La manufacture horlogère du Brassus tourne à nouveau à plein régime. Marc A. Hayek, le président exécutif, voit des relais de croissance en Chine.
L'Agefi - 4 janvier 2010
Propos recueillis par Bastien Buss

Marc A. Hayek, CEO de Blancpain, prévoit d'ouvrir trois nouvelles boutiques par an © Blancpain
Bastien Buss : Quel bilan pouvez-vous tirer de 2009? Marc A. Hayek: En début d'année, j'avais de vives craintes, apparemment excessives, quant à l'évolution de nos ventes. Beaucoup de marchés ont souffert, et ce de manière aiguë. Mais d'autres se sont également bien comportés, comme la Suisse. La relation avec certains détaillants a parfois été difficile, en raison de leurs problèmes de stocks et de liquidités. Surtout aux Etats- Unis.
Avez-vous du coup réduit le nombre de vos points de vente?
Le travail a davantage été qualitatif que quantitatif. Je pense que, fondamentalement, il n'est plus possible pour les détaillants de représenter vingt ou trente marques différentes, avec chacune son positionnement propre. Ne serait-ce qu'au niveau du cash. Les montres devenant toujours plus complexes, notamment en termes de technicité, il faut pouvoir expliquer la démarche de la marque au client. Surtout celles actives dans la haute horlogerie, comme Blancpain. Avec un portefeuille aussi dense, cela n'est tout simplement pas possible. Dans ces conditions, nous continuerons de nettoyer notre réseau, en renonçant notamment aux détaillants qui ne sont pas à même de délivrer un service de qualité.
Et comment s'est déroulé la fin d'année?
Sur les trois derniers mois, Blancpain a pu observer une nette amélioration de ses ventes. Même aux Etats-Unis, on ressent un redressement, alors que ce marché était catastrophique depuis de nombreux mois. Pour nous, la Chine fonctionne très bien. Ce pays, notre premier marché, est resté très dynamique. Sur notre segment, nous y sommes d'ailleurs numéro deux, derrière Vacheron Constantin. Au final et sur l'ensemble des marchés, nous parviendrons aux niveaux de 2006 ou 2007. Nous avons donc évité le pire, avec une résistance même étonnante. Ce n'est de loin pas aussi catastrophique que ce que vit l'ensemble de l'industrie horlogère.
Qu'en est-il au niveau de la production?
Durant les mois creux, nous n'avons pas dû procéder à des mesures de redimensionnement. Tout comme l'ensemble du Swatch Group d'ailleurs. Désormais, Blancpain tourne à nouveau à plein régime grâce à l'embellie mentionnée et aussi parce que nous avons pris du retard sur la livraison des nouveautés commandées à Baselworld au printemps dernier. Nous sommes mêmes en sous-effectif.
Est-ce à dire que vous recrutez?
En effet. Pour pouvoir assurer la production, nous allons recruter en 2010 une dizaine de personnes pour notre manufacture du Brassus, dans la Vallée de Joux. Pour l'heure, nos effectifs se montent à 170 collaborateurs.
Le marasme économique a-t-il changé l'attitude du consommateur?
Bien sûr. Sur plusieurs plans d'ailleurs. D'abord, il a opéré un transfert au niveau des matériaux, privilégiant davantage les métaux plus avantageux, comme l'acier. Ensuite, le client est toujours mieux renseigné sur les produits eux-mêmes. Avant même d'entrer dans une de nos boutiques. Puis, il prend son temps et ne se décide que rarement à la première visite. Il revient deux à trois fois avant de faire son choix définitif. A nous d'apporter les conseils judicieux dans cette phase décisive. Enfin, les produits valant de 25.000 à 80.000 francs - suisses - ont quelque peu été boudés. Les montres d'entrée de gamme ont bien performé ainsi que les produits de très haute horlogerie, comme ceux dotés d'un tourbillon, qui se sont bien vendus. Le client recherche davantage de sécurité dans son achat, privilégiant les produits à la valeur intrinsèque avérée.
Allez-vous poursuivre votre stratégie de boutiques en propre?
Oui, mais sans négliger toutefois le réseau de détaillants où nous sommes présents avec 450 points de vente. Au niveau des magasins Blancpain, nous disposons de trente boutiques, dont quatorze en franchise. Nous venons d'inaugurer celle d'Ekaterinbourg et ouvrirons bientôt une nouvelle en Chine. Notre stratégie consiste à inaugurer deux à trois nouvelles boutiques par an, en fonction des opportunités d'emplacement qui se présentent. J'en verrais bien une à Londres et à Milan, mais les prix de l'immobilier y sont très dissuasifs.
Quelle est désormais votre palette de prix?
Nous avons initié une montée en gamme en raison de l'amélioration constante de la qualité et de la bienfacture de nos produits, couplée au développement de mouvements fabriqués à l'interne toujours plus complexes et nécessitant davantage d'investissements. Blancpain est en perpétuelle quête de l'excellence. Ce qui a un prix. Toutefois, la crise est arrivée au mauvais moment et nous a obligés à proposer plus de montres en acier que ce que nous avions prévu initialement dans notre business plan. Désormais, nos prix s'échelonnent de 7400 francs à 1,9 million, pour un garde-temps serti doté d'un tourbillon.
Blancpain est une petite marque dans l'univers du Swatch Group…
Peut-être en termes de chiffre d'affaires. Mais notre créativité est inversement proportionnelle à la taille de l'entreprise. Nous le démontrerons à nouveau à Baselworld 2010, avec la présentation de deux nouveaux mouvements manufacturés à hautes complications. En outre, la ligne féminine, qui ne pèse pour l'heure que 20% de nos ventes, sera renforcée avec de nouveaux développements. Nous en dirons plus en temps voulu.
A quoi ressemblera Blancpain dans dix ans?
J'espère que la marque aura le même rayonnement au niveau mondial que celui dont nous jouissons en Chine en ce moment.
Un jour, la direction du groupe vous tendra les bras…
Automatiquement, c'est ce qu'on peut penser. Comme le groupe me donne toujours davantage de responsabilités au sein de la direction générale, m'implique toujours plus dans l'opérationnel, la démarche peut en effet être perçue comme une manière de préparer le terrain. Le chemin est cependant encore long. Ce serait bien évidemment un aboutissement incroyable, mais pas forcément une finalité absolue que je poursuis à tout prix. Ce n'est en tout cas pas une obsession.

Marque