Dialogue de sourds entre Alinghi et Oracle

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Un échange de lettres entre Larry Ellison et Ernesto Bertarelli a ravivé le conflit. Le Defender garde le cap et veut relancer la 33e Coupe.

La bataille pour le futur de la Coupe de l‘America va peut-être se jouer dans les prochaines semaines à Genève. Alinghi a convié les challengers jeudi à la Nautique pour une première réunion conduite par le skipper Brad Butterworth et le coordinateur du design Tom Schnackenberg. Les discussions vont tourner autour de la nouvelle jauge du bateau prévu pour une America‘s Cup en 2010 à Valence.

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Ni BMW Oracle ni Team New Zealand n‘ont été invités à la table des challengers potentiels appelés à signer un engagement pour la 33e édition jusqu‘au 15 décembre 2008. Soit bien avant que ne soit connu le verdict de la Cour d‘appel de New York attendu en février ou mars 2009. Tant que les Américains et les Néo-Zélandais n‘auront pas abandonné leur action en justice contre le Defender, Alinghi restera inflexible sur ses positions. Une situation compliquée qui ne peut satisfaire le monde de la voile, car on ne voit pas la plus prestigieuse et la plus ancienne compétition de voile se dérouler sans Américains ni Kiwis.

Les réunions de Genève sont destinées à renforcer le rôle du Defender auprès des challengers. Le débat portera aussi sur le nouveau protocole qui doit régir la prochaine America‘s Cup. Alinghi est prêt à le modifier sans toutefois toucher aux points fondamentaux défendus depuis le début par Ernesto ­Bertarelli.

Pourquoi ce conflit?

Un échange de lettres entre le patron d‘Alinghi et Larry Ellison, le boss d‘Oracle, a débouché sur un nouveau dialogue de sourds. L‘un et l‘autre développent leurs arguments et leur vision de la compétition, sans toutefois faire la moindre concession sur le fond.

Depuis un siècle et demi, le tenant de la Coupe devient pour une large part le «propriétaire» du règlement et s‘appuie sur le fameux Deed of Giflt, la bible de la compétition. Libre à lui d‘organiser quand et comment il le veut le prochain rendez-vous. Un avantage que n‘a négligé aucun des précédents vainqueurs. Ernesto Bertarelli a donc manifesté son souhait de bouleverser l‘institution afin qu‘elle gagne en équité et en lisibilité.

Des règles équitables, mais pour qui?

Aujourd‘hui, ce modèle est contesté par les Américains. Trop pressé d‘annoncer les nouvelles règles de la prochaine édition, et soutenu par un club nautique espagnol sans véritable fondement, Alinghi n‘a pas été toujours suivi dans ces intentions au demeurant louables de limiter les coûts de l‘événement pour les participants.

BMW Oracle dénonce un protocole inéquitable qui fait la part trop belle au Defender. Alinghi veut que chaque équipe ne construise qu‘un seul bateau. Il réclame donc le droit de participer aux Challengers Series avant de disputer le Match qui oppose le Defender au meilleur des prétendants. Inacceptable selon les Américains.

Un refus notifié, hier, par une déclaration agacée de Russell Coutts, le CEO et skipper de BMW Oracle: «La réponse d‘Alinghi à notre proposition de résolution constructive défie la logique et constitue un grand pas en arrière eu égard aux efforts consentis pour remettre la Coupe sur l‘eau et en faire un événement compétitif et juste.»

Ces déclarations croisées et agressives augurent mal d‘un possible compromis pour organiser la 33e «Cup» en 2010 ou 2011 sous une forme conventionnelle, avec plusieurs challengers.

PIERRE NUSSLÉ

 


Les trois questions du jour


ALINGHI A-T-IL RAISON?

Sur le fond oui, sur la forme non. Ernesto Bertarelli veut réduire les coûts exorbitants d‘une campagne pour la Coupe. Mais cela implique une refonte importante du protocole. La construction d‘un seul nouveau bateau par équipe pénalise le Defender qui s‘est octroyé le droit de participer aux régates des challengers avant de disputer le «Match» de l‘America‘s Cup contre le meilleur d‘entre eux. Cette entorse aux règles fondamentales du Deed of Gift a fait bondir les Américains qui se sont lancés dans une action en justice interminable.

Sur la forme, Alinghi a reconnu avoir mal présenté le nouveau protocole après la victoire de juillet 2007 à Valence. De nombreuses modifications ont été apportées depuis au texte initial critiqué. Larry Ellison a admis qu‘un retour à la structure adoptée pour la Coupe 2007 n‘était pas nécessairement la solution la mieux adaptée. Ce qui a pu faire croire à une possible ouverture du dialogue entre Américains et Suisses. Le coup de frais de ces derniers jours a réduit à néant les espoirs d‘un règlement du conflit par la négociation.


LE DUEL EN MULTICOQUE S AURA-T-IL LIEU?

Oui, si la Cour d‘appel de l‘Etat de New York casse le jugement rendu par la division d‘appel de la Cour suprême favorable à Alinghi par 3 juges contre 2. Reste à savoir quand et où

cet affrontement en multicoques de 90 pieds (32 mètres) se déroulera. BMW Oracle a déjà commencé à naviguer sur son «monstre marin» depuis deux mois. Alinghi termine la construction de son voilier révolutionnaire dans un chantier près de Villeneuve. La mise à l‘eau est prévue au printemps 2009.


LES «VUITTON PACIFIC  SERIES» SANS ALINGHI?

Ernesto Bertarelli estime que cette compétition organisée en février 2009 à Auckland nuit à ACManagement dans ses efforts pour trouver un sponsor principal pour la prochaine édition de la Coupe. «Ces questions seront évoquées avec Louis Vuitton et le Royal New Zealand Yacht Squadron», dit-il. Alinghi ne ferme donc pas la porte, mais il va poser ses conditions.

PN

Source: Tribune de Genève - 28 octobre 2008