Horloger à 280 km/h

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Marc A. Hayek, petit-fils de Nicolas G. Hayek, a présenté hier à Paris le bolide qu'il pilotera sur les circuits les plus mythiques.

Le Matin  - 10 mars 2011

Vincent Donzé, Paris



Sa première moto, c'est son grand-père Nicolas G. Hayek qui la lui a offerte. Depuis, le virus du sport motorisé n'a plus quitté Marc A. Hayek, présent hier soir à Paris pour le lancement de la saison des Grands Prix GT. «Le Matin» a suivi le patron de Blancpain aux Invalides, où il a présenté la Lamborghini qu'il pilotera à 280?km/h.

Vincent Donzé: Que fait un horloger dans le sport automobile?
Marc A. Hayek: Ce qui me motive, c'est la compétition. Et comme je parviens à progresser, la passion augmente. Nos bons résultats en course sont profitables à la marque Blancpain, en termes de visibilité.

Où trouvez-vous le temps de piloter?
C'est plus compliqué depuis que je dirige également les marques Breguet et Jaquet Droz. Mais se libérer cinq vendredis par an, ce n'est pas impossible. Une activité physique permet aussi de gérer le stress: le temps que je perds à courir, je le gagne en énergie. Mes problèmes de dos et de genoux se sont envolés avec la musculation.

L'automobilisme, est-ce un créneau porteur?
Notre partenariat avec Lamborghini nous a amené une clientèle intéressante. Mais nous avons besoin d'un public plus large. Avec son modèle mythique «Fifty Fathoms», Blancpain reste une marque liée à l'océan en général et à la plongée en particulier. Nous restons actifs sur ces deux axes, en y associant l'art horloger: sur les marchés suisse et français, notre marque intéresse les collectionneurs.

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Mais les marchés prometteurs sont ailleurs, non?
En Asie et en Chine, où nous avons beaucoup investi et où nous implanterons de nouvelles boutiques. Et vous verrez: ils finiront par construire des circuits pour nos courses GT…

Cap sur la Chine?
Se concentrer sur ce pays serait une erreur: quand on veut bâtir sur le long terme, il faut soigner les marchés traditionnels. D'ailleurs, les clients chinois influencent aussi les résultats européens quand ils achètent des montres en touristes. Notre marge de progression est également importante sur le marché américain, à condition d'améliorer la distribution.

L'année 2011 sera-t-elle celle de tous les records?
Oui, si nous parvenons à suivre dans les livraisons! Eprouver mille peines à obtenir des bracelets cuir, c'est la première fois que ça nous arrive. Mais c'est un problème que je préfère à d'autres…

Les mouvements vous appartiennent-ils?
Depuis notre fusion avec Frédéric Piguet, nous sommes une véritable manufacture, avec 700 employés en Suisse et 100 vendeurs à l'étranger.

Le franc suisse est-il votre ennemi?
J'étais heureux hier (ndlr: mardi) quand l'euro a dépassé 1?fr.?30. Il est vite retombé à 1?fr.?29, mais c'était quand même sympa… Cela dit, nous profitons de la cherté du franc suisse quand nous achetons des immeubles et quand nous ouvrons des boutiques à l'étranger.

Prenez-vous vos décisions en famille?
Avec ma mère, Nayla (ndlr: présidente de Swatch Group) et mon oncle Nick (ndlr: directeur), nous venons d'horizons différents et nous confrontons nos expériences pour établir des stratégies. Mon apport est surtout technique: je passe beaucoup de temps avec les équipes de production. Je me suis formé dans le marketing, mais mon cœur est dans le produit. Améliorer le flux de production, c'est ma tâche principale.

Concrètement?
Nous devons être réactifs et flexibles pour être en phase avec le marché. Si le public veut des diamants, nous devons lui en fournir sans délai. Je stimule la concurrence entre nos marques: s'inspirer l'un de l'autre serait un signe de faiblesse. Chacune de nos équipes a sa fierté, mais une innovation prévue pour une marque peut se révéler mieux adaptée à une autre.


Au volant d'une Lamborghini Gallardo De Monza à Silverstone


C'est pour lancer le championnat du monde de catégorie GT1 que Marc A. Hayek était à Paris, hier soir. Toujours associé au pilote néerlandais Peter Kox, le patron de Blancpain disputera cinq grands prix en 2011. Le calendrier le conduira sur le circuit de Monza (I) les 16 et 17 avril, puis à Navarra (E), Spa (B), Magny-Cours (F), pour clore la saison à Silverstone (GB), du 7 au 9 octobre. L'horloger pilotera une Lamborghini Gallardo GT3 de 600?chevaux, dans la catégorie «Blancpain Endurance Series». Ce sont 73 voitures GT3 et GT4 qui seront réparties dans cinq catégories, avec des bolides de constructeurs aussi prestigieux que Mercedes, Ferrari ou Porsche. Les courses de trois heures comporteront des changements de pilotes, les gentlemen drivers étant épaulés par des pilotes professionnels.

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