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La cour de Russie et les clients allemends

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Au début des années 1900, les registres des clients de Cartier Paris ne révèlent point de noms allemands
Chaque mois, Eric Nussbaum, directeur de la "Collection Art de Cartier", présente une page de la riche histoire de la prestigieuse marque parisienne. Les premiers registres de Cartier ne portent pas de noms de résidents allemands. En revanche par le jeu des alliances, surtout avec la Russie, la noblesse germanique est ominiprésente parmi les clients du célèbre joaillier.

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Tsarina Alexandra Théodorovna, épouse de Nicholas II.
Archives Cartier
Au début des années 1900, les registres des clients de Cartier Paris ne révèlent point de noms allemands, avec résidence en Allemagne, ni de l'aristocratie, ni de l'industrie.

Mais ils sont omniprésents dès que l'on recherche les alliances des nobles de Russie depuis le règne de Catherine la Grande, née Sophie Augusta von Anhalt-Zerbst. Comme par exemple, celle du futur Nicolas II avec la Princesse Alexandra de Hesse, celle des deux frères d'Alexandre III: le grand duc Vladimir Alexandrovich (1847-1909) avec Marie de Mecklenburg-Schwerin et le grand duc Paul Alexandrovich (1860-1918) qui, lors de son mariage morganatique, a épousé Olga en deuxième noce, à qui il a donné le titre de comtesse de Hohenfelsen. Par décret du Tsar, elle a abandonné plus tard son titre et son nom allemand contre celui de Princesse Paley. Toujours est-il que les royaumes, principautés et comtés allemands, disposaient d'un grand choix de futures épouses aux 33 grands ducs de la Grande Russie. Des princes de Thurn und Taxis à la famille Krupp On rencontre souvent le nom de Sir Ernest Cassel vivant en Angleterre, l'homme le plus riche de son époque, et influent aussi de par son amitié avec le roi Edouard VII, (Bertie pour ses proches), à qui il donnait régulièrement des conseils (efficaces) de placements d'argent et avait demandé d'être le parrain de sa petite fille Edwina, future Lady Mountbatten, qui épousera un descendant de Louis de Battenberg et fut la dernière vice-reine de l'Inde.

Bien plus tard, on rencontrera des princes Thurn und Taxis, ou des membres de la famille Krupp, ou encore une certaine baronne von Cramm, qui n'est autre que Barbara Hutton durant l'une des ses multiples alliances.

Ce sont ces clientes d'origine allemande que Cartier visitait régulièrement à Saint Petersbourg, se déplaçant par train via Berlin, mais sans pour autant s'y arrêter, par un éventuel souci de prospection de clients prussiens.Cartier_334585_1
Broche "Arc de Triomphe", Cartier Paris, 1919,
provenance : maharadjah de Patalia.
Nick Welsh/Cartier
Broche "Arc de Triomphe", Cartier Paris, 1919,
fond "rayons de gloire".
Nick Welsh/Cartier
Les couleurs de la victoire A Paris, les deux conflits mondiaux se reflètent dans plusieurs créations, dont quelques unes font partie de la Collection Art de Cartier. Des broches en pierres précieuses représentant l'Arc de Triomphe furent créées pour marquer la fin de la guerre 14-18. L'une, toute souple comme un drapeau dans le vent, composée de minuscules rubis, saphirs, hyacinthes calibrées, émeraudes de forme et diamants, faite d'articulations extrêmement fines, représente, au sommet de l'arc, les couleurs des nations alliées victorieuses. C'était le Maharadjah de Patiala qui l'avait emportée comme souvenir de son voyage à Paris, en 1919. L'autre représente un défilé de soldats portant des casques bleus de l'époque, symbolisés par des cabochons de saphir, sur un fond décrit dans les archives comme "ayons de gloire", en topazes calibrées à la couleur du soleil.Cartier_334585_2
Broche "Oiseau Libéré", Cartier Paris, 1946, création de Jeanne Toussaint.
Archives Cartier
Résistance douce Durant la deuxième guerre mondiale, Jeanne Toussaint protestait en silence contre l'occupation de Paris dès 1942 - année du décès de Louis Cartier exilé à New York -, en dessinant un petit moineau aux couleurs de la France, enfermé dans une cage et, dès 1944, symbolisant la Libération, le même oiseau aux ailes en lapis-lazuli (bleu), une tête pavée de diamants taille rose (blanc) et le corps en corail (rouge), apparaît chantant à la porte ouverte de sa cage.

Pendant ce temps, Jacques Cartier, à Londres, avait mis son bureau à la New Bond Street à la disposition de Charles de Gaulle, pour y rédiger ses fameux discours diffusés par la BBC, et les ateliers fabriquaient tantôt des pièces pour les avions de la RAF, tantôt des breloques "Croix de Lorraine". Pierre Claudel, fils du poète Paul Claudel et beau-fils de Pierre Cartier avait du supporter, pour quelque temps, le sort de prisonnier de guerre.Cartier_334585_3
Dessins "Oiseau en Cage", création de Jeanne Toussaint. / Archives Cartier
Cadeau de De Gaulles Pour Cartier, ce triste chapitre de l'histoire s'est soldé par un cadeau du Général de Gaulle à Staline, sous forme d'une pendulette mystérieuse Modèle A et, naturellement, j'aimerais bien savoir où celle-ci se trouve aujourd'hui.

Depuis qu'en 1971 Cartier a ouvert une succursale à Munich en vue des jeux olympiques - et dont j'étais en charge dès la construction et jusqu'en 1975 -, les boutiques se sont multipliées, et c'est pour l'ouverture de Cartier Berlin, en 1987, que nous avions exposé, à la Villa Grisebach à la Fasanenstrasse, les 200 premiers bijoux, montres, accessoires et objets de la Collection Art de Cartier qui, aujourd'hui, en compte 1225.Eric Nussbaum
Mars 2002
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