WORLDTEMPUS – 9 mars 2010
Propos recueillis par Mathilde Binetruy

Comme il le dit lui-même à propos d'une plaisanterie sur sa réactivité: «La vitesse est dans les gênes de la maison!» En déduire que l'homme est pressé, serait pourtant allé vite en besogne. Jean-Christophe Babin, dont l'inclinaison pour l'horlogerie génère une idée à la minute, pratique plutôt le galop passion. A la tête de TAG Heuer depuis 10 ans, le CEO est un aspirateur à air du temps, dans toutes les subtilités du terme. Il se nourrit de rencontres, d'échanges, de débats. Une frénésie de contacts qui fait son miel pendant la grand-messe de Bâle. Sept jours durant, il va poser un regard bienveillant sur tous les éléments et porter une écoute chirurgicale à ses interlocuteurs. Il reviendra de Bâle comme d'autres de vacances, riche de souvenirs. Des petites idées, qu'il mettra dans une bouteille et gardera pour toujours.
Mathilde Binetruy : Quel souvenir gardez-vous de votre premier salon horloger?
Jean-Christophe Babin : C'était en 2001 et j'avais à peine commencé dans cette magnifique industrie. Quand je suis entré pour la première fois dans la Halle 1, je n'arrivais pas à y croire… gigantisme, esthétique, symbolisme… une ville dans la halle en quelque sorte, une cathédrale des montres avec ses chapelles dédiées à des divinités différentes. Je me suis senti très petit et très fier d'appartenir à une telle industrie
Comment appréhendez-vous ce rendez-vous annuel?
Comme si mon énergie et mon enthousiasme étaient décuplés! L'idée de rencontrer près de 200 clients et autant de médias sur 7 jours, sans compter mes équipes venues du monde entier, est pour moi une source de motivation extraordinaire. Parce que je vais écouter et apprendre plus en 7 jours que souvent en 3 mois normaux! C'est très stimulant pour la créativité sans compter également la découverte des nouveautés des autres marques. On a beau être PDG de TAG Heuer, on aime avant tout l'horlogerie et donc je sais déjà que je vais me faire plaisir. Enfin d'un point de vue strictement business, Baselworld est un baromètre sur l'état d'esprit de nos partenaires détaillants qui sont au contact quotidien avec le consommateur.
Combien de jours restez-vous sur place?
De mercredi au jeudi suivant, soit 9 jours. C'est à peine suffisant d'ailleurs.
Péniche ou hôtel?
Hôtel. Juste à côté de l'entrée principale. Oui je le sais, je suis très privilégié!
Votre moment du salon préféré?
Bien entendu quand TAG Heuer révèle sa Concept Watch de l'année. Cette année ça va être quelque chose d'historique je pense!
Et le pire?
Quand c'est fini. On se sent tout vide après autant d'énergie, d'enthousiasme, de discussions et de rencontres avec des gens passionnants et passionnés.
Votre truc contre le stress?
C'est un mot qui ne m'a jamais vraiment parlé. Je suis assez zen et optimiste de caractère et donc pas vraiment nerveux ni angoissé. Seulement pressé de faire avancer mes projets et TAG Heuer par passion et par caractère.
Comment réussir son salon?
A chacun son style. Pour moi c'est d'être paradoxalement le plus disponible possible et donner le maximum de mon temps à répondre aux questions légitimes de nos partenaires détaillants et des médias.
L'écueil à éviter?
Se coucher trop tard tous les soirs après 50 ans…… !
Quid d'une interview réussie?
Une interview ou en tant que PDG je suis challengé, sans complaisance ni agressivité et poussé dans mes derniers retranchements. C'est intellectuellement stimulant et sain en termes de communication
Pourquoi n'avez-vous plus de temps pendant Baselworld?
Parce que cela dure seulement 7 jours. Mais plus que 8h-19h avec dîners ensuite, c'est difficile à imaginer……
Le stand qui vous interpelle?
Celui de TAG Heuer, par son avant-gardisme et son design qui exprime si bien les valeurs d'audace, de technologie et de design de la marque. Celui de Patek Philippe, pour sa cohérence et son élégance. Celui de Rolex, pour son style imposant qui reflète bien le leadership mondial de la marque.
Votre année millésime?
2004, quand on a lancé la Concept Watch Monaco V4. Beaucoup de gens ont souri et accusé TAG Heuer de faire un coup de marketing. 6 ans après il est pourtant bien là, disponible commercialement. Et entre-temps on a présenté le Calibre 360 au 1/100e de seconde, la Calibre S, la 1/10e de seconde mécanique et la Monaco 24, sans parler bien sûr du fameux Pendulum 2010! Donc pour qui pouvait en douter, TAG Heuer sait faire de la mécanique, et certainement pas la plus simple et la plus conventionnelle!!!