Hammer Time! Chaque mois de mai me ramène au tube ultra-positif de MC Hammer au début des années 1990. Même si, soyons honnêtes, j’espère ne jamais revoir les pantalons parachute envahir les rues.
Mais comme les montres autrefois délaissées qui finissent toujours par revenir sur le devant de la scène, la mode réserve souvent des retours inattendus. Et c’est justement ce qui rend la saison des enchères si fascinante : elle permet de sentir les tendances avant tout le monde. Et, pour moi, l’intérêt ne réside pas forcément dans les records Rolex ou Patek Philippe. Ce qui me captive, c’est plutôt cet étrange chronographe monopoussoir tonneau des années 1930 signé Audemars Piguet chez Christie’s, une pièce qui pourrait presque passer pour une création contemporaine si ses proportions n’étaient pas si discrètes. Les enchères parlent de formes, de tailles, de montres confidentielles, de matériaux, de tendances à venir. Elles révèlent aussi le moment exact où une montre devient véritablement collectible. Qui aurait imaginé, il y a encore quelques années, voir Trilobe apparaître dans un catalogue Christie’s en 2026 ?
J’aime aussi le fait que les enchères échappent souvent à toute logique rationnelle. À un moment, il ne s’agit plus de montrer sa carte Centurion ni de réaliser un investissement. Ce sont des enchères sans artifices, sans intervention de marques cherchant à gonfler les prix, uniquement guidées par le désir pur d’un garde-temps. Des enchères où l’on passe doucement de « très belle pièce » à « il me la faut absolument ».
Les expositions organisées avant les ventes sont également des endroits parfaits pour rêver un peu, en découvrant de près des montres rares et atypiques. Parfois, ce sont les pièces elles-mêmes qui font voyager. D’autres fois, c’est leur histoire. Comme cette Rolex Daytona de 1974 ayant appartenu à un homme parti tôt à la retraite après une belle carrière, qui s’était offert une Rolex, une Porsche violette et une nouvelle vie sur la Côte d’Azur comme animateur radio. Franchement, qui ne voudrait pas s’approprier un petit morceau de cette existence-là ? Alors oui, le mois de mai est définitivement une saison propice aux folies.
Je n’ai malheureusement pas eu le temps d'assister à toutes les ventes, d’autant que deux d’entre elles se tenaient simultanément dimanche, pendant que des milliers de coureurs du Marathon de Genève longeaient le lac à quelques mètres seulement des salles d’enchères. J’ai tout de même fait un passage chez Antiquorum, au Ritz-Carlton. J’apprécie particulièrement cette maison pour la diversité des marques et des prix proposés, au-delà de l’offre très haut de gamme habituelle. On pouvait y trouver de très beaux chronographes Eberhard & Co. des années 1950 pour quelques milliers de francs seulement. Pendant ce temps, Sotheby’s, au Mandarin Oriental, enregistrait aussi de très belles ventes, dont une montre de poche à grande complication A. Lange & Söhne de 1916 adjugée 2 millions. Les montres de poche séduisent enfin de plus en plus les collectionneurs et en restant un peu plus raisonnable côté complications, il est encore possible de dénicher de vraies pépites.
Chez Christie’s, au Four Seasons, presque toutes les places étaient occupées ce lundi après-midi lorsqu’un violent orage de grêle s’est abattu sur Genève. En rentrant au bureau sous la pluie, sans parapluie, évidemment, une autre chanson m’est venue en tête : Four Seasons In One Day de Crowded House. Écrite dans les années 1990 comme un hommage à Melbourne, elle me fait aussi souvent penser à ma chère Genève.