L'édito de la semaine : Vives les vacances !

Cover Edito 15.Jul26
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J'ai passé presque toute ma vie professionnelle en tant qu'indépendant. Aujourd'hui salarié, je m'apprête à vivre mes toutes premières véritables vacances horlogères. Un privilège que je dois, entre autres, à Léon Blum et à ceux qui ont œuvré à ses côtés.

Retour au 7 juin 1936, à l'Hôtel Matignon, résidence officielle du Premier ministre français. Les stylos glissent une dernière fois sur le papier : les représentants du patronat, les syndicats et l'État viennent de conclure leurs négociations. Entamées la veille à 15 heures, elles auront abouti en un temps record aux Accords de Matignon, qui entreront dans l'histoire comme la « Magna Carta du droit du travail français ».

L'urgence était réelle. Depuis le 26 mai, une grève générale paralysait le pays et, en l'espace de quelques jours, plus d'un million de salariés avaient rejoint le mouvement. Les Français ont toujours entretenu une relation particulière avec la grève. Le droit de grève, inscrit parmi les grandes avancées des accords de 1936 portés par le gouvernement de Léon Blum, en est devenu l'un des symboles. Les deux semaines de congés payés en constituent un autre.

Cette conquête sociale ne tarde pas à dépasser les frontières françaises. La même année, l'Organisation internationale du travail (OIT) adopte la Convention sur les congés payés, qui fixe un minimum de six jours ouvrables de vacances rémunérées par an. Dès l'année suivante, la Suisse s'engage dans la même voie. Dix-neuf associations patronales et le syndicat de l'industrie horlogère concluent un accord, destiné à désamorcer une grève qui menaçait de s'étendre à l'ensemble du secteur, garantissant six jours de congés. L'horlogerie devient ainsi la première branche en Suisse à être couverte par une convention collective de travail.

Après la Seconde Guerre mondiale, une ou deux semaines de vacances ne suffisent plus. Il faudra encore plusieurs décennies de négociations et, naturellement, de grèves avant que quatre semaines de congés annuels ne s'imposent comme la norme. À l'inverse, les États-Unis demeurent aujourd'hui la seule grande économie développée qui ne prévoit aucune obligation fédérale en matière de congés payés. Dans ce pays de quelque 170 millions d'actifs, leur attribution dépend exclusivement des politiques des employeurs.

Les vacances horlogères existent toujours aujourd'hui. Si leur application est moins stricte qu'autrefois, la Convention patronale continue de publier chaque année une recommandation précisant leur durée et leur calendrier. Ce calendrier est établi un an à l'avance. En 2026, les manufactures horlogères de Genève, de La Chaux-de-Fonds, de la Vallée de Joux et des autres régions horlogères interrompront leur activité pendant trois semaines, du 20 juillet au 10 août. Les salariés disposent légalement d'au moins quatre semaines de vacances ; il leur est recommandé de réserver la quatrième semaine ou de la prendre avant ou après les vacances horlogères.

Pour ma part, j'ai toujours travaillé en freelance. Pouvoir partir, dès vendredi, pour trois semaines de vacances horlogères rémunérées me paraît encore presque irréel. Au moment où j'écris ces lignes, je sais déjà que ces quelques semaines seront consacrées à la famille, à la plage, à la cuisine et aux vignobles. Et peut-être, si mon jeune fils m'en laisse le loisir, aurai-je même le temps d'ouvrir un livre. Franchement, que demander de plus ?

Bonnes vacances !