Les fondements de son outil industriel désormais posés, la marque révise son catalogue. La montre de poche, âme de la maison, s'y décline sous des formes touchant même au design le plus contemporain.
WORLDTEMPUS – 5 mai 2010
Louis Nardin
Annoncée au début de l'année, l'Amadeo Pininfarina tourbillon grande date a tout de suite titillé la curiosité des observateurs de l'horlogerie. Combinant format et esprit de montre de poche avec du design italien de premier ordre, elle a surpris et séduit ceux qui l'ont aperçue. En plus du coup d'audace, elle marque la fin d'un processus d'intégration industrielle complet et le remaniement du catalogue de Bovet. Pascal Raffy, propriétaire de la marque et de l'ensemble industriel baptisé Dimier, s'est ainsi donné les moyens de réaliser sa vision d'une horlogerie ancrée dans la perpétuation d'un savoir-faire technique et artistique, le tout en relation étroite avec une région de l'arc jurassien. D'ailleurs, le centre névralgique de Bovet ne se trouve-t-il pas dans un château du 13ème siècle intégralement restauré dans les règles de l'art en 2007 et perché sur les hauteurs du village de Môtier dans le Val-de-Travers, à quelques encablures du village de Fleurier où la dynastie des horlogers Bovet plonge ses racines?

Au fil du temps, Pascal Raffy - homme d'affaires d'origine libanaise installé à Genève et ayant fondé sa propre entreprise pharmaceutique entretemps revendue - s'est laissé séduire par les contreforts du Jura – au point qu'il monte chaque semaine y séjourner. Son intérêt déjà intense pour l'horlogerie, hérité de son grand-père, a sans conteste servi de déclencheur à son épopée de patron de marque et de chef d'industrie.

En 2001, il rachète la marque Bovet, alors un simple nom apposé sur de rares pièces. Poursuivant une logique d'intégration, il acquiert en 2006 et tour à tour le fabriquant de mouvements à tourbillon anciennement appelée Swiss Time Technology ainsi que le cadrannier Valor Lopez et Villa qu'il intègre sous un même nom: Dimier. Basée à Tramelan dans le Jura bernois, la manufacture maîtrise du développement de mouvements à la production des précieux spiraux en passant par la fabrication de composants et de calibres. Lors du rachat, Pascal Raffy bloque l'enregistrement de nouveaux clients pour attribuer en exclusivité les ressources de Dimier à Bovet, n'honorant que les commandes pour des tiers qui étaient déjà clients et comptaient une douzaine d'entreprises pour chaque secteur industriel. Grâce à son patrimoine industriel, Pascal Raffy dispose donc d'un outil très complet lui garantissant une indépendance maximale. Et maintenant que l'effort de verticalisation touche à sa fin, l'entrepreneur s'apprête à rouvrir les carnets de commandes de Dimier à de nouveaux clients.

Pascal Raffy, propriétaire et CEO de Bovet et de Dimier. © Bovet
Aujourd'hui, les activités horlogères de Pascal Raffy occupent environ 170 collaborateurs répartis, en Suisse, sur sept sites compris entre Plan-les-Ouates dans la région genevoise et Tramelan. Le château, centre névralgique du réseau, abrite quand à lui une vingtaine de personnes essentiellement dédiées à la marche de Bovet. Par ailleurs, outre ses propres sociétés, Pascal Raffy détient une minorité du capital de l'atelier d'horlogerie Aubert complications SA, un lien direct permettant de verrouiller l'approvisionnement en modules additionnels et d'animer les collections par l'intégration de fonctions supplémentaires à des calibres de base.
Grâce à cette restructuration et à l'actualisation permanente de son outil de production, Bovet aura désormais accès de nouveaux calibres maison. Un des derniers, celui de l'Amadeo Pininfarina tourbillon grande date marque ce démarrage puisque le mouvement a été intégralement dessiné en partenariat entre le bureau technique de la manufacture et les ingénieurs-designers de la célèbre maison italienne. Et il est prévu qu'un premier calibre de base heures, minutes, secondes soit disponible dès 2015. Quant aux mouvements à répétition minutes, ils proviennent encore des ateliers du constructeur Christophe Claret.

Reste que jusqu'alors, Dimier a déjà développé une dizaine de mouvements axés autour du tourbillon avec différentes spécificités techniques ou complications additionnelles et cela dans plusieurs formats.
Experte des montres décoréesOutre l'univers mécanique, Bovet occupe une place de choix dans le segment des montres décorées, que cela soit sur le cadran ou dans le mouvement. Grâce à quatre peintres miniaturistes indépendants et spécialistes d'un genre – portrait, nature morte ou reproduction -, Bovet propose des cadrans parmi les plus chatoyants et remarquables réalisés selon une méthode faisant appel à de la laque synthétique. Marque de fabrique de la maison, ils sont aussi à la source de la majorité des commandes spéciales enregistrées et qui représentent au final 60% du chiffre d'affaires. Outre les miniatures, Bovet travaille des pierres rares comme la météorite, maîtrise le guilloché et utilise volontiers des gemmes comme le diamant et le saphir pour sertir des cadrans.
Côté mouvement, les calibres les plus travaillés arborent des composants entièrement gravés à la main. Bovet s'est même fait une spécialité de remettre au goût du jour la technique dite « fleurisanne » et originaire du cru qui se distingue par un évidage de la matière autour du motif plutôt qu'une incision comme c'est le cas habituellement.
Boîtier modulableRiche et varié, le catalogue Bovet s'est étoffé en ce début d'Amadeo, une nouvelle catégorie appelée à devenir l'un des piliers de la marque. Basée sur une construction de boîte permettant de transformer la montre en montre-bracelet ou en montre de poche en quelques manipulations simples, elle se propose comme une extension possible à toutes les collections.
Si le chiffre d'affaires n'est pas connu, il reste que Bovet écoule moins de 2'000 montres par an dont le prix moyen atteint 60'000 francs suisses avec une entrée de gamme à 10'000 francs et des pièces majeures dépassant le million. Pour sa distribution, la marque compte 80 points de vente ainsi que deux boutiques en propres gérées en collaboration avec un partenaire local. La première se trouve à Moscou et la seconde vient d'être inaugurée en avril à Taipei. L'Asie qui, justement, représente jusqu'à 30% des ventes de Bovet, tout comme l'Europe de l'Est. Le reste du monde remplit la dernière part.
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