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La Zeitwerk à l'essai

Cette muse horlogère a fait chavirer des cœurs bien au-delà des cercles habituels. Un design parfait, une mécanique irréprochable et un prix correct justifient une demande difficile à satisfaire.
WORLDTEMPUS – 10 janvier 2010Louis Nardin

Vainqueur de l'Aiguille d'or au Grand prix d'horlogerie de Genève en 2009, la Zeitwerk a fait grand bruit lors de sa sortie. Worldtempus l'a reçue en prêt pour un test au porté, une expérience qui a duré juste assez longtemps pour savourer pleinement le plaisir de sortir au quotidien avec l'un des musts horloger actuel.
Une fois le bracelet refermé sur son poignet, la Zeitwerk d'A.Lange & Söhne réserve deux surprises. D'une part, son boîtier de 41,9mm de diamètre, en or rose pour ce test, et de 12,6mm d'épaisseur l'impose comme une montre au gabarit puissant – en photo, ses formes élégantes inspirent d'instinct la finesse et la légèreté. Tout en restant confortable à porter, elle sait donc se rappeler à notre bon souvenir. D'autre part, et surtout!, elle élimine la lecture de facto aléatoire du temps donnée par les aiguilles quand on balaie le cadran du regard. Sur une ligne, et en d'un seul coup d'œil, l'heure à la minute près s'inscrit de façon limpide. La sensation est étonnante, grisante même, et provoque des réflexes insoupçonnés.
Par exemple, le passage à la nouvelle minute se mue en un petit événement à lui tout seul. L'aiguille des secondes, à suivre consciencieusement, l'annonce jusqu'à l'imperceptible déclic qui accompagne la rotation du disque. Cet exercice sans prétention prend évidemment tout son sens lorsque l'on passe d'une heure à l'autre, moment où les trois disques bougent de façon parfaitement synchronisée.

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Coussinet, ailettes et détente

Pour atteindre ce résultat visuellement sobre mais qui a représenté plusieurs défis techniques significatifs - comme tout ce qui touche aux affichages dits «sautants» -, les constructeurs d'A. Lange & Söhne ont retravaillé plusieurs organes constitutifs d'un calibre. A commencer par le barillet dont la construction, brevetée et incluant un nouveau mécanisme baptisé coussinet de réduction, permet d'augmenter la force disponible dans les rouages, donc de disposer de suffisamment d'énergie pour assurer une rotation nette et rapide des disques. Seconde innovation, l'échappement à force constante pilote l'avancement des heures et des minutes. Il intègre aussi un régulateur à ailettes permettant d'évacuer l'énergie résiduelle à chaque changement de position des disques. Sachant qu'A. Lange & Söhne appartient aux rares marques capables de fabriquer des spiraux d'échappement, elle seule peut le réaliser complètement. Les effets conjugués du nouveau barillet et de cet échappement à détente se traduisent par une réserve de marche donnée à 36 heures et visible à 12h sur le cadran. A noter qu'esthétiquement, elle vient faire écho à la petite seconde, tout comme les deux fenêtres de lecture de l'heure et des minutes se répondent.

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Contemplation hypnotique

Le visage de la Zeitwerk a séduit des spécialistes bien au-delà des cercles horlogers. Pour preuve, le jury du Red Dot Award, une prestigieuse distinction de design internationale basée en Allemagne, l'a élu «Best product of the year» en mars de l'année passée. C'est que ce must de pureté dégage une étonnante sérénité. Disponible également dans une version platine avec cadran noir ou translucide fumé anthracite dans la version «luminous» où les chiffres brillent dans l'obscurité, la Zeitwerk s'en tient à l'essence même de l'indication du temps – en français, son nom signifie d'ailleurs «Œuvre du temps». Tous les éléments visuels sont chargés de sens – comme par exemple ce contre-pivot qui répond à une vis au centre du cadran. Et chaque détail, aussi minime soit-il, joue un rôle central et s'intègre parfaitement à l'ensemble. Le dessin des chiffres, tout en courbes soyeuses, donne par exemple une touche de douceur. La couronne placée à 2h vient briser la symétrie sinon purement logique de la montre. Dans une perspective plus large, la tension créée entre ce dépouillement total et les trésors de complexité présents dans le mouvement la rend inclassable dans les registres horlogers habituels. Cette beauté magique et hypnotisante prend parfois le porteur de la montre par surprise. Elle l'absorbe à son insu dans des rêveries imprévues alors qu'il venait juste de l'apercevoir. C'est ainsi, on l'entrevoit, elle interpelle notre curiosité, et on chute dans sa contemplation avant de se réveiller presque étourdi quelques instants plus tard.


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Un carrousel miniature, des réactions


Ceux qui s'y connaissent en montres se ruent littéralement dessus. En l'apercevant, les yeux écarquillés de désir, ils doivent la toucher, la sentir, attendre là aussi que la minute change pour le carrousel miniature se mette à fonctionner. Cette manière inhabituelle de montrer le temps a aussi troublé ceux qui préfèrent un affichage traditionnel. Partagés entre la qualité incontestable du produit et leur attachement à des codes horlogers étanches aux nouveaux styles, ils l'examinent avant de lâcher un commentaire positif mais sans enthousiasme et de la rendre. Le pari d'A. Lange & Söhne, s'il y en avait un, a parfaitement réussi: cette montre provoque toujours une réaction.

A. Lange & Söhne_329565_3Un autre temps

La Zeitwerk d'A. Lange & Söhne invite à considérer le temps, et l'horlogerie traditionnelle, sous un angle nouveau. Mais derrière cet habit impeccable palpite également le courage de proposer un nouveau regard sur l'horlogerie de prestige. Une audace qui définit A. Lange & Söhne, tout comme la volonté indiscutable d'offrir des montres aux finitions splendides et dotées de moteurs à chaque fois inédits, novateurs et parfaitement exécutés – comme tous les calibres de la marque, le L043.1 possède son coq de balancier gravé à la main et des chatons en or maintenus par des vis bleuies. La Zeitwerk ne déroge pas là règle. Mieux, son prix de 63'200 francs taxes comprises - pour le modèle essayé -, en fait sans conteste l'une des montres les plus significatives du moment.

La Zeitwerk en or rose telle que testée ici est vendue 62'300 francs suisses, taxes comprises.

Lire "Zeitwerk on the Wrist" par d'Elizabeth Doerr
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