CEO de Romain Jerome

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Joyeux trublion d'origine italienne, Yvan Arpa, le CEO de Romain Jerome, s'amuse à jeter de gros pavés dans la mare horlogère. Personne n'a oublié ses modèles rouillés et fabriqués à partir de la coque du Titanic.

Révolution #1 - Septembre 2008Propos recueillis par Louis NardinYVAN ARPA_328544_0

Qu'est-ce-que Romain Jerome apporte à l'horlogerie ?
Romain Jerome n'a rien apporté de vraiment neuf à l'horlogerie et personne ne s'en est encore rendu compte ! Alors que 99% des marques capitalisent sur leur passé plus ou moins ancien, nous avons dû nous contenter d'apporter un regard décalé. A la place de réveiller une marque endormie, nous avons construit de toutes pièces un concept cohérent qui utilise l'Histoire comme matière première.

Donc vous amenez quelque chose…
Comme nous n'avions pas d'histoire, nous sommes donc allés piocher dans notre patrimoine commun et en avons tiré des éléments pour créer une identité forte. En produisant des montres à partir de l'épave du Titanic, Romain Jerome a envoyé un message puissant. Nous nous sommes attribué une part d'histoire, si bien que le client qui porte une Titanic DN A au poignet n'arbore pas une montre mais un trophée. D'ailleurs, les montres ne servent plus à lire l'heure, ou alors on s'achète un simple modèle à quartz qui, en plus, s'avère plus précis.

Quelles difficultés Romain Jerome a dû surmonter ?
Le genre humain pose problème. Les hommes sont d'étranges spécimens qui perdent parfois de vue l'essentiel. Au moment de créer une montre, certains préfèrent soigner leur égo ou leur compte en banque plutôt que de s'investir pour l'entreprise ou pour le concept en développement. Le nom de Romain Jerome nous a aussi handicapés. D'une part il n'est pas percutant et, d'autre part, il fallait faire rapidement oublier les débuts déplorables de la marque. N ous les avons éclipsés avec le Titanic et le concept de montre rouillée. Nous avons joué là sur une double provo cation en s'appropriant ce bateau mythique et en intégrant la rouille dans une montre, une hérésie complète pour tout horloger. Il fallait quelque chose d'ultra-efficace pour faire oublier le passé et marquer les esprits. Pari gagné, me semble-t-il.

Pourquoi avez-vous tant de plaisir à jouer un rôle de trublion ?

L'horlogerie est otage d'une morale étriquée qui entrave ceux qui travaillent pour elle. Au bout du compte, cette dernière finit par dicter une façon de penser et de se comporter, ce que je ne peux accepter. En effet, je supporte mal les faux semblants et les gentillesses de façade. Ceux qui jouent un rôle ne sont pas vrais. Partisan du vivre et laisser vivre, j'aime avoir en face de moi des gens avec une personnalité ancrée. Cette force de caractère est indispensable pour aller au bout de ses idées et pour s'engager vraiment. Car le vrai luxe, c'est créer les tendances et inventer les codes qui n'existent pas. Pour exister, il faut dépasser ce qui a été fait.