L'Art Deco en fête

4 minutes read
Ce que Cartier cherchait dans l'étude des arts anciens était de découvrir comment on pouvait tirer un renouveau

Chaque mois, Eric Nussbaum, directeur de la 'Collection Art de Cartier', présente une page de la riche histoire de la prestigieuse marque parisienne.

Cartier qui, d'une part, avait commencé en 1906-1907 à diriger son dessin joaillier vers des formes géométriques d'avant-garde - diamétralement opposées aux lignes serpentines de l'Art nouveau - a, d'autre part, trouvé dans les expositions qui se tenaient à Paris ainsi que dans les musées nombre d'idées pour le décor de ses accessoires.Les Ballets russes de Paris à KievCe que Cartier cherchait dans l'étude des arts anciens était de découvrir comment, de certains dessins, on pouvait tirer un renouveau, sinon créer du neuf. La volonté de trouver dirigeait Louis Cartier et son dessinateur complice Charles Jacqueau (engagé dès 1909 et pour toute sa vie) aussi vers les expositions de peintures contemporaines. (Qu'il serait beau de monter une exposition des créations Cartier du début du XXe siècle, devant des peintures de la même époque!) Ils assistaient aux représentations des Ballets russes au Palais Garnier et entreprenaient des voyages, comme celui de 1910 à Saint-Pétersbourg, à Moscou et également à Kiev.
Un des résultats majeurs de cet intérêt universel, de cette curiosité éclectique, était la redécouverte des couleurs fortes. Ils oseront toutes les combinaisons et oppositions possibles, après la période blanche du style 'Guirlande', pendant laquelle le nouveau métal platine avait surtout servi à mettre en valeur la couleur blanche des diamants. Dorénavant, ce métal soulignera une couleur sur fond blanc. Comme plus tard, il servira de base unissant toutes les couleurs et toutes les tailles des pierres précieuses: les 'tutti-frutti'.Cartier_334582_0Bracelet 'soudanais', Cartier Paris, 1919. Or, platine, ivoire, onyx, diamants et émail noir.

Cartier_334582_1

Nécessaire, Cartier Paris, 1927. Or, platine, émail noir et diamants (8,6 x 1,8 x 5,7 cm).

Cartier_334582_2

Broche scarabé ailé, Cartier Londres, 1924. Or, platine, quartz fumé, faïence bleue, diamants, émeraudes et émail noir.

Cartier_334582_3

Nécessaire persan, Cartier Paris, 1924. Or, platine, nacre turquoise, émeraudes, perles, diamants et émail (10,85 x 5.85 x 2 cm).

Cartier_334582_4

Pendentif 'yin-yang', Cartier Paris, 1919. Platine, onyx, émeraudes, rubis et diamants (diamètre: 2,15 cm).

Cartier_334582_5

Nécessaire 'vase chinois', Cartier Paris, 1927. Or, platine, onyx, corail, émeraudes, saphirs diamants, émaux (9 x 5,9 x 2,5 cm).Découverte du tombeau de ToutankhamonLa conquête des côtes nord-africaines faisait découvrir les dessins géométriques fascinants dans l'art islamique. L'exposition franco-égyptienne de 1911 et la découverte du tombeau de Toutankhamon en 1922, renouvelèrent l'engouement pour l'art de l'Egypte ancienne, pour ses dieux et déesses, ses hiéroglyphes et ses animaux sacrés, comme le scarabée.
La Chine et le Japon entrouvraient leurs portes et laissaient apercevoir des sculptures en jade et des objets en laque. Il s'ensuivit chez Cartier une production multiple, presque enivrante, d'interprétations diverses dans tous les domaines que l'on travaillait. Parfois, des matières antiques servaient de base. En décorant de pierres précieuses les ailes en faïence égyptienne bleu turquoise d'un scarabée, une boucle de ceinture était créée, ultérieurement transformée en broche. Une ancienne boucle chinoise de vêtement faite en jade est embellie en broche originale ou, encore, des sculptures en jade de la deuxième moitié du XIX siècle serviront de bases aux pendules mystérieuses (voir article dans L'annuaire Horlogerie - Joaillerie 2001). Une paire de motifs de joaillerie de l'Inde sera simplement enrichie de perles fines pour la création d'une paire de clips.
Après ce feu d'artifice des couleurs provenant d'une multitude de matières, l'Art déco redeviendra blanc sur blanc: platine, diamants et parfois cristal de roche. Une dernière fois, un dessin égyptien, des fleurs de lotus stylisées, fut choisi par Cartier Londres en 1934 pour une magnifique tiare.

Cartier_334582_6

Broche 'dragons', Cartier Paris, 1924. Or, platine, jade sculpté, diamants, saphirs cabochons et émail noir (9,45 x 1,85 cm). Cartier_334582_7Pendule mystérieuse 'éléphant', Cartier Paris, 1928. Or, platine, jadéite sculptée, onyx, nacre, corail, émail et diamants. Provenance: Maharajah de Nawanagar (20 x 15,5 x 9,2 cm). Cartier_334582_8Collier 'camelia', Cartier Paris, 1997. Platine, saphir rose, saphirs bleus, perles, diamants coeurs blanc, rose et bleu, diamants taille brillant.

Cartier_334582_9

Diadème. Cartier Londres, 1934. Platine, diamants. Provenance: S.A. la Bégum Andrée, troisième épouse de S.A. Sir Sultan Mohamed Shah Aga Khan III (17 x 4 cm). >
Paire de clips indiens. Cartier Londres, 1939. Or, perles fines, rubis, diamants et émeraudes (3,2 x 3,3 cm).Cartier_334582_10Dessin du collier et de la manchette 'Tahnis', Cartier Paris, 1988. Or jaune et blanc.Comme les saisonsCartier_334582_11Micheline KanouiMais notre appréciation pour l'esthétique est un retour éternel et un renouveau fascinant comme les saisons. C'est à Micheline Kanoui qui, tout comme Jeanne Toussaint jadis, dirigeait et surveillait le dessin de la Joaillerie Cartier - depuis les vingt dernières années, avec le talent de vendre en plus - que nous devons non seulement une collection égyptienne principalement travaillée en or jaune (créée en 1988), mais également, grâce à son œil de lynx, des as-semblages subtils de saphirs et de diamants de couleurs de haute qualité, mariés à des perles aux teintes lunaires, pour ses dernières créations de haute joaillerie, assurément des pièces de collection.
L'Art en fête persiste et signe: Cartier.Eric Nussbaum
Décembre 2001
Marque