WORLDTEMPUS – 12 décembre 2011
Louis Nardin

Une unique pression sur le bouton-poussoir et les aiguilles indiquant l'heure et la date se figent dans une position absurde, ou disparaissent carrément du cadran. Pour retrouver la course du temps, le porteur n'a qu'à réappuyer et les aiguilles reprennent leurs courses comme si de rien n'était.
Voilà en substance la fonction élaborée par l'horloger Jean-Marc Wiederrecht d'Agenhor pour Hermès. Réalisation technique exceptionnelle – le module additionnel comporte par exemple deux roues à colonnes et plusieurs composants en nickel-phosphore –, l'Arceau Temps suspendu amène surtout une nouvelle interprétation de la mesure du temps en haute horlogerie.
Dans ce cas la technique est au service du temps et ne cherche plus à le dompter jusque dans ses derniers millièmes de secondes. Au contraire, il devient flexible, subjectif et surtout contrôlable.
Cette vision d'une temporalité choisie plutôt qu'imposée a séduit des néophytes jusqu'aux fins connaisseurs. Certes, l'Arceau Temps Suspendu a ses détracteurs mais son message a néanmoins convaincu les jurys de plusieurs prix tels celui du Grand prix d'horlogerie de Genève qui l'a élu Montre homme 2011 ou celui de la Montre de l'année qui l'a sacrée meilleur modèle.
Pourtant le succès de l'Arceau Temps Suspendu appelle deux commentaires. Le premier tient au fait qu'une marque de luxe ayant rejoint la haute horlogerie dans un second temps de son histoire se propulse en haut de la rampe, devant les marques traditionnelles. L'exécution technique et esthétique étant indiscutables, c'est bien son approche, nouvelle et différente, de la mesure du temps qui a été récompensée. Le second point veut qu'elle soit par défaut une montre pour homme. Exit ainsi les montres-machines ou les modèles classiques à la fois raffinés mais atemporels. L'homme ici veut jouir non plus simplement d'un objet plus ou moins compliqué, il entend désormais posséder ce qu'il représente: le temps. De quoi poser les bases d'un nouveau luxe horloger.