Un constat s’est imposé. Vingt des montres sélectionnées ont été lancées avant 2012. Depuis, l’industrie enchaîne les années records, avec des chiffres d’affaires jamais atteints. Les montres n’ont jamais été aussi populaires. Ni aussi chères. Pourtant, la créativité et l’apparition de nouveaux modèles semblent suivre une tendance inverse. Comment l’expliquer ? Pourquoi cette réticence à tenter des choses nouvelles ?
Pendant que vous y réfléchissez, je vais vous expliquer pourquoi, après 20 ans, je suis toujours dans cette industrie. Oui, j’aime les montres. Ou plutôt, j’ai appris à les aimer. Originaire de Suède, je n’y connaissais absolument rien, bien que j’écrivais déjà sur le design et l’architecture. Je trouvais même qu’une publication entièrement dédiée aux montres relevait de l’excès, presque trop spécialisée ! C’est par l’intermédiaire d’un client que j’ai découvert les montres et la Suisse. Année après année, j’ai approfondi mes connaissances, et la suite appartient à l’histoire.
Cela fait désormais 13 ans que je vis ici et que je couvre l’horlogerie pour des publications à travers le monde. Avec le temps, j’en suis venu à apprécier encore davantage les personnes de ce secteur que les garde-temps eux-mêmes. Évidemment, je ne parle ni des opportunistes superficiels ni des prétentieux. Je parle des passionnés, des amateurs un peu geeks, de ceux qui mesurent l’importance du patrimoine culturel lié à l’horlogerie et du savoir-faire qui l’accompagne. Je parle de cette ouverture d’esprit, de cette générosité dans le partage. Autour des montres qui rythment le temps, de véritables amitiés se sont créées.
Ce qui nous rassemble, c’est la capacité à dépasser rapidement les clichés dans nos échanges. Nous osons exprimer nos opinions, expérimenter, remettre en question l’ordre établi. Et nous partageons un profond sentiment de gratitude pour le privilège d’appartenir à cette culture extraordinaire.
Installé à Genève depuis novembre, je suis infiniment reconnaissant de pouvoir retrouver régulièrement nombre de ces personnes inspirantes. Peut-être que de nouvelles rencontres se transformeront elles aussi en amitiés. Car l’amitié, comme les designs iconiques, demande du temps. Il arrive qu’au début on ne les apprécie pas, ou qu’on ne saisisse pas vraiment ce qu’ils veulent exprimer. Puis, à force de les côtoyer, on découvre des affinités insoupçonnées.
C’est une leçon que j’ai apprise en vivant dans un petit village : on a tout à gagner à laisser aux autres plusieurs chances. Accordez-en donc aux autres, sans oublier de vous en accorder à vous-même. Comme pour les créations intemporelles, seul le temps révèle la véritable valeur des personnes. Et si ce n’est pas le cas ? Quittez la pièce. De belles rencontres vous attendent ailleurs.