Cartier a même fasciné les maharadjahs

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En honorant les commandes des princes indiens les plus extravagants, Cartier s'en est inspiré pour créer des bijoux qui firent tourner la tête des riches Occidentales.
Dans le palais du maharadjah de Kapurthala, officiait un domestique dont l'unique tâche était de remonter le mécanisme des gardetemps. Il y en avait 250! Des Cartier en grande majorité. Vers la même époque, Bhupindar Singh (1891- 1938), le maharadjah de Patiala, prince du plus grand état du Punjab, cumule les commandes de bijoux et autres accessoires signés Cartier. Colliers de cérémonie, boucles de ceinture, boutons, tours de bras… Permettant même au joaillier parisien de lui dédier une fabuleuse exposition en 1928, dans ses vitrines de la rue de la Paix. Car rien n'est trop beau, trop spectaculaire pour ces grands dignitaires avides de paraître et ne jurant que par le raffinement européen.

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Collier en platine de la collection «Inde mystérieuse», en diamants mordorés, diamants briolette et taille brillant, couronné d'un diamant mordoré et d'un saphir bleu-vert, tailles coussin, ainsi que d'une émeraude gravée de 87,7 carats. KATEL RIOU © CARTIER, 2007/DR
De son côté, Cartier, subjugué par l'Inde depuis toujours, s'enivre jusqu'à la lie de tout ce que le pays peut lui offrir. Tant en matière de variété, de couleur et de beauté des pierres précieuses, d'opulence des bijoux traditionnels, de la manière de tailler les gemmes ou de les graver (notamment les émeraudes), que de la richesse d'expression artistique en général, nourrie de mythes et de symboles. Entre ses mains, l'Orient s'imprègne d'Occident et vice versa. De la rencontre des deux mondes, naît une Inde tout aussi sensuelle et fascinante, mais plus ordonnée, plus géométrique, où la rigueur du sertissage à l'européenne a son mot à dire.
Et la magie d'opérer. L'Occident s'éprend de cette splendeur venue d'ailleurs. En particulier des boîtes à bijoux ornées de miniatures mogoles et des «Tutti Frutti», ces colliers et bracelets composés de saphirs, de rubis et d'émeraudes, taillés en perle, en briolette ou en forme de feuilles, et qui sont autant d'explosions de fleurs et de fruits. Tombée sous le charme, Daisy Fellowes en possédera les plus beaux exemples.
Coup de foudre Jacques Cartier est le premier des trois frères Cartier à prendre la route des Indes. Nous sommes en 1911. Une révélation. La foule, les couleurs omniprésentes, la richesse spirituelle… tout le passionne. Des liens, tant professionnels qu'amicaux, se tissent. Si bien que des bureaux ne tardent pas à ouvrir à Delhi. Et qu'en novembre 1913, à New York, Cartier présente sa première exposition de bijoux inspirés de l'art indien. On dénombre vingt pièces. Grands voyageurs dans l'âme, les deux autres frères Cartier poussent à leur tour les portes de l'Inde en 1919, tandis que Jacques multiplie les allers-retours, ramenant à chaque fois photos et documents. Quant aux maharadjahs, ils commencent à demander au joaillier de ressertir leurs parures, lequel ne les laisse pas repartir sans s'en être pleinement imprégné. Aujourd'hui, l'aventure se poursuit. Avec la collection «Inde mystérieuse » lancée en septembre de l'année dernière. Des bijoux sensuels, à la fois traditionnels et modernes, où s'épanouissent les diamants jonquille et mordorés, les gemmes gravées, les pierres aux reflets d'épices, les saphirs aux nuances ambrées et azurées… Toutes les facettes de l'Inde spirituelle, vibrante et colorée s'y retrouvent.

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Yadavindra Singh, maharadjah de Patiala, portant le collier en platine et diamants spécialement créé en 1928 par Cartier pour son père Bhupindar Singh. Une parure disparue puis retrouvée et restaurée en 2000. Ces pièces font suite à la collection «Sur la route des Indes» dévoilée en 1991 et dans laquelle l'éléphant était roi. Et comment ne pas évoquer le collier créé par Cartier en 1928 pour Bhupindar Singh, maharadjah de Patiala, puis porté par son fils, Yadavindra Singh, à son mariage? Une fabuleuse parure en platine de 2930 diamants pour 962,25 carats, comportant le célèbre diamant jaune De Beers dont les 234,65 carats en faisait le septième plus gros diamant taillé du monde. Disparue puis retrouvée en 1998 à Londres dans un très mauvais état, elle fut entièrement restaurée par Cartier en 2000. Tout juste six ans avant que ne soit monté sur bracelet le fameux et historique diamant brésilien «Star of the South», qui fit partie d'une des plus belles collections indiennes, celle du maharadjah de Baroda. Un autre fabuleux «petit caillou» de 128 carats dont les visiteurs de la Biennale des antiquaires de 2006 se souviennent encore…
Sylvie Guerreiro TRIBUNE DES ARTS - NOVEMBRE 2008 - No. 366 
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