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Sous toutes les formes - 1/3

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L'évolution du boîtier de montre à travers les siècles témoigne du génie et de la créativité de la haute horlogerie.

Revolution #6 - Décembre 2009Jack Forster

 Des boîtes en laiton doré richement décorées, des montres aux formes peu communes, des crânes à l'inspiration macabre aux réalisations contemporaines fonctionnelles, élégantes, endurantes ou originales - l'évolution du boîtier de montre à travers les siècles témoigne du génie et de la créativité de la haute horlogerie.

 Le regard des amateurs d'horlogerie se tourne souvent vers l'avenir - la prochaine édition de Baselworld ou du SIHH, un design novateur, la dernière marque qui vient de voir le jour. Rares sont les instants où nous faisons halte afin de nous interroger sur la genèse et l'histoire des montres. Cependant, les garde-temps mécaniques qui fonctionnent à l'aide de leur propre réserve en énergie existent depuis plus d'un demi-millénaire. La première horloge dotée de rouages des collections du British Museum est la Cassiobury Park, confectionnée à un moment ou un autre au cours du XIVe siècle. Comme le terme d'horologia est attesté depuis la fin du XIIIe siècle, elle fut sans doute précédée d'autres réalisations, mais le voile de l'oubli est irrémédiablement retombé sur ces achèvements.

Antérieures à l'invention du pendule comme du ressort, les premières horloges possédaient des échappements à verge, foliot ou balancier. Par sa nature même, un garde-temps à eau ou à poids n'est pas mobile, de sorte qu'il fallut attendre l'invention du ressort moteur pour assister à l'apparition des premiers mécanismes portatifs. Parmi les premières montres entraînées par un ressort figurent les créations de Brunelleschi, qui virent le jour au cours de la première partie du XVe siècle. Le Malvolio de Shakespeare jouait donc avec un instrument qui existait depuis près de deux siècles au moment où la pièce fut représentée pour la première fois.

 

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Garde-temps du XVIIe Siècle avec son boîtier en fer © Revolution

 

 

UN SYMBOLE DE RICHESSE À L'ORIGINE

Il est souvent prétendu, dans les cercles de collectionneurs, que les montres les plus simples présentent les meilleures performances. Tel est peut-être le cas, mais il a existé aussi de fabuleux chronomètres dans des boîtiers minutieusement ouvragés alors que des boîtes d'un splendide épurement ont abrité de véritables abominations dans la mesure du temps.

Il est vrai, néanmoins, que la précision intérieure et le dépouillement extérieur sont allés de pair presque tout au long de l'histoire de l'horlogerie. La miniaturisation des mécanismes alimentés en énergie par un ressort afin de les rendre portables n'était, à l'évidence, qu'une simple question de temps. Comme les premières montres sont apparues avant les poches, les seigneurs et les nobles dames les portaient habituellement attachées à une chaîne autour du cou. A cette époque, les matériaux utilisés pour les boîtes étaient généralement le laiton doré et, dans une moindre mesure, le fer car les règlements des corporations interdisaient aux horlogers de travailler l'or ou les autres métaux précieux.

La majorité des premiers garde-temps portables étaient dotés d'une sonnerie, de sorte que les boîtiers étaient invariablement percés pour conférer au son une plus grande ampleur. Comme Malvolio le dit, de telles montres étaient des joyaux. Elles étaient donc arborées de manière ostentatoire et leur qualité de statut social représentait une invite à la décoration. Leur ornementation ne se limitait pas à un travail de perçage raffiné, mais s'étendait à des gravures et à des ouvrages en repoussé d'une riche imagination.

A l'image des horloges de la fin de la Renaissance, les montres présentaient un niveau d'accomplissement artistique qui demeura inconnu lors d'époques plus récentes. A cette époque, les garde-temps dotés de formes particulières - crucifix, fleurs ou animaux rencontraient un vif engouement, à l'instar des instruments dont le boîtier sculpté comme un crâne miniature rappelait constamment à leurs propriétaires leur destin de mortel.

 

 “Quand on porte une montre, il faut veiller à deux choses : la mettre dans sa poche et surveiller sa poche” - disait à juste titre une chanson du XVIII e siècle. 

 

Les poches, qui étaient à l'origine des bourses attachées à l'extérieur d'un habit et furent progressivement intégrées à la pièce de vêtement elle-même, entraînèrent le prochain changement qui prit la forme d'un double boîtier. Il s'agissait tout bonnement d'insérer la montre dans une seconde enveloppe externe qui, dans sa forme la plus ancienne, était simplement destinée à protéger le boîtier interne à la décoration raffinée de tout endommagement. Elle se présentait souvent en cuir, notamment en peau de chagrin ou en galuchat.

La peau de chagrin possède en effet une séduction esthétique incomparable à celle du cuir ordinaire et elle a préfiguré l'intéressant développement de la boîte externe qui devint bientôt le moyen d'afficher immédiatement son aisance. La tentation de la décorer à son tour était tellement irrésistible que les riches y succombèrent, tant et si bien que ne tarda pas à apparaître, dans un comble de l'absurde, la troisième boîte externe qui servait de protection aux décorations de la deuxième. Tout amateur contemporain d'horlogerie qui s'interroge avec angoisse sur les conditions météorologiques pour déterminer s'il portera ses trésors tant aimés ou s'il se résoudra à les laisser reposer dans leur coffre éprouvera sans doute une compréhension immédiate pour cette démesure de précautions.

 

UN INSTRUMENT AU SERVICE DE LA PRÉCISION

De nouveaux bouleversements se préparaient cependant à l'intérieur de la montre. La généralisation du spiral et les perfectionnements apportés au ressort moteur et au rouage permirent d'améliorer considérablement l'exactitude de la marche. Des variations d'une heure ou plus par jour se transformèrent soudainement en des écarts de quelques minutes, voire moins encore. Testée pour la première fois en mer en 1761 lors d'un voyage à destination de la Jamaïque, la H4 de John Harrisonn accusait à son retour qu'un retard de cinq secondes. Ce fut l'heure de gloire de la montre équipée d'un échappement à verge qui venait ainsi d'ouvrir l'ère des garde-temps de précision.

L'invention du chronomètre de marine, des échappements à ancre, des nombreux dispositifs destinés à réguler la marche, du spiral à courbe terminale et du balancier autocompensateur transforma la montre en un instrument de précision dont les possesseurs attendaient des performances en relation avec sa renommée. Les amateurs fortunés pouvaient naturellement toujours prétendre à un certain degré d'ornementation - des exemplaires gravés, émaillés ou sertis de pierres précieuses étaient toujours fabriqués - mais la splendide élégance fonctionnelle démontrée par des horlogers tels que Breguet, Arnold et Berthoud, qui étaient autant des hommes de science que des artisans, établit le langage fondamental auquel le boîtier n'a cessé de répondre depuis lors.

 

 

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Garde-temps du XVIIIe Siècle "montres de chemin de fer"  © Revolution

 

Aux Etats-Unis, vers le milieu du XiXe siècle, les garde-temps portables attirèrent également l'attention, par leurs performances et leur lisibilité, sur leur qualité d'instrument de précision. Fabriquées selon les normes édictées par les compagnies ferroviaires pour prévenir les accidents mortels qui commençaient à se multiplier sur des réseaux de plus en plus denses, les “ montres de chemin de fer ” se caractérisaient généralement par une grande simplicité à l'extérieur, interrompue tout au plus par quelques volutes occasionnelles apportées sans conviction sur le pendant, ultime vestige d'un élan créateur tombé en désuétude.

Habitué à séjourner dans une poche et appelé de manière très accessoire à faire étalage de sa fortune, le chronomètre classique, dont la qualité était inhérente à ses performances, se singularisait par sa grande discrétion, parfaitement en accord avec le rejet de tout ornement, trait caractéristique de la tenue adoptée par un authentique gentleman à la fin du XiXe siècle.

Au début du nouveau siècle, avec l'apparition de modèles dotés d'un bracelet, la montre mécanique se répandit dans tous les milieux, qu'elle soit portée au poignet ou dans une poche de gilet. Comme lors des décennies précédentes, la simplicité fonctionnelle était à l'ordre du jour. A l'issue de la première guerre mondiale, qui avait élevé la montre-bracelet au rang d'accessoire masculin par excellence, la disparition progressive du gilet de la panoplie des vêtements masculins portés au quotidien imposa la simplicité du design qui supplanta définitivement les délices ornementaux, emblématiques des premiers âges de l'horlogerie. Il suffit de jeter un coup d'oeil aux annonces de l'époque pour comprendre les attentes des clients envers leurs montres : la robustesse, la fiabilité et la précision étaient les commandements suprêmes et, au moment où le second paroxysme guerrier de l'histoire de l'humanité prit fin en 1945, la montre était considérée digne d'accompagner toutes circonstances de l'existence et tolérait tous les extrêmes que son possesseur lui-même était en mesure d'assumer.

Il s'agissait probablement de la première période de l'histoire où l'horlogerie se mit à fabriquer des garde-temps qui pouvaient supporter des pressions capables de tuer leurs propriétaires. Les protections contre les chocs, l'invention des boîtiers étanches, à l'image des premières réalisations d'Omega, Cartier, Rolex, Panerai et Blancpain, associées à des techniques antimagnétiques, à des alliages innovants et à des processus de fabrication perfectionnés donnèrent naissance à la montre de sport.

Elle coexista pacifiquement avec la classique montre de la période d'après-guerre, qui se devait d'arborer une minceur de bon aloi et présenter un fonctionnement irréprochable d'une parfaite discrétion au poignet. Au cours des années 1950 et 1960, la relative uniformité des boîtiers n'aurait pas permis à un connaisseur horloger de la seconde moitié du XViiie siècle de distinguer les modèles des différentes marques. Et il en fut ainsi jusqu'à l'apparition d'une invention connue sous le nom de montre à quartz.

 

 

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Garde-temps du XVIIe Siècle "A cette époque, les garde-temps dotés de formes particulières - crucifix, fleurs ou animaux"  © Revolution

 

L'horlogerie mécanique devient une forme d'art.

La fin des années 1960 et le début des années 1970 avaient déjà émis quelques signes qui annonçaient une renaissance dans le design du boîtier en raison d'une exactitude devenue de plus en plus commune, apportée par des mouvements à bon marché de qualité. A cette époque, même les montres mécaniques d'entrée de gamme possédaient un ressort moteur solide, presque incassable, une association performante entre un spiralet un balancier autocompensateur ainsi qu'un rouage entièrement empierré.

Les conséquences de cette évolution sur le front de la précision ne se firent pas attendre et les montres mécaniques se plurent bientôt à adopter de nouveau des designs plus originaux. Toute fois, l'avènement de la montre à quartz sema une confusion générale. L'obsession d'une minceur élégante et la fascination pour une robuste fonctionnalité, qui avaient caractérisé l'âge d'or des montres-bracelets dans les années de l'après-guerre, se déplacèrent entièrement sur les montres à quartz. La poursuite de la finesse parvint à ses extrêmes avec la Concord delirium à quartz alors que la tendance à créer un garde-temps à quartz super résistant culmina dans la série des Professional Diver de Seiko.

 

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Garde-temps du XVIIe Siècle "A cette époque, les garde-temps dotés de formes particulières - crucifix, fleurs ou animaux"  © Revolution

 

Certains esprits visionnaires réalisèrent cependant que, loin de sonner le glas de la montre-bracelet mécanique, l'omniprésence des instruments précis et avantageux à quartz, qui avaient dans l'intervalle étendu leur emprise sur une vaste gamme d'équipements, des ordinateurs aux appareils ménagers, ne signifiait pas une issue fatale, sinon la liberté.

 

Plusieurs symptômes de ce renouveau étaient ironiquement apparus sur des montres à quartz - les deux la preuve.

 

Autre depuis la fin du XViiie siècle, à doter d'une grande diversité de formes et d'expressions la partie la plus visible d'un garde-temps. Et, ironie de l'histoire, c'est le recours à des techniques micromécaniques. Alors que les amateurs d'horlogerie attendent irréprochable d'un point de vue mécanique, l'univers high-tech, qui semblait destiné à sceller le destin de l'effet inverse - il est devenu l'acteur de sa libération.

Motifs et les couleurs aux infinies variations des cadrans, des boîtiers et des bracelets des Swatch ainsi que les collaborations spéciales avec des artistes tels que James Rosenquist ou Andy Warhol, initiées Pargedalio Grinberg de Movado, étaient les premiers signes d'un retour vers une créativité d'une portée inédite dans une industrie dont les concepts esthétiques étaient figés depuis des décennies. Et, alors qu'elles étaient assiégées de toutes parts, certaines marques de haute horlogerie bravèrent le sort et réagirent par d'audacieuses innovations. La Royal Oak d'Audemars Piguet et la Nautilus de Patek Philippe, qui firent leurs débuts au cours des années 1970, en apportent toutes, à l'aube du nouveau millénaire, la montre mécaniques était enfin réveillée d'un sommeil qui avait ressemblé pendant un certain temps à un coma létal.

De nos jours, les plus grands artistes de l'horlogerie ne considèrent plus le cadran et le mouvement comme des thèmes de design individuels, mais plutôt comme un ensemble cohérent où le boîtier est appelé à refléter la vision mécanique dont il est le complément. dans le domaine de la fonctionnalité, les matériaux, particulièrement endurants et novateurs en usage aujourd'hui, ont permis de créer des montres aux spécificités extrêmes, que ce soit par leur longévité ou leur esthétique.

Une montre se prête à toutes les métamorphoses, qu'elle soit en mesure de descendre à des profondeurs insondables au fond des océans, de supporter des chocs qui mettraient à rude épreuve l'armature d'un tank ou d'exprimer une vision philosophique de la relation humaine avec l'expérience personnelle et universelle du temps. Autant d'exemples qui témoignent de la capacité de l'horlogerie contemporaine, plus que toute d'avant-garde qui permet la réalisation de ces formes. Toujours d'une montre qu'elle se présente sous un jour l'horlogerie traditionnelle, a exercé en fin de compte.