« J’ai toujours eu en tête l’idée de concevoir mes propres montres un jour, de donner vie à la vision que je porte depuis des années », confiait récemment Marco Tedeschi.
Installé dans le canton de Vaud, le créateur et concepteur horloger explique que le lancement de la MT 1, première montre arborant son nom sur le cadran, a parfois suscité quelques interrogations.
« Jusqu’ici, nous étions simplement connus sous le nom de Kross Studio. Mais nous sommes davantage qu’une marque : nous sommes un écosystème. Marco Tedeschi représente nos propres créations, Kross est dédié aux collaborations, et nous possédons également une manufacture dans laquelle nous fabriquons des montres ou des composants pour d’autres acteurs de l’industrie », explique celui qui a fondé l’entreprise en 2020.
Selon lui, les collaborations devraient d’ailleurs prochainement dépasser le seul univers du divertissement cinématographique, qui constituait jusqu’à présent l’une des signatures de Kross Studio.
Une manufacture aux ambitions grandissantes
Au sein de sa manufacture, Marco Tedeschi est aujourd’hui capable de produire environ 80 % des composants nécessaires à sa montre à remontage manuel dotée d’un tourbillon central.
L’investissement réalisé par Chanel, devenu actionnaire à hauteur de 30 %, a permis à la structure d’accroître significativement ses capacités de production. La manufacture produit désormais non seulement les montres Marco Tedeschi, mais aussi des composants spécifiques et des ébauches destinés aux trois grands groupes horlogers, Swatch Group, Richemont et LVMH, ainsi qu’à plusieurs maisons indépendantes, parmi lesquelles Audemars Piguet.
Cette prise de participation s’inscrit dans une démarche déjà bien connue de Chanel. La maison a auparavant investi dans plusieurs acteurs majeurs de l’horlogerie indépendante tels que F.P. Journe, Romain Gauthier ou encore MB&F, dans un esprit comparable à celui qui guide son soutien aux métiers d’art dans l’univers de la mode.
« L’entreprise apprécie profondément la haute horlogerie. L’objectif n’est pas de prendre des participations dans les marques pour des raisons financières, mais plutôt de contribuer à préserver ces savoir-faire et d’aider les horlogers indépendants à se développer », souligne Marco Tedeschi.
Pour lui, cette opération constitue une étape importante dans le développement de l’entreprise et témoigne d’une vision commune à long terme.
« Cela ne veut pas dire que nous acceptons tous les projets. Nous voulons conserver notre agilité et éviter de nous disperser. D’ailleurs, c’est précisément cette agilité qui pousse les marques à travailler avec nous. Nous sommes plus qu’un simple fournisseur : nous participons au développement des projets parce que nos partenaires recherchent notre expertise et notre savoir-faire. Dans de nombreux cas, nous réalisons tout de A à Z, de l’idée initiale jusqu’à la montre prête à être vendue au client, en étroite collaboration avec eux. »
Une feuille de route sur vingt ans
En 2025, environ 60 % des capacités de l’écosystème étaient consacrées à la marque Marco Tedeschi, contre 40 % dédiés à la fabrication pour des tiers. Cette répartition devrait s’inverser dès 2026, conformément à la stratégie de développement à long terme mise en place par l’entreprise. Et Marco Tedeschi semble parfaitement déterminé à concrétiser cette vision. « Nous avons établi un plan sur vingt ans comprenant douze mouvements. Le prochain arrivera dès l’année prochaine. Mon ambition est de créer un écosystème complet de mouvements : quantièmes perpétuels, montres à sonnerie et autres mécanismes. Certains seront des réinterprétations de constructions historiques selon ma propre philosophie, tandis que d’autres seront des innovations totalement inédites. »
Comme toujours chez lui, le mouvement demeure au centre de la réflexion.
« Le boîtier et le design viennent compléter le mouvement. J’aime généralement dire que la forme suit le mouvement », explique-t-il, dans un clin d’œil à la célèbre formule « form follows function ». L’objectif est de disposer de quatre calibres différents dans les cinq prochaines années. Parallèlement, la marque poursuit le développement de son réseau de distribution via des partenaires spécialisés.
« Nous disposons déjà de partenaires solides au Moyen-Orient et en Asie, et nous poursuivons notre expansion aux États-Unis. Les ventes directes fonctionnent bien, mais nous préférons nous concentrer sur la création de montres plutôt que sur leur distribution. Les grands groupes cherchent à intégrer toujours davantage les différentes étapes de leur activité. Nous préférons travailler avec les détaillants, car ce sont eux qui entretiennent un lien direct avec les collectionneurs. »
La MT 1.1, symbole d’une évolution permanente
Et la nouvelle MT 1.1 dans tout cela ?
Pour comprendre cette montre, il faut remonter aux débuts de son créateur. Marco Tedeschi découvre l’horlogerie dès l’âge de huit ans en passant ses samedis dans la boutique de son père. Plus tard, après des études d’horlogerie et de conception microtechnique dans la Vallée de Joux puis à l’École d’ingénierie de Genève, il développe sa propre vision de la création horlogère.
« À l’école, on suit les livres et tous les mouvements se ressemblent. Moi, je voulais faire autre chose. Un mouvement devrait toujours être conçu à partir d’une feuille blanche, pas d’un manuel. Et j’ai une véritable passion pour les mouvements à remontage manuel dotés d’un grand balancier et d’une importante réserve de marche. »
Cette philosophie s’applique également au choix des matériaux.
Marco Tedeschi utilise notamment un maillechort sans plomb.
« Le plomb est interdit depuis longtemps dans les boîtiers, mais il reste autorisé pour certaines pièces de mouvement. Je trouve cela paradoxal : ce matériau est considéré comme trop dangereux pour être au contact de la peau des clients, mais il est toujours autorisé pour les personnes qui le travaillent. Pourtant, lorsque l’on lime ou que l’on réalise les anglages, on inhale forcément des particules. Dès que j’ai découvert ce maillechort sans plomb utilisé dans certaines charnières de lunettes, j’ai commencé à l’employer en horlogerie. »
Toujours mieux
La quête permanente d’amélioration qui anime Marco Tedeschi le pousse parfois à dépasser ses propres créations. « La MT 1.1 est une évolution de la MT 1, qui n’a finalement jamais réellement existé puisqu’elle a immédiatement été remplacée par ce que j’ai appelé la MT 1.01. » Parmi les évolutions apportées figure notamment le poussoir situé à 3 heures, désormais transformé en sélecteur entre les fonctions de remontage et de mise à l’heure.
« Auparavant, il fallait maintenir le poussoir enfoncé pendant toute la mise à l’heure. Désormais, une seule pression suffit pour passer dans ce mode. C’est un processus d’évolution permanent. »
Environ 100 exemplaires de la MT 1.1 seront produits en 2026. L’évolution la plus visible concerne l’apparition d’un indicateur de réserve de marche. Grâce à la construction ajourée de la montre, il était déjà possible d’estimer l’énergie restante en observant le ressort de barillet. Désormais, le nombre exact de jours d’autonomie est clairement indiqué. Une autre évolution, plus discrète, concerne la transformation du boîtier en une construction en trois parties intégrant une lunette amovible. Cette nouvelle architecture facilitera aussi bien l’assemblage que les futures opérations de service, la platine principale du mouvement faisant directement partie du fond de boîte.
Et comme souvent avec Marco Tedeschi, rien n’est figé.
« La MT 1.1 continuera d’évoluer. Il y aura peut-être des modules supplémentaires, peut-être que le mouvement adoptera différentes positions… mais j’en ai déjà probablement trop dit ! »