Pouvez-vous nous parler du lien que la famille Breguet partage avec l'aviation, sachant qu’elle n’excellait pas seulement dans l’horlogerie ?
En fait, pour les personnes qui connaissent la marque Breguet, il faut simplement expliquer qu’après trois générations, la famille Breguet a fait d’autres choses que l’horlogerie et, parmi ces autres choses, il y a l’aviation. Louis-Clément, l’un des descendants d’Abraham-Louis, fut l’un des grands pionniers de l’aviation et un important constructeur d’avion. Il a construit des avions qui sont un peu oubliés aujourd’hui, mais qui étaient très importants pour une cinquantaine d’années, en France et dans le monde entier. Il fut un constructeur qui a vraiment compté. Autre chose amusante : la famille a toujours gardé des liens avec les propriétaires successifs des montres Breguet ; ce qui fait que mon grand-père pouvait indiquer à la société des montres Breguet ce qu’il fallait faire pour répondre aux besoins spécifiques de l’aviation. C’était une chance incroyable pour la marque Breguet d’avoir accès à ces informations sur le monde de l’aviation.
A quel moment les premières montres de pilotes commencent-elles à apparaître ?
Avant-guerre déjà, on constate que Breguet commence à faire des produits spéciaux pour l’aviation, mais ce ne sont pas encore les montres-bracelets. Ce sont des montres pour les tableaux de bord, parce que les pilotes ont très rapidement compris qu’il fallait avoir l’heure à bord. Donc, Breguet fait des instruments pour les tableaux de bord ainsi que quelques montres bracelets chronographes. Après la guerre, des montres d'aviation plus officielles ont vu le jour, car les pilotes avaient dorénavant besoin d'avoir l'heure à la fois sur le tableau de bord et aussi sur à leurs poignets en guise de backup.
Durant cette période, Breguet collabore avec plusieurs branches d’aviation militaire et civile. Quelles sont, selon vous, les trois plus importants ?
Je dirais que tout commence avec l’armée de l’Air française, qui a commandé une montre avec un cadran noir, des aiguilles luminescentes, une pièce résistante aux vibrations, aux accélérations ainsi qu’à la chaleur, et dotée d’une fonction flyback. Des choses se préparent déjà en 1949, mais c’est en 1953 que l’armée de l’air annonce qu’elle lance ce programme désigné « Type XX » C’est donc l’armée de l’air qui a choisi ce nom et pas la Maison Breguet. Il y a aussi le Centre d’Essai en vol - un organisme beaucoup plus réduit que l’armée de l’air - qui regroupe les pilotes d’essai qui testent à la fois les avions et tout le matériel qui va avec. Enfin, le troisième organisme qu’il ne faut pas oublier est l’Aéronautique navale appartenant à la Marine française dont les avions évoluent depuis les porte-avions. Parallèlement à ces commandes prestigieuses la Maison Breguet fabriqua de nombreux autres Type XX pour les civils.
Aujourd’hui, les anciens Type XX sont-ils présents dans les ventes aux enchères ?
L’intérêt pour ces montres militaires des années 1950 et 1960 a commencé il y a fort longtemps, depuis quinze ans nous constatons un engouement très fort qui rejoint la vague du vintage. Dans les ventes aux enchères, de nombreux Type XX apparaissent, et notre rôle, lorsque nous sommes consultés est alors de retracer leur origine dans nos archives. Globalement les Types XX intéressent les collectionneurs sur les forums de discussion dans le monde entier (différentes variantes, modèles, détails) et les collectionneurs se posent beaucoup de questions. Pour cette raison, j’aie envie de rédiger un petit livre où j’essaie de répondre à ces questions.
Avez-vous une anecdote à nous partager ?
Il y a une belle histoire sur Jacqueline Auriol, qui fut une femme pilote française très célèbre dans les années 1950. Elle avait une grande rivale aux Etats-Unis qui s’appelait Jaqueline Cochran, et elles se disputaient le record de vitesse. Une année, c’était Jaqueline Auriol qui était en tête et quelques mois plus tard, c’était Jaqueline Cochran, et ce pendant plus d’une décennie. Le monde entier suivait leurs exploits. Pour la petite anecdote, mon grand-père, qui avait beaucoup de respect pour Jaqueline Auriol, et qui fut l’un des premiers civils à acheter des Type XX, en offrit un exemplaire à Jaqueline Auriol.