Le Matin - 1er août 2011
Vincent Donzé
Participer à une course automobile d'endurance de 24 heures, c'est l'exploit tenté ce week-end sur le circuit automobile de Spa-Francorchamps (B) par Marc A. Hayek, petit-fils de feu Nicolas G. Hayek. Un hobby risqué pour ce patron d'entreprise de 40 ans. Mais le directeur de Blancpain, dont dépendent 750 employés, et père d'un garçon de 2 ans, revendique le droit de vivre sa passion.
«Le risque d'un accident existe toujours, mais les voitures sont sécurisées: on sort généralement indemne d'un crash. Mon oncle Nick Hayek prend autant de risques en pilotant un hélicoptère», estime Marc A. Hayek.

Casse technique
Ce week-end, au départ des 24 heures de Spa, il formait une équipe avec deux copilotes professionnels hollandais. Avec 62 voitures, la densité du trafic était énorme, avec un bolide tous les 110 mètres. Sa quatrième position sur la grille de départ laissait entrevoir une place dans le top 10. Mais la tentative a tourné court: le directeur de Blancpain a été lâché par sa voiture. Le moteur de la Lamborghini No 24 n'a plus tenu au-delà de trois heures, empêchant l'horloger du Brassus d'effectuer deux tours d'horloge. Une aventure que Marc A. Hayek tentera une quatrième fois – après trois abandons –, peut-être à Dubaï cet hiver.
Le pilote se console tout de même: «Je me fâche quand c'est de ma faute, mais, quand le moteur casse, il faut admettre les limites de la technique», commente Marc A. Hayek, qui a reçu sa première moto des mains de son fameux grand-père. Sa maman, Nayla Hayek, devait assister à la course, mais la présidente du Swatch Group a renoncé au déplacement à la dernière minute. «Elle m'encourage, mais, comme toutes les mamans, elle ne serait pas triste si je décidais d'arrêter», avoue Marc A. Hayek.
Employés enthousiastes
Ils sont 750, les employés qui dépendent directement de Marc A. Hayek chez Blancpain. Un chiffre à multiplier par deux puisque le membre de la direction générale du groupe horloger biennois dirige aussi les marques Breguet et Jaquet Droz. Sont-ils admiratifs, critiques ou craintifs quand leur patron tourne sur un circuit? En tout cas, pour s'occuper des 600 invités de la marque conviés à Spa, Alain Delamuraz, responsable du marketing et des ventes chez Blancpain, disposait de 25 employés enthousiastes, qui n'ont pas compté leurs heures. «L'essentiel, c'est que sa passion n'empiète pas sur ses heures de travail», dit un employé.
Selon Marc A. Hayek, cette passion est un plus pour sa marque: «Un sponsor qui ne s'investit pas personnellement n'a pas autant de crédibilité», constate le patron de Blancpain. Quand, en combinaison, il sort de son bolide de 570 ch pour rencontrer des journalistes belges en costume-cravate, on sent que l'horloger ne fait pas de la simulation. Marc A. Hayek est proche de ses mécaniciens comme il l'est de ses horlogers: c'est un homme de terrain et ça paie: «Dans ma boutique, la marque a augmenté ses ventes de… 700%!» s'enthousiasme un détaillant d'Interlaken.

Hobby très pro
Marc Hayek prend très au sérieux son hobby. «L'ambition est là et je veux un résultat. Je m'approche du chrono des pros, mais la course n'est pas ma profession, ce qui exigerait une prise de risque supplémentaire.» Sur le circuit de Spa-Francorchamps, le patron évoque les sacrifices consentis pour le sport automobile: «Se lever tôt pour du cyclisme ou du jogging, si possible trois ou quatre fois par semaine.» Mais le bénéfice n'est pas uniquement sportif: «Je me sens plus résistant au travail.»
Compétiteur, Marc A. Hayek l'est pour s'améliorer davantage que pour vaincre. Son esprit sportif s'exprime aussi en plongée sous-marine. Mais il ne renonce pas pour autant à des hobbies plus épicuriens, comme le vin et le cigare: «C'est un luxe qu'un pilote professionnel ne se permet pas», sourit-il.
Sprinter devenu marathonien, Marc A. Hayek ne se bagarre pas tels ces jeunes pilotes agressifs qui pilotent comme s'ils jouaient leur carrière à chaque tour de piste.
