Les œuvres de Basquiat, Picasso ou Warhol ne sont plus un rêve réservé à quelque happy few. Depuis mai 2023, la société française Matis – première du genre régulée par l’AMF (Autorité des marchés financiers) – permet d’entrer dans le monde feutré de l’art «blue chip» à partir de 20’000 €.
En s’appuyant sur des critères stricts de sélection (stabilité du marché, notoriété muséale, liquidité, valorisation), en collaborant avec les galeries les plus influentes, Matis structure des co-investissements sur des œuvres à fort potentiel. La société vise une performance nette moyenne à deux chiffres sur une durée moyenne de 2 ans pour un portefeuille diversifié. Avec une performance moyenne des premières œuvres revendues* nette de 14,45 % sur huit mois, ce modèle séduit autant les amateurs d’art que les investisseurs en quête de diversification. Rencontre avec François Carbone, co-fondateur.
(Avertissement: Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. L’investissement dans des actifs non cotés présente un risque de perte partielle ou totale du capital investi.)
WorldTempus: Matis acquiert et revend des œuvres qualifiées de «blue chip», réputées plus intéressantes sur le plan de l’investissement. Pouvez-vous nous en dire plus?
François Carbone: «Blue chip» définit, en bourse, les sociétés «bon père de famille» – dont le risque est considéré comme plus faible. Sur le marché de l’art, le terme qualifie des œuvres valant plus de six chiffres. Ce sont des pièces de 500’000 à 5 millions d'euros, d'artistes très reconnus, valorisés par les institutions muséales et largement échangés dans le monde. Nous avons choisi ce segment du marché de l’art car il répond à nos critères d’investissement: sécurité, liquidité, performance (non garantie).
En quoi ces œuvres répondent-elles à ces critères?
D’abord la sécurité: Picasso, Warhol, Basquiat, Léger, Baselitz n’ont plus rien à prouver. Ces artistes font partie du patrimoine de l’histoire de l’art et sont valorisés par les institutions, à savoir les musées. Leur valeur est amenée à perdurer. Nous contribuons d’ailleurs parfois à cette valorisation institutionnelle, en prêtant par exemple certaines des œuvres de nos clients à des musées pour leurs expositions.
Ensuite, la liquidité: nous projetons de vendre ces œuvres dans les deux ans en moyenne suivant l’investissement, avec une durée d’investissement maximum de 5 ans. Cela nous permet de vendre au bon moment, sans allonger excessivement le cycle. Ce sont des œuvres très collectionnées, dont les artistes sont représentés par des galeries majeures – ces mêmes galeries qui nous accompagnent dans la revente des œuvres. Enfin, la performance (non garantie) : c’est dans ce segment que le couple rendement/risque est le plus équilibré.
Nous surveillons environ 120 artistes, des modernes du début du XXe siècle jusqu’aux contemporains déjà consacrés par les institutions (généralement âgés de plus de 70 ans). Leurs pièces sont très collectionnées – exactement comme une «grail watch», cette montre culte que tout amateur rêve d’ajouter à sa collection.
Comment vous procurez-vous ces œuvres recherchées à des prix attractifs?
Notre métier repose sur notre capacité à sourcer des pièces en dessous de leur valeur de marché. Nous connaissons précisément les prix de marché i.e. que les collectionneurs sont prêts à payer, ce qui nous permet d’identifier les bonnes opportunités, lors de ventes aux enchères ou via notre réseau privé.
Un exemple concret: nous travaillons beaucoup sur des œuvres sérielles. Certains artistes ont répété des motifs – comme Andy Warhol, avec plus de 70’000 œuvres à son actif. Tapez «fleurs Andy Warhol» sur un moteur de recherche: vous en verrez beaucoup, dans différents formats et couleurs. Si nous repérons une fleur dans un format équivalent, mais dans une autre teinte, nous pouvons, grâce aux autres œuvres de cette même série déjà passées en vente, en déduire une valorisation précise. Nous sélectionnons uniquement des œuvres offrant une décote suffisante pour générer une plus-value - non garantie - à la revente – tout en permettant au galeriste de dégager sa propre marge.
Comment assurez-vous ensuite la vente?
Nous travaillons systématiquement avec des galeries partenaires. À Art Basel, par exemple, plusieurs marchands présentent ces œuvres. L’intérêt est réciproque: la galerie partage la marge avec les investisseurs, mais peut ainsi optimiser la profondeur de son stock, et donc sa présence sur les foires et nourrir sa base de collectionneurs.
Prenons une œuvre de Pierre Soulages exposée sur un stand: elle attire immédiatement d’autres amateurs du même artiste, qui pourront eux-mêmes confier des pièces à la galerie. Il existe un vrai effet d’appel. Côté logistique, seuls les frais d’assurance, d’accrochage et de transport sont engagés par le marchand.
Est-ce que certains membres de Matis investissent aussi par passion?
Absolument. Tous les profils coexistent: investisseurs rationnels, amateurs d’art, grands collectionneurs… Certains prennent plaisir à co-investir avec nous, en toute connaissance de cause. C’est toujours gratifiant de voir des connaisseurs valider nos choix.
Vous êtes amateur de montres. Avec quel modèle avez-vous commencé?
Pendant des années, j’avais en tête l’IWC Portofino – que j’ai fini par m’offrir à 26 ans. C’est une montre que je porte encore aujourd’hui. Depuis, j’en ai acquis d’autres, que je pensais initialement revendre, pour en acheter de nouvelles. Mais la valeur émotionnelle de chaque pièce est telle que finalement je n’arrive pas à m’en séparer.
Pour vous, montre rime avec investissement ou plaisir ?
Quand on atteint certains niveaux de prix, on se demande forcément si l’achat peut aussi être un actif. J’aime cette idée qu’un objet puisse conjuguer esthétique, émotion et potentiel de valorisation. Mais j’achète aussi d’autres modèles uniquement pour le plaisir.
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*Performance nette investisseur : montant reversé à l'investisseur, net de tout frais et brut de fiscalité, qui correspond à la différence entre le prix de cession de l'œuvre et son montant d'acquisition, auquel sont retranchés les frais afférents à la commission de la galerie, les taxes et les frais de Matis.