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Une visite à Shenzen Am Rhein

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Dans la halle 6 de Baselworld des fabricants de Hong Kong conçoivent des montres Swiss made pendant que les marques chinoises apprennent l'alphabet du luxe.


WORLDTEMPUS – 20 mars 2010

Marco Cattaneo

La Chine, alpha et omega de la planète horlogère. Terre promise tant le marché y croît rapidement (+150% entre 2004 et 2009, selon les chiffres publiés par « Montres par Bilan »). Menace aussi, car à la main-d'œuvre bon marché et au tissu industriel puissant s'ajoutent désormais des savoir-faire horlogers en plein développement. L'Asie, ces jours-ci, arrive jusque sur les bords du Rhin, c'est elle en effet qui occupe l'essentiel des pavillons nationaux installés dans la sixième halle de Baselworld, un peu à l'écart de la manifestation et des stands géants des barons de l'horlogerie.

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Première impression dans ce Shenzen am Rhein qu'est la Halle 6, une folle créativité. Les designers ne reculent devant rien, et surtout pas devant le kitsch. La céramique, la porcelaine, le plastique et les paillettes d'or se mélangent, les bambous peints sur de la fausse nacre côtoient des formes torturées. Tout cela est très coloré, souvent enfantin. Dans les allées de Hong Kong, on trouve des produits à l'effigie de Barbie, de Disney, au demeurant pas très asiatiques. Ici, le pire voisine avec le meilleur, mais au total, cette liberté dans les formes, les couleurs et les matériaux sentent le grand large.

Le dépaysement n'est pas total pour autant, la Suisse, ou du moins son label « Swiss made », sont présents partout. Il y a un peu de folklore, comme chez King Strap qui présente ses bracelets sur fond de cloches de vaches, de lanceurs de drapeau et de foulards ornés d'Edelweiss. Mais il y a aussi plus sérieux. Dans les vitrines, des montres clairement inspirées par les marques helvétiques revendiquent fièrement les calibres ETA qu'elles abritent, et grâce auxquels elles viendront tailler des croupières à leurs concurrentes européennes.

« Swiss made » aussi pour ces entreprises de Hong Kong dont les usines sont en Chine, et qui produisent à la demande des collections entières pour les marques – souvent de mode – désireuses d'entrer dans le monde de l'horlogerie. Gordon C. & Co, créée en 1972 à Hong Kong où elle emploie aujourd'hui 80 personnes, en est une excellente illustration. L'entreprise possède son équipe de designers, et surtout des usines en propre, installées en Thaïlande et en Chine continentale, à Dongguan, où un millier d'employés ( !) travaillent autour de 100 machines CNC pour produire des boîtes, ou sertir des pièces par milliers, le tout dans un environnement certifié ISO 9001.

Les mouvements sont souvent japonais - on nous cite Citizen -, car ceux qui sortent des usines de Shanghai ne sont pas encore assez fiables, le taux de déchet, pour chaque livraison, reste trop élevé pour qu'ils constituent une véritable alternative. Le constat est partagé par plusieurs exposants, qui pensent qu'il faudra encore cinq ans avant que les mouvements chinois ne soient compétitifs.

Mille employés en Chine, quatre-vingt à Hong Kong, deux aux Etats-Unis pour démarcher la clientèle. Et le Swiss made, dans tout ça ? Et bien c'est à la demande, selon les besoins du client, qui seront satisfaits par une micro-équipe de trois personnes installées à Zurich pour gérer la logistique. Les boîtes sont les mêmes, fabriquées dans les mêmes usines chinoises, les designers sont toujours ceux de Hong Kong, mais aux mouvements Citizen on substitue cette fois des mouvements ETA ou Ronda, assemblés chez un sous-traitant helvétique plutôt qu'à Dongguan. Les montres seront expédiées au client depuis la Suisse et porteront le précieux label.

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Mais on ne trouve pas que des copies ou du Swiss made asiatique dans les couloirs de la Halle 6. Tony Wei, responsable du marché international chez Fiyta nous fait découvrir une marque 100% chinoise qui intègre aujourd'hui déjà tous les codes du luxe de ses concurrentes européennes. La gamme de produits d'abord, qui culmine avec des tourbillons produits en séries limitées, généralement à vingt pièces, ou à soixante pour le spectaculaire « Republic 60th Birthday » lancé en 2009.

Version asiatique d'Omega, en tout cas pour cet aspect de sa communication, Fiyta revendique fièrement l'honneur d'avoir accompagné les premiers pas des astronautes chinois dans l'espace, dès le premier vol habité chinois en 2003. A l'image de tant d'autres, la marque a aussi une politique d'ambassadeurs, reposant notamment sur l'acteur Gu Tianle qui doit être à la Chine continentale ce qu'est Brad Pitt aux chaumières européennes.

Codes du luxe toujours, Fiyta a ouvert son Flagship Store à Ningbo, une ville portuaire de près de six millions d'habitants, reliée à Shangai par un pont de 36 kilomètres de long ! La marque se développe dans les capitales provinciales chinoises, mais aussi, et c'est relativement nouveau, hors des frontières, avec des points de vente au Canada, dans les Emirats Arabes Unis ou même à Singapour.