Entretien avec Jean-Frédéric Dufour

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Je peux vendre mes montres en regardant les client dans les yeux

Revolution #8 - Automne-hiver 2010-2011Michel Jeannot


L'histoire immensément riche de Zenith constitue pour la marque un socle inébranlable. Entretien avec Jean-Frédéric Dufour, ceo depuis juin 2009 de cette société propriété du groupe LVMH.

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Quelle est la première chose que vous avez faite en arrivant chez Zenith ?
Me plonger dans les archives ! J'ai passé des heures devant les coffres, à répertorier et ranger les modèles historiques ; j'ai mandaté des professionnels pour redécouvrir l'histoire de Zenith, qui s'avère être d'une richesse incroyable ! C'est ce qui fait la substance d'une marque, sa différence. Ca ne tombe pas du ciel. Saviez-vous que Gandhi, Kennedy et l'explorateur norvégien Amundsen avaient porté des Zenith ? Que les chemins de fer canadiens et américains s'étaient équipés de “Railroad watches“ de marque Zenith ? Que Zenith avait également équipé l'armée américaine aux alentours de 1917 ? Tout cela n'est que trop peu connu.

 

Est-ce si important ?
J'en suis persuadé ! C'est important pour savoir qui l'on est et où l'on va. Il se produit 1,5 million de chronographes mécaniques en Suisse chaque année : 1 million le sont avec le calibre Valjoux 7750, et 300'000 avec le calibre ETA 2894. Cela ne fait pas moins de 86% de la production de chronographes qui repose donc sur deux mouvements ! A côté de ça, Zenith manufacture entièrement à l'interne, ici au Locle, environ 30'000 mouvements par an, dont à peu près la moitié de chronographes El Primero. Il faut que les gens le sachent.

 

Depuis votre arrivée, Zenith s'est associée à l'explorateur Jean-Louis Etienne et plus récemment, à Felix Baumgartner qui projette de sauter en parachute depuis la stratosphère. Pourquoi ces choix ?
Parce que j'ai découvert – et j'en reviens aux archives – que Zenith était une marque de pionniers. Et ce qui caractérise un pionnier, ce n'est pas son entraînement physique, mais sa persévérance ! Après 10'000 kilomètres à travers la neige du Pôle Nord, tout le monde marche à la même vitesse. Mais seul celui qui persévère va jusqu'au bout.

 

Cette introspection a-t-elle eu une influence sur les collections ? 
Elle est à la base des collections ! Et elle me permet de vendre des montres en regardant les clients droit dans les yeux, en leur disant que Zenith n'est pas un concept marketing. Nous avons les collections El Primero, Elite et Academy. Nous allons ressortir le calibre 2572 - trois aiguilles automatique, ainsi que le 135, en série historique et limitée. Dans une année, j'aurai entièrement renouvelé les collections.

 

Une des nouveautés lancées à Baselworld 2010 est l'Elite Ultra Thin, un modèle que l'on peut qualifier d'anticrise, car abordable dans sa version acier. A-t-elle joué son rôle ?
Elle a parfaitement rempli sa mission. Elle est très simple, mais c'est ce qu'il y a de plus difficile à réaliser. Chaque détail compte.

 

D'aucuns vous ont reproché d'avoir baissé les prix avec ce modèle…
Je n'ai pas baissé le prix des montres, j'ai repositionné les nouveaux modèles ! Lorsque tout le monde augmentait ses prix, moi, au milieu de la crise, j'ai remis la marque à un niveau que je considère normal. La pyramide était à l'envers, je l'ai remise à l'endroit. Mais au bout du compte, mon niveau moyen de prix est plus haut qu'avant… 

 

En partie grâce au modèle Christophe Colomb, lancé dernièrement à 154'000 euros ?
Il va s'en produire trois séries de 25 pièces. Et bien, je peux vous dire que quelques jours après sa présentation, la série or rose était entièrement vendue, et la série or gris l'était presque entièrement. 

 

Dans ces conditions, les 30'000 mouvements annuellement manufacturés par Zenith sont-ils suffisants ?
Je souhaite effectivement augmenter la production à 50'000 – 60'000 mouvements.

 

Dans quelles régions du monde les montres Zenith sont-elles les plus appréciées ?
Dans l'ordre, nos trois principaux marchés sont l'Asie, l'Europe et les Etats-Unis. 

 

Dans le détail, quelle est la situation en Europe ?
La tendance est bonne en Europe, avec les principaux marchés que sont la Suisse, la France, l'Italie, l'Allemagne et la Grande-Bretagne. 

 

Et en Asie ?
Nous sommes très forts à Hong Kong évidemment, où nous avons douze points de vente. Nous sommes également présents dans quinze villes de Chine continentale, avec trente-huit points de vente. Mais en Chine, il faut tout de même y aller piano car les situations sont très différentes d'une ville à l'autre, et même à l'intérieur d'une même ville. Reste que ce marché est naturellement très porteur.

 

 

 

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