est toute la profession qui est dynamisée. Selon nos informations, Cartier Horlogerie a en effet besoin de 60 employés pour répondre à la demande croissante de ses différentes montres. Navire amiral du groupe Richemont, Cartier peut en effet se targuer d'un bon début d'année et d'un retour très positif de la part des clients et des détaillants concernant ses nouveaux produits, présentés lors du récent Salon international de la haute horlogerie.

On pourrait presque entendre un immense soupir de soulagement se propager à travers La Chauxde- Fonds. Cela ne permettra pas encore de résorber le taux de chômage stratosphérique de la cité, mais c'est la première fois depuis quinze mois qu'une bonne, qu'une excellente nouvelle émane du marché du travail horloger. Non seulement pour la ville classée au patrimoine mondial de l'Unesco mais aussi pour l'horlogerie suisse dans son ensemble, qui a pâtit davantage que d'autres secteurs de la récente récession mondiale. Selon nos informations, Cartier Horlogerie cherche à engager 60 nouveaux employés. Ces intérimaires viendront renforcer les effectifs des sites chauxde- fonnier et de Villars-sur-Glâne (FR). Le premier compte 930 collaborateurs et le second deux cents environ. Ce processus de réembauche reflète notamment un bon début d'année 2010 et un excellent accueil fait aux nouveaux produits de la marque du groupe Richemont, présentés lors du récent Salon international de la haute horlogerie (SIHH) de Genève.
Cette reprise manifeste et soutenue des activités du fer de lance du numéro deux mondial du luxe est d'excellent augure pour Richemont, mais aussi pour toute l'horlogerie. Les signes de redressement se sont en effet multipliés ces dernières semaines ou mois. Du moins pour les grands groupes. Avec des exportations horlogères qui sont même repassées dans la zone positive. S'il existe encore des incertitudes quant au déstockage auprès des détaillants à travers le monde, il semble que Cartier n'est plus du tout concerné par cette problématique.
Au pire moment de la crise, la société de luxe avait été contrainte d'introduire des mesures de réduction de l'horaire de travail pour près de la moitié de ses effectifs chaux-de-fonniers. Une thématique qui fait donc désormais partie d'un passé dont toute la branche espère sortir au plus vite. Depuis l'éclatement de la crise, c'est la première fois qu'une société horlogère fait part de réembauche de cette ampleur. Rolex a pour sa part également recommencé à engager des intérimaires. Pour Cartier, également actif dans la joaillerie, ce processus confirme «une amélioration de la situation intervenue en septembre», avait confié lors du SIHH Bernard Fornas, président de la marque, ajoutant que la reprise concernait toutes les catégories de prix des montres. Cartier a pu gagner des parts de marché durant la crise, avait-t-il ajouté dans un entretien accordé à Reuters. Selon lui, le Japon et les Amériques ont perdu en vitesse pendant la crise mais l'Asie, Chine continentale comprise, s'est très bien portée. «De jeunes Chinois fortunés achètent de plus en plus, il y a notamment de jeunes femmes d'affaires qui achètent pour elles-mêmes», avait détaillé Bernard Fornas. Il avait toutefois précisé que «le processus d'achat s'est compliqué, les gens se posent à présent plus de questions avant d'ouvrir leur bourse». Mais comme une nouvelle positive arrive rarement seule, ce dernier vient d'être nommé homme de l'année par un comité «des plus grands spécialistes de la presse horlogère».
L'embellie avérée de Cartier ne doit toutefois pas occulter une réalité nettement moins souriante pour bon nombre d'autres sociétés horlogères. Les effets collatéraux de la dernière tempête conjoncturelle, avec un taux de chômage qui atteint actuellement 13% pour la branche, n'ont pas encore fini de se déployer, notamment au niveau des sous-traitants. Surtout dans un contexte de reprise très incertaine, avec une érosion annoncée des effets des stimuli budgétaires et monétaires à l'échelle mondiale.
