Garantir l'entretien de la montre

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Entretien avec Fabian Krone - le CEO de la marque - à propos du silicium.
REVOLUTION #4 - Juin 2009

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Fabian Krone CEO de  A. Lange & Söhne



Le silicium figure au centre de l'attention des marques horlogères. Quelle est la probabilité pour Lange de recourir à ce matériau dans ses montres ou ses mouvements ?

L'utilisation du silicium et d'autres matériaux hightech répond à l'objectif de prolonger les intervalles entre les services ou de créer des caractéristiques presque idéales pour les spiraux. Un échappement qui fonctionne sans lubrifiant ou un spiral léger qui résiste à la corrosion sont des innovations utiles.

Néanmoins, il reste peu probable que Lange utilise ce type de matériaux dans un avenir proche pour une raison simple : vous pouvez attendre d'une montre fabriquée par A. Lange & Söhne qu'elle survive à son propriétaire et soit transmise à la génération suivante. Cette exigence implique que la montre puisse toujours être réparée dans une cinquantaine ou même une centaine d'années. Avec les pièces en silicium, cette garantie d'entretien ne peut être assurée que si le fabricant produit un stock de toutes les pièces pour les décennies à venir.


Pensez-vous que l'utilisation de matériaux ou de méthodes de fabrication high-tech porte atteinte aux aspects traditionnels de l'art horloger et aux matériaux auxquels les collectionneurs sont attachés ?

Nous considérons qu'une montre Lange est appréciée pour des critères qui représentent notre patrimoine génétique. Un travail artisanal en est l'un des éléments principaux : la décoration, la gravure, l'ajustement et le réglage sont des métiers qui composent l'individualité et « l'âme » d'une montre. Le processus de gravure profonde [DRIE ] utilisé pour fabriquer des composants en silicium possède l'avantage que chaque pièce est identique à une autre. Mais, il se traduit par une multiplication de « clones », difficilement compatibles avec notre approche artisanale.

 

Afin de créer des composants pour l'échappement qui ne requièrent pas de lubrification, inclinez-vous à utiliser le silicium comme matériau de substitution ou à développer des constructions novatrices d'échappement à l'instar de l'échappement Co-Axial de George Daniels ?

Les deux solutions sont fondées sur la créativité horlogère, mais je me sens plus à l'aise avec la seconde approche. Elle est aussi beaucoup plus proche de l'ADN de notre marque.

Avez-vous l'impression que les composants en silicium puissent s'inscrire en opposition aux valeurs de l'horlogerie traditionnelle, au point que les collectionneurs risquent de perdre leurs liens émotionnels avec ces marques ?

Nous n'avons pas une approche intégriste de l'horlogerie traditionnelle. Si un matériau améliore réellement les performances à long terme de la montre, nous n'hésiterons pas à l'utiliser. Mais s'il ne s'agit que d'un gadget de marketing, nous y renoncerons. Il existe des matériaux qui peuvent être utilisés pour améliorer la mesure du temps et les performances – et nous travaillons sur certains d'entre eux. Nos études s'attachent également au silicium. Nous souhaitons l'employer d'une manière qui donne une valeur complémentaire aux collectionneurs.

Il s'agit là d'une réflexion intéressante. Si j'ai relevé le terme de « gadget », j'ai également noté la manière dont vous pourriez utiliser le silicium. Cette prise de position a-t-elle une portée à long terme ?

Il m'est impossible de me prononcer sur l'usage à long terme du silicium. Testons-le et nous verrons bien. Je pense que le silicium n'est pas un gadget. Il en devient cependant un quand vous affirmez qu'il vous permet d'oublier l'huile. S'il est vrai que certains éléments du mouvement n'ont plus besoin de lubrification, les autres pièces ont toujours besoin d'huile et d'opérations d'entretien.

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