Après 19 ans chez Longines, Patrick Aoun, CEO depuis juin 2025, décrit la marque du Swatch Group comme une « maison ». Il définit ces dernières décennies comme un parcours fait de curiosité, d’apprentissage et de la naissance d’une véritable histoire d’amour. « On ne reste pas 19 ans au même endroit sans lien émotionnel », nous confie-t-il depuis l’hôtel Weisses Rössl, situé à cinq minutes à pied de l’aire d’arrivée de la redoutable descente de la Hahnenkamm, où l’athlète ambassadeur de Longines Marco Odermatt a remporté le Super-G quelques minutes seulement avant l’entretien (le lendemain, Marco Odermatt est arrivé deuxième en descente).
Huit mois après votre prise de fonction en tant que CEO, quelle est votre priorité pour Longines ?
J’ai une compréhension très claire de la stratégie et de la vision de la direction que nous souhaitons prendre. Pour moi, il est essentiel qu’un dirigeant sache précisément où il va, car la clarté est la première condition du succès — et elle mène à la cohérence. Sans vision claire, on tente des choses dans tous les sens et l’on finit par se perdre. Nous sommes leaders dans notre segment de prix, et c’est là que nous comptons rester. Je ne suis pas ici pour créer des montres fantaisistes, mais pour proposer des garde-temps fiables, comme nous l’avons toujours fait, à un niveau de prix accessible. Et je suis fier de dire que nous avons un positionnement accessible ; il n’y a aucune honte à cela. C’est dans cette direction que nous continuerons d’avancer.
En dehors de cela, que représente Longines pour vous ?
La marque incarne la performance, la tradition et l’élégance. Mais l’élégance n’est plus ce qu’elle était il y a 20, 30 ou 100 ans — le monde évolue. L’élégance ne se résume plus à un costume et une cravate ; aujourd’hui, elle peut être sportive, ludique, masculine, féminine, charismatique — elle reflète de nombreux aspects de nos vies. Tout ce que nous faisons doit être en adéquation avec ces valeurs. Nous proposons différentes montres, des montres sportives comme des montres habillées, et toutes doivent s’inscrire dans cette notion d’élégance. Vous ne verrez jamais Longines proposer des montres tape-à-l’œil ou clinquantes, ce n’est pas notre identité. Car l’élégance, c’est la confiance, et c’est ce que nous représentons. L’élégance n’a pas besoin de validation, le bling-bling, si.
Après toutes les étapes franchies et tout ce que nous avons apporté à l’industrie horlogère suisse, Longines n’a plus besoin de validation. Longines est une marque crédible, un pilier de ce que représente aujourd’hui l’horlogerie suisse. C’est pourquoi nos montres incarnent la confiance, le luxe discret et l’élégance : tel est notre héritage. Et quand je parle d’héritage, il ne s’agit pas de rester figés dans le passé. Notre héritage est notre boussole, jamais notre ancre.
Cet héritage regorge de designs très forts. Mais en dehors de la DolceVita, quelles sont vos autres icônes ?
La Longines DolceVita à boîtier carré est sans aucun doute une icône. Nous fabriquons des montres-bracelets pour femmes depuis 1912, avec des mouvements de petite taille. Vous dites que nous n’avons pas d’icône ; selon moi, notre force réside dans notre polyvalence — nous ne sommes pas une marque mono-produit. Ma force, c’est d’avoir DolceVita. Ma force, c’est d’avoir PrimaLuna, la Grande Classique, la Longines Master Collection, HydroConquest et Conquest. En parlant d’icônes, la Conquest, lancée pour la première fois en 1954, en est une ! Et regardez la Legend Diver, également née dans les années 1950 ; regardez l’Ultra-Chron de 1967, récemment relancée ; regardez nos chronographes flyback. Mon propos est simple : nous avons de très nombreuses icônes. La polyvalence est notre force, et je me réjouis que nous ne dépendions pas d’une stratégie mono-produit.
De nombreuses marques ne définissent plus leurs montres comme masculines ou féminines, s’orientant davantage vers une approche unisexe. Quelle est votre position à ce sujet ?
On peut aujourd’hui voir une femme porter une montre de plus de 40 millimètres, comme un homme porter des boîtiers de 36, 37 ou 38 millimètres. Mais la question ne se limite pas à la taille. Chez Longines, nous avons une longue expertise dans le développement de montres féminines — et par là, je ne parle pas de montres masculines simplement réduites. Je parle de véritables montres féminines. À mon sens, les collections masculines et féminines doivent continuer d’exister, car cela fait partie de nos nombreuses forces.
Cela dit, aujourd’hui, notre DolceVita se décline en collections masculine et féminine, tout comme la Grande Classique. PrimaLuna, en revanche, est une collection exclusivement féminine, et il est important pour moi de préserver des collections féminines en tant que pilier clair et distinct.
Pourquoi ?
Parce qu’elles représentent la moitié du monde ! Nous devons leur parler dans leur langage, leur accorder de l’attention et les considérer avec l’importance qu’elles méritent. À mes yeux, les hommes et les femmes sont complémentaires, et si nous croyons en ce principe, les montres pour hommes et pour femmes doivent, à un certain niveau, être elles aussi complémentaires — et non fusionnées au point d’en perdre leur identité.
Quel impact ont le ski et le sport en général sur les ventes ?
Le commerce existe depuis toujours, depuis l’aube de l’humanité. Ma mission, à moi, est de faire entrer Longines dans le cœur des gens. Car lorsque Longines est dans les cœurs, elle est naturellement présente à l’esprit — et devient très probablement le prochain achat. C’est pour cette raison que nous sommes engagés dans des sports comme le ski alpin depuis plus de 100 ans : dès 1924, nous chronométrions des courses de ski près de notre manufacture de Saint-Imier. Pourquoi ? Au-delà de la fiabilité et de la crédibilité qu’apporte la mesure du temps de précision, le sport suscite des émotions. Avez-vous vu les athlètes sur la ligne d’arrivée ? Avez-vous vu les chevaux lorsqu’ils remportent une course, un jockey victorieux lors des Longines Hong Kong International Races ou de la Dubai World Cup ?
À travers le sport, et grâce aux relations que nous construisons autour de celui-ci, nous touchons l’émotion des gens. Et lorsque l’on touche à l’émotion, les ventes suivent. J’ai une devise : si vous prenez soin de vos relations, elles prendront soin de votre activité. Il s’agit de bâtir une communauté, et lorsque cette communauté se rassemble autour de valeurs positives, les ventes suivent naturellement.