
Carlos Rosillo entretient un lien particulier avec la lettre B.
B pour Belamich, le nom de son associé et ami de jeunesse avec lequel il a fondé la marque technique Bell & Ross. Une histoire d'amitié et de talent conjugués qui semble partie pour la gloire.
B pour Barcelone, la ville où Carlos, enfant, passait ses étés sous la figure tutélaire d'un grand-père adoré. B enfin pour Barbara, le prénom de son épouse à laquelle il a dit oui dans la capitale catalane.
L'occasion pour Revolution de suivre 48 heures chrono un homme tout à ses souvenirs et à ses projets. L'occasion aussi de découvrir un épicurien courtois qui navigue avec aisance entre bonnes adresses et développement horloger.
Suivez le guide, découvrez l'homme.

Modernitat americana © Fondation Miro
10 heures tapantes
Pas une minute à perdre, son avion ayant eu du retard, Carlos Rosillo m'emmène illico humer l'air des rues. Nous sommes au coeur de la cité catalane et, à en croire son allure nerveuse, l'indolence n'est pas de mise. Parisien dans l'âme, l'homme avoue néanmoins être un aficionado total de Barcelone. “ Attention je ne me sens pas Barcelonais mais, comme disait mon grand-père, ce qui compte ce n'est pas où tu broutes, mais où tu as ta filiation.” Nos pas nous portent sur Passeig de Gracia, une des avenues marchandes les plus animées qui traverse la capitale catalane. Au croisement, un élégant bâtiment milieu de siècle affiche crânement sur sa façade “ A judavide Fundacion Rosillo ”. “ C 'était un des immeubles où siégeait la compagnie d'assurance de mon grand-père. Laquelle compagnie, c'est amusant, a été rachetée par une assurance suisse, il y a quelques années ”, commente le patron horloger dont les montres sont fabriquées à la Chaux-de-Fonds. Carlos Rosillo redevient petit garçon. “ A la place de ce café, il y avait un cordonnier qui m'a appris comment bien cirer mes chaussures. Aujourd'hui encore j'adore faire ça. ” Carlos m'avertit que la visite sera gustative, esthétique, odorante et sentimentale. Sauf qu'ici la madeleine proustienne aura le goût des gambas et du vino blanco.
12h
Nous nous dirigeons vers le quartier de l'immeuble de la Pedrera qui signifie La Carrière. Le nom lui fut donné pour son apparence rocheuse, alors qu'à l'origine elle se nommait Casa Milà. Petit arrêt au Magasin Vinçon, un laboratoire de la création design typique de l'esprit barcelonais. Meubles, luminaires et objets forment un bazar étonnant. “ Ça c'est tout Barcelone, s'enthousiasme Carlos Rosillo, ce mélange étonnant entre architecture chargée et objets épurés. L'épure c'est la modernité. Pas de sophistication gratuite, pas de superflu, c'est notre principe de design également chez Bell & Ross. ”

14h15
Nous filons ventre à terre vers le restaurant Botafumeiro. Une table incontournable depuis 30 ans, spécialisée dans les produits de la mer et tenue par Moncho Neira, une figure locale de la restauration. “ Restons côté bar, c'est là que tout se passe ” commente mon guide en observant le ballet stylé des serveurs en veston blanc à boutons dorés. El Capitan, fier serveur à l'allure irlandaise, pilier de l'établissement vient de raser sa moustache. Monsieur Bell & Ross en est tout retourné, un repère vient de s'effondrer. Nous nous régalons de jambon Pata Negra, de petits couteaux à la vapeur, et de pimiento du chef, des poivrons doux dont certains sont volontairement relevés de piment piquant. Une véritable roulette russe pour les papilles. Beaucoup de personnalités, de stars de la planète et bien sûr le Roi d'Espagne sont venus s'attabler ici au milieu de familles bourgeoises barcelonaises. Un mélange que Carlos apprécie. Mais pour tout dire les people l'impressionnent peu. “ C hez Bell & Ross, nous ne sommes pas pour une politique d'ambassadeurs. Je préfère les histoires de reconnaissances naturelles. Comme la fois où Ralph Lauren a posé dans une de ses campagnes publicitaires avec une Bell & Ross au poignet, par pur plaisir. ”
16h
Repus, nous prenons un taxi pour le Pavillon Mies Van der Rohe. Un bijou architectural réalisé dans cadre de l'Exposition internationale de 1929, démoli en 1930 puis reconstruit en 1983.
Structures, volumes et matériaux ne laissent pas insensible Carlos, admiratif du subtil passage entre espaces intérieurs et extérieurs, une sensibilité héritée de son père, architecte du paysage. Minimaliste, précision, fonctionnalité: le pavillon Mies Van der Rohe a tout d'une montre Bell & Ross, dont comme le rappelle le slogan la fonction crée la forme. “ Dans l'horlogerie, il y a une fonction fondamentale: l'heure. Après, la performance et la lisibilité doivent suivre. Par exemple, j'aime beaucoup les réserves de marche mais, si j'en utilise une sur un chrono, il faut qu'il n'y ait rien qui vienne polluer ma visibilité. Chez nous, même les couleurs ont une utilité. ” Soudain un cerbère nous interpelle. “ Pas de photos ici, c'est une fondation privée ! ” Le charme est rompu. Carlos Rosillo sourit. “ Certaines personnes ne savent pas s'adapter. Quand nous avons reçu une demande de prestige avec un alibi utilitaire de la part de l'armée de l'air, les montres Breitling partaient à priori avec de l'avance. Pourtant, c'est nous qui avons remporté le mandat, car nous avons su nous adapter et accepter de faire du sur mesure. Nous avons mêlé affichage digital et électronique pour les besoins du client. Nous avons même inversé le sens de la lunette tournante afin qu'elle compte à rebours comme il est d'usage dans certains métiers de l'armée. Ainsi, nous avons fait une entrée magistrale dans le monde des hommes de terrain. Nous fournissons aujourd'hui des montres pour l'Armée de l'air, le Raid et la Sécurité Civile. ”

16h45
Le taxi nous dépose à la Fondation Miro, située sur la colline de Montjuïc, un véritable paradis pour les amateurs de Miro et les adeptes de l'architecte barcelonais Josep Lluis Sert, auteur du bâtiment. Il fait chaud. Très vite nous rejoignons l'ombre bienvenue du Bario Antiguo.
18h30
L'église San Severo, un petit bijou gothique au décor intérieur baroque, se cache au sein du dédale de ruelles qui caractérisent le quartier. “ C'est là que je me suis marié. Je portais la même montre qu'aujourd'hui: la Vintage 123, heure sautante et réserve de marche. Je trouvais intéressant de porter cette montre au moment où on réalise le saut kantique dans le mariage. ” Sur la place, en sortant à gauche, tous les vendredis soir des gens de tout âge viennent danser la sardane. Antiquaires, cours cachées, places fraîches… la balade fait office de retour dans l'Histoire.
Le soir s'installe 21h
Après une halte à l'hôtel, départ pour le Dry Martini. Un endroit pareil devrait être inscrit au patrimoine de l'Humanité. Le Bar Dry Martini fait partie des cocktail bars les plus réputés au monde, lieu préféré de Carlos, de Woody Allen et d'Hemingway. Une adresse très confidentielle…. Prendre un verre ici est une expérience magique. Le cocktail roi est préparé selon un véritable rituel. Une station du bar est d'ailleurs exclusivement réservée à la confection du Dry Martini. Alors, frozen ou nature ? Quelques extravagantes au décolleté tapageur chantonnent dans un coin.
22h15
Départ en taxi du Dry Martini pour La Venta, un restaurant sur les hauteurs, qui domine la mer. L'air est frais. Des familles entières se régalent dans ce lieu à l'élégance discrète où Carlos venait, enfant, dîner avec sa mère.
A 2h00
Dernier verre au Bar Mirabe, branché et “ happening ” avec vue sur tout Barcelone.

Vendredi 09h45
Ce matin, Carlos exulte. La Casa Batlló que nous allons visiter ce matin c'est un peu chez lui. “ On peut visiter le bâtiment depuis peu, mais auparavant c'était fermé au public. Entre deux gérances, j'ai réussi à y organiser avec ma cousine la réception de mon mariage. ” Pour la façade de la Casa Batlló, Antoni Gaudí s'est inspiré des couleurs et des formes du monde aquatique “ Gaudí s'attachait aux détails de ses dessins comme par exemple varier la taille des fenêtres suivant les étages afin d'avoir autant de lumière dans toutes les pièces de l'édifice ”, me fait remarquer Carlos en guide avisé. Dans chaque pièce, il se remémore cette journée particulière et la séance de photos prises sur la terrasse. “ Nous étions tellement heureux, Barbara et moi, que le photographe nous a demandé si nous ne pouvions pas avoir l'air un peu moins béats, pour faire plus sérieux sur la photo. ”
11h45
Après la culture, les plaisirs: nous arpentons le Paseo de Gracia. Arrêt obligatoire chez Bel y Cia, un grand faiseur pour messieurs établi depuis 1842 à Barcelone. Leur modèle de veston de chasse maison se décline dans plus de 200 couleurs et tissus. “ Un must have ” martèle Carlos qui craque pour une ceinture beurre frais. Chic comme un Britannique, fier comme un Hispanique, Jordi Balle, le directeur, nous annonce l'ouverture d'une seconde boutique à Genève, quai Général Guisan. Décidément tous les chemins nous ramènent en Helvétie. En route pour les Ramblas, une promenade piétonnière vivante et animée, où le meilleur de l'ambiance de Barcelone est palpable. Autre arrêt imposé chez Gimeno et sa cave à cigares cachée en sous-sol. Ramon donne ses conseils à Carlos qui - en amateur avisé - sélectionne quelques puros rares. Quand on le lance sur le sujet, Carlos est infatigable. Les cigares et les montres sont ses deux passions. A tel point qu'une édition limitée de la chronographe Vintage 126 XL a été présentée dans un authentique coffret à cigares en bois de cèdre véritable.

12h30
De l'autre côté de l'avenue, le marché de la Boqueria est un enchantement. Une fois passé le porche au vitrail art nouveau, tresses de piments, jabugo, chorizo, poissons, fruits et légumes envahissent l'espace. Bref, les meilleurs produits de Catalogne en un seul endroit. Nous prendrons un verre avec du “ pata negra ” sur le zinc du Pinocchio, un bar mythique tenu par l'inénarrable Pinocchio, un personnage attachant au noeud papillon de travers qui a eu droit à sa pleine page dans le New York Times. Le président de la Boqueria, Manuel Ripoli i Estera, une vieille connaissance de Carlos passe par là. Ni une ni deux, grâce à lui Carlos obtient une table chez le célèbre El Bulli, à un jet de Barcelone pour la fin du mois.
14h00
Départ chez Carballeira, où l'on déguste une succulente cuisine de poissons et de fruits de mer préparée selon la tradition galicienne. Malicieux, Carlos avoue faire des concours de paella avec sa belle-soeur et sa belle-mère, mais refuse de dire qui s'en sort le mieux. Pour le dessert, nous nous installons à deux pas, au Barco Luz de Gas sur le vieux port en contrebas du niveau de la mer. L'idéal pour fumer un cigare et boire un cortado. Et pourquoi pas porter une Hydro Challenger, le modèle Bell & Ross qui détient le record du monde d'étanchéité ?
17h
Avant de nous quitter, Carlos veut absolument se rendre à la Watch Gallery. Une boutique horlogère multimarques dont il apprécie particulièrement la directrice. Une relation d'affaires devenue amicale au fil du temps. Priscilla Newmann a vite fait de tout nous raconter sur les goûts horlogers des Barcelonais. Classiques et avisés. Un peu la cible de la collection Instrument – désormais pilier de l'identité Bell & Ross qui part à la conquête d'un marché plus traditionnel, avec une ligne BRS (S pour small) tout aussi carrée, mais calée sur 39 mm. “ Te souviens-tu quand nous avons interrompu notre déjeuner en plein milieu pour courir ici parce que le Roi d'Espagne en personne était descendu à la boutique acheter une Bell & Ross ? ” lui lance Carlos amusé. Un dernier détour du côté des belles avenues chic du quartier et le taxi, déjà, nous emmène à l'aéroport…