Depuis le début du XXe siècle, à New York, un robuste immeuble se dresse à l'angle de la 5e Avenue
Chaque mois, Eric Nussbaum, directeur de la "Collection Art de Cartier", présente une page de la riche histoire de la prestigieuse marque parisienne. Pierre Cartier a conquis New York avec un collier de perlesDepuis le début du XXe siècle, à New York, un robuste immeuble se dresse à l'angle de la 5e Avenue et de la 52e Rue, et il n'a jamais été remplacé par un gratte-ciel, genre Trump Tower un peu plus haut dans l'avenue, vers Central Park.
Comment ce palais de style Renaissance, construit par Robert W. Gibson entre 1903 et 1905, est-il devenu le siège de Cartier aux Etats-Unis ?
De prime abord, cela ressemble davantage à une légende qu'à une vraie histoire. Mais quand on sait que c'était Pierre Cartier en personne qui a négocié cette transaction historique, on doit bien croire à la véridicité de cet événement, par ailleurs documenté dans les archives.
L'ami des maharadjahsSi Louis, l'aîné des trois frères de la troisième génération, était connu à Paris pour son génie créateur et ses liens avec l'aristocratie européenne et russe, Jacques, le cadet résidant à Londres, était réputé pour ses connaissances des perles fines et ses relations amicales avec les maharadjahs de l'Inde.
Pierre, installé depuis quelques années déjà à New York, était le fin négociateur des affaires à traiter avec cette nouvelle clientèle américaine, immensément riche, avec des fortunes réalisées dans les affaires des banques, des industries automobiles et ferroviaires, de la presse et des mines d'or.N'avait-il pas vendu le fameux "Hope", diamant bleu réputé porter malheur, de 44.50 carats, à Mrs. Evalyn Walsh McLean, cela au moment où Louis se trouvait à Saint-Pétersbourg pour livrer un diadème à la grande-duchesse Maria Pavlovna, et que Jacques cherchait les plus belles perles dans le golfe Persique ?
Un immeuble contre un bijouPeut-être à cette époque déjà commençait-on, une par une, à trier les perles de qualité exquise, de couleur et de rondeur égales, destinées à être assemblées dans un collier de deux rangs, de 55 et 73. Ces merveilleuses raretés de la nature sont devenues l'objet, en 1917, d'une transaction immobilière originale, sinon géniale.
Maisy, de vingt-trois ans plus jeune que son époux Morton F. Plant et qui, depuis douze ans, résidait précisément au Nz 653 de la 5e Avenue, avait vu et apprécié - avec envie - ce collier d'une valeur de 1 million de dollars, donc supérieure à l'époque à une toile de maître comme Rembrandt. Pierre, à la recherche d'un meilleur emplacement pour ses salons de vente, convoitait leur domicile. Et… l'échange proposé par Pierre Cartier fut réalisé.
Hélas, à la fin des années 1920 s'engageait une chute irrémédiable de la valeur des perles fines, et celles de ce troc historique furent vendues, le 23 janvier 1957, chez Parke Bernet pour 151 000 dollars… Tandis que la belle Maisy, entre-temps, avait eu la chance de se faire construire une réplique de ce palais, l'original, désormais connu comme immeuble Cartier, fut déclaré "Landmark of the City of New York".
Entièrement rénové à l'intérieur et avec la porte principale légèrement déplacée, Cartier New York, après deux ans de travaux, est à nouveau une des attractions les plus brillantes de la 5e Avenue.Les clients les plus fortunésPour marquer la réouverture, un buste en bronze de Pierre (-Camille) Cartier, fait par Emil Fuchs dans les années 1930, a été placé au-dessus de la cheminée de la pièce boisée au haut plafond du premier étage, qui avait servi de bureau à cet homme hors pair, dont les mérites sont innombrables.
Parmi ses clients, il comptait aussi bien les Leeds, les Unzue, les Lydig et les Blumenthal que les Vanderbilt et les Morgan (avec qui il était apparenté par son épouse Elma Rumsey). Quant aux Ford et Rockefeller, il les considérait comme des amis.
Les relations franco-américaines se trouvaient toujours au centre de ses multiples intérêts. Il était président de l'hôpital français de New York, fondateur et président du Conseil français-américain du commerce et de l'industrie, ainsi que membre du Comité exécutif de la Fédération de l'alliance française aux Etats-Unis.De New York à GenèveAvant que le Gouvernement français l'ait élevé au grade de commandeur de la Légion d'honneur en 1938, il avait été nommé officier par S.E. Paul Claudel, l'ambassadeur français aux Etats-Unis dont le fils, Pierre, aura épousé sa fille Marion en 1933.
Après avoir investi son neveu Claude (fils de Louis, décédé en 1942) à New York et confié Cartier Paris à sa fille et son beau-fils, il s'était installé avec son épouse pour une paisible retraite dans la villa Elma sur les bords du Léman qui, autrefois, faisait partie du domaine du château de Penthes. Il est décédé le 27 octobre 1964. Nombreux sont les Genevois qui se souviennent de lui avec respect et émotion.Eric Nussbaum
Comment ce palais de style Renaissance, construit par Robert W. Gibson entre 1903 et 1905, est-il devenu le siège de Cartier aux Etats-Unis ?
De prime abord, cela ressemble davantage à une légende qu'à une vraie histoire. Mais quand on sait que c'était Pierre Cartier en personne qui a négocié cette transaction historique, on doit bien croire à la véridicité de cet événement, par ailleurs documenté dans les archives.
L'ami des maharadjahsSi Louis, l'aîné des trois frères de la troisième génération, était connu à Paris pour son génie créateur et ses liens avec l'aristocratie européenne et russe, Jacques, le cadet résidant à Londres, était réputé pour ses connaissances des perles fines et ses relations amicales avec les maharadjahs de l'Inde.Pierre, installé depuis quelques années déjà à New York, était le fin négociateur des affaires à traiter avec cette nouvelle clientèle américaine, immensément riche, avec des fortunes réalisées dans les affaires des banques, des industries automobiles et ferroviaires, de la presse et des mines d'or.N'avait-il pas vendu le fameux "Hope", diamant bleu réputé porter malheur, de 44.50 carats, à Mrs. Evalyn Walsh McLean, cela au moment où Louis se trouvait à Saint-Pétersbourg pour livrer un diadème à la grande-duchesse Maria Pavlovna, et que Jacques cherchait les plus belles perles dans le golfe Persique ?
Un immeuble contre un bijouPeut-être à cette époque déjà commençait-on, une par une, à trier les perles de qualité exquise, de couleur et de rondeur égales, destinées à être assemblées dans un collier de deux rangs, de 55 et 73. Ces merveilleuses raretés de la nature sont devenues l'objet, en 1917, d'une transaction immobilière originale, sinon géniale.Maisy, de vingt-trois ans plus jeune que son époux Morton F. Plant et qui, depuis douze ans, résidait précisément au Nz 653 de la 5e Avenue, avait vu et apprécié - avec envie - ce collier d'une valeur de 1 million de dollars, donc supérieure à l'époque à une toile de maître comme Rembrandt. Pierre, à la recherche d'un meilleur emplacement pour ses salons de vente, convoitait leur domicile. Et… l'échange proposé par Pierre Cartier fut réalisé.
Hélas, à la fin des années 1920 s'engageait une chute irrémédiable de la valeur des perles fines, et celles de ce troc historique furent vendues, le 23 janvier 1957, chez Parke Bernet pour 151 000 dollars… Tandis que la belle Maisy, entre-temps, avait eu la chance de se faire construire une réplique de ce palais, l'original, désormais connu comme immeuble Cartier, fut déclaré "Landmark of the City of New York".
Entièrement rénové à l'intérieur et avec la porte principale légèrement déplacée, Cartier New York, après deux ans de travaux, est à nouveau une des attractions les plus brillantes de la 5e Avenue.Les clients les plus fortunésPour marquer la réouverture, un buste en bronze de Pierre (-Camille) Cartier, fait par Emil Fuchs dans les années 1930, a été placé au-dessus de la cheminée de la pièce boisée au haut plafond du premier étage, qui avait servi de bureau à cet homme hors pair, dont les mérites sont innombrables.
Parmi ses clients, il comptait aussi bien les Leeds, les Unzue, les Lydig et les Blumenthal que les Vanderbilt et les Morgan (avec qui il était apparenté par son épouse Elma Rumsey). Quant aux Ford et Rockefeller, il les considérait comme des amis.
Les relations franco-américaines se trouvaient toujours au centre de ses multiples intérêts. Il était président de l'hôpital français de New York, fondateur et président du Conseil français-américain du commerce et de l'industrie, ainsi que membre du Comité exécutif de la Fédération de l'alliance française aux Etats-Unis.De New York à GenèveAvant que le Gouvernement français l'ait élevé au grade de commandeur de la Légion d'honneur en 1938, il avait été nommé officier par S.E. Paul Claudel, l'ambassadeur français aux Etats-Unis dont le fils, Pierre, aura épousé sa fille Marion en 1933.
Après avoir investi son neveu Claude (fils de Louis, décédé en 1942) à New York et confié Cartier Paris à sa fille et son beau-fils, il s'était installé avec son épouse pour une paisible retraite dans la villa Elma sur les bords du Léman qui, autrefois, faisait partie du domaine du château de Penthes. Il est décédé le 27 octobre 1964. Nombreux sont les Genevois qui se souviennent de lui avec respect et émotion.
Eric Nussbaum
Octobre 2001
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